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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz, 11 décembre 2011

Venant de la Casbah voisine, les youyous avaient retenti toute la nuit par les fenêtres du dortoir, en écho aux manifestations et aux affrontements qui atteignaient leur paroxysme à Belcourt et au Clos-Salembier. Le lendemain à la première occasion, je me suis esquivé du lycée Bugeaud où j’étais interne pour rejoindre Belcourt. Passé le square Port-Saïd, il fallait traverser les quartiers européens en état d’alerte où des snippers ultras guettaient.

 Je n’ai pas une bonne mémoire. Mes souvenirs, comme toujours, se résument à quelques impressions : le goût mêlé du pain chaud et de l’orange que l’on nous distribuait dans une petite cave-mosquée de l’Aqiba après les assauts. Un groupe de jeunes filles descendant de l’Aqiba, belles au milieu de la foule, criant les slogans patriotiques face aux gardes mobiles un peu honteux qui empêchaient l’accès à la rue de Lyon. Ces gendarmes relativement débonnaires avaient remplacé les impitoyables et meurtriers paras, retirés après les premières protestations internationales. Je me souviens aussi de la « tâche » d’interprète que les organisateurs m’avaient confié auprès d’un journaliste anglo-saxon, à la clinique de Belcourt où les morts et les blessés étaient acheminés.

 Au moment où les Algérois descendaient dans la rue, le chemin vers l’indépendance semblait bouché. Les manœuvres françaises retardaient l’échéance, dans le but de préparer les conditions d’une poursuite de la domination même après l’indépendance. Leurs objectifs : l’affaiblissement du FLN, l’émergence d’une force politique favorable au néocolonialisme, le contrôle du pétrole saharien, le maintien des bases militaires.

 Du côté de la résistance armée à l’intérieur du pays, c’était la poursuite du reflux, après la bataille d’Alger puis les opérations Jumelles et Pierres précieuses. Comme me le confiera, avec l’irrésistible ton goguenard du harrachi, Abderrahmane Chergou, mon camarade du PAGS assassiné par les « terroristes » et ancien officier de l’ALN dans les maquis de l’Algérois : «En 1960, c’était la fuite permanente, les balles c’était toujours dans les fesses qu’on les recevait».

 Il fallait sortir de l’impasse. La plèbe algéroise a donc décidé de mettre son poids dans la balance. De Gaulle entendra le message, fera ensuite des manières pour le comprendre, puis sera de nouveau rappelé à l’ordre par le peuple algérien, à Paris même, en octobre 1961.

 On sait tout sur les chefs du FLN et de l’ALN, mais quel historien étudiera la genèse mystérieuse et le déroulement de l’initiative flamboyante du peuple d’Alger. Les chefs sont rentrés en été 1962 le slogan « un seul héros le peuple ! » à la bouche. Mais, Il a fallu attendre plus d’une trentaine d’années pour qu’une place du 11 décembre soit enfin aménagée à Belcourt. Il est vrai qu’aucune « instance habilitée » n’a pu revendiquer le déclenchement de la manifestation, même si les organisations de base du FLN, de l’ALN et même du PCA clandestin ont participé ensuite à son animation. Dahou Djerbal remarque :

« Tout est fait dans les manuels scolaires comme dans les publications soutenues par le pouvoir gouvernemental pour désamorcer le caractère révolutionnaire des manifestations de décembre 1960 ».

 C’était une manifestation spontanée, comme ne les aiment pas nos instances. Circonstance aggravante pour celle du 11 décembre : des témoignages de Belcourtois, recueillis par le journaliste algérois Abdenour Dzanouni, affirment que le signal de la manifestation avait été donné non par les instances de la révolution, mais par les appels obscurs d’un « illuminé » debout sur un banc public en face du monoprix de Belcourt. Des fous qui font l’histoire !

 

Dahou Djerbal a expliqué dans une interview donnée l’an dernier, l’apport du mouvement populaire du 11 décembre. EXTRAITS.

Les manifestations de 1960 ont donc fait surgir un nouvel acteur dans les villes : le peuple. C’était un mouvement spontané tel qu’on en verra d’autres dans l’histoire de l'Algérie, comme la révolution d’octobre 88… ?

 En vérité, ce n’était pas la première fois que les Algériens occupaient la place publique et exprimaient leur opposition à la politique coloniale de la France. Déjà en 1934, des manifestations avaient amené à des affrontements avec les forces de police à Alger. Les militants indépendantistes de l’Etoile Nord-africaine prennent alors appui sur les jeunes des quartiers populaires pour lancer le Parti du peuple algérien. Mai 1945 aussi a été une date où le peuple s’est exprimé pour l’indépendance. Décembre 1960 comme octobre 1961 à Paris ont été autant de moments historiques où le peuple a pris conscience de son rôle comme acteur décisif de son propre destin. On ne peut pas dire autant d’octobre 1988 et il ne me semble pas que le terme de «révolution» est très approprié pour ces évènements-là. Mohammed Harbi le dit bien dans sa contribution : «L’ébranlement d’octobre 1988 a montré que la plèbe urbaine n’était pas susceptible de construire une contre-société et un contre-pouvoir».

 Que reste-t-il aujourd’hui de cette date dans la mémoire collective ?

 De ces manifestations de décembre 1960 en Algérie, il reste peu de choses dans la mémoire collective d’autant que près de 80% des Algériens sont nés après 1962. La narration qu’en font celles et ceux qui y ont participé est purement anecdotique malgré sa charge émotive. C’est toute la problématique du rapport entre mémoire et histoire. Il ne me semble pas que ceux qui y participaient avaient conscience de la portée de l’évènement qu’ils étaient en train de vivre ou de créer. Ce n’est qu’avec le recul du temps qu’ils ont fini, pour certains, par l’interpréter à la lumière des écrits et des commentaires qui en ont été faits. C’est politiquement et historiquement que l’évènement prend du sens. Aujourd’hui c’est encore politiquement que l’écriture de l’histoire se joue. Tout est fait dans les manuels scolaires comme dans les publications soutenues par le pouvoir gouvernemental pour désamorcer le caractère révolutionnaire des manifestations de décembre 1960.

 ,

Blog Melanie Matarese

 

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Abdelaziz DJABALI 12/12/2015 01:46

-EN HOMMAGE AUX ENFANTS DE LA RÉVOLUTION, ET DE L INDÉPENDANCE.

-Je me rappel lors d'une manifestation des années 60 à béjaia,

-à l'époque nous habitions les bâtiments de la cité Bordeaux,

-et c'était nous les petits enfants qui avaient les premiers commencées a manifesté en scandant :

- Algérie Algérienne, Tahya el Djazair etc...etc..

-puis les grands se mêlèrent à notre groupe, pour ainsi devenir au fur et mesure une immense foule,

-une véritable marais humaine,

-des hommes, des femmes, et des enfants et tout le monde scandait les mêmes slogans mêlés aux youyous,

- c'était la première fois de ma vie que je voyais le drapeau algérien, il y en avais pas beaucoup,

-j'étais au premier plan parmi les bambins de mon âge, j'avais 8 ans,

-en descendant la ruelle, tout en criant avec la force de toutes mes cordes vocale,

-Tahya el Djazair, je m’époumonai,

- c'est alors que que j'aperçus un soldat français entrain de placer au milieu de la rue une mitrailleuse type 24,

-à ce moment là, j'ai vite deviné la tournure de la situation et des événements, j'ai fuis en courant à la maison,

-peu après, j'ai entendu des coups de feux, par saccades, et par rafales ininterrompus,

-j'ai entendu des cris, des hurlements, mêlés aux slogans,

-les gens fuyaient dans tous les sens, entraient dans les maisons, puis revenaient à la charge,

-les soldats français courraient derrière eux, tiraient sans pitié,

-défonçaient dans un brouhaha indescriptible,

-et un vacarme terrible et assourdissant les portes à coups de crosses,

-de godasse et à l'aide de pelles métalliques qu'ils portaient à leurs ceintures;

-je regardais la scène par les fentes de la fenêtre de notre salon,

-je voyais les gens traînées les morts, les blessés, le sang était partout,

- c'était un jour terrible et indescriptible, j'ai failli mourir de peur,

-ce jour là j'étais inconsolable,

-j'aperçois une jeune fille aux prises avec un soldat qui tentait de lui arrachait le drapeau algérien qu'elle portait sur elle,

- il lui déchira le corsage de sa robe, découvrant ainsi sa poitrine,

-un autre algérien accouru vers elle, dans un élan fraternel et de solidarité,

-et l'enveloppa de sa veste, l'armée coloniale tire sur les manifestants,

-les béjaouis répliquaient par des jets de pierres, et cela jusqu'à la tombée de la nuit,

-chaque algérien qui tombait sous les balles étaient accueilli, par les youyous des femmes;

-la citée était totalement quadrillée;

-le lendemain on enterra les morts au cimetière de Sidi Mhamed juste à coté de notre cité,

-ce jour là, j'ai su ce que valait le courage, la bravoure et le patriotisme des algériens,

-sans oublier le jour ou l'armée coloniale larguait des tracts par hélicoptère annonçant la mort du colonel Amirouche,

-et en même temps la fin de la rébellion,

-que le FLN était décapité,

-sans oublier ainsi le 19 Mars 1962, et ce qui s en suivit après avec les OAS et ses attentats,

-les meetings que tenaient les responsables du FLN, et de L'ALN, devant le palier de notre maison,qui donnait sur une grande cour ou parking,

-la confection des drapeaux algériens,

-les discours politiques,

-les Anachides qu'on nous apprenaient dans les garages de la citée,

- les écriteaux sur les murs, et les frontons des immeubles et des bâtiments tel :

-Vive le FLN,

-Vive L'ALN,

-un seul héros le peuple,

-votez oui FLN,

-gloire à nos martyrs,

-Allah Yerham Echouhadda,

-le jour du référendum,

-et enfin le jour de gloire,

-5 JUILLET 1962, jour de l'indépendance,

-nous étions les enfants de la révolution,

-les enfants de l'indépendance,

-et ce que j'ai relaté n'est qu'une de toutes les manifestations vécues à béjaia.

http://oumma.com/sites/default/files/drapeau_algerine.jpg

himrane 13/03/2014 18:08

je me souviens de ce jour car étant présent au moment des faits.
Cette manifestation était populaire et spontanée , car d’âpres ce que j'ai cru comprendre le fait générateur n’était autre qu'un dépassement des autorités coloniales a l'encontre d'une femme entre les deux ages qui fut maltraitée et humiliée ce qui a provoqué l'ire chez les citoyens et un mouvement de solidarité et cette révolte spontanée .
Les citoyens ont commencé à se rejoindre criant vociférant et détruisant tout sur leur. passage .La foule n’arrêtait pas de grandir et devient de plus en plus menaçante et incontrôlable .Beaucoup d’édifices sont attaqués , brûlés sur le passage de cette foule en furie , les gens couraient dans toute les sens beaucoup était en transe et ne se contrôlaient plus
Les stocks du monoprix a été attaqué , Kelvinator un lieux de stockage de televiseur , appareil de refrigeration sont détruit en plein rue , de l'argent faisait partie des lots qu'on voyait sortir . Bata , André ne furent pas épargnés
Cela n'a pas duré trop longtemps , les foules étaient partout , rue lyon , rue combrai , rue chopin boulevard amiral gueppratte , rue Caussemille les quartiers arabes se vidaient pour investir la zone ou il y a la concentration des pieds noirs .Laguiba et la cerriere haut de Belcourt ont fourni l'ensemble des émeutiers
Le manage durant que l'armée intervenait, et le balles commençaient a crépiter et siffler les algériens venus d'un peu partout furent pris au piège. Tous ce beau s'engouffré n'importe ou dans les maisons qui se trouvaient a leurs portée.

Notre cour fut assiégée et passé un moment la panique s'est emparée de tout le monde car les militaires ont pris position dehors l’étau s'est resserré autour d'eux .il n'y avait plus moyen de sortir .
Passé un temps , un calme trompeur planait sur les lieux , et l'on pensait que les militaires sont repartis et vint l'idée d'envoyer quelqu'un pour inspecter les alentours qui mieux qu'un enfant .Alors je suis parti pour voir ce qui se passait dehors , je fais le constat de voir que les militaires était bien en place , positionnés pour répondre a toute attaques et mouvements de personne.
le crépitement d'une mitrailleuse me dissuada d'aller pus loin et le sifflement des balles pas loin de moi furent assez convainquant pour me renvoyer a la maison , je ne mesurais pas le véritable danger .Des corps jonchés le sol dans des marres de sang , les militaires ne se souciaient guerre de ces cadavres , ils faisaient partie du décors du moment.
C'est la première fois que je suis pris par des tirs d'armes , cela m'a amusé et n'avait jamais mesuré le danger .La seconde fois fut plus terriefiente et me glaça sur place ou je suis resté figé dans un coin entre une poutre et un mur quand soudain une main salvatrice m'a tiré de mon coin et ensuite me conduire a travers un dédale de pieces , de couloirs et d'escaliers jusqu'à ce que hors de la battisse ou je me suis retrouvait quelque temps avant . Les choses se sont passés tellement vite que cela m'a paru comme un cauchemars que je venais de vivre a la vitesse de la lumière , et tremblotant comme une feuille , le cœur palpitant je suis rentré chez moi , cette histoire d'ailleurs ne fut contée a personne car mes parents à l'époque m'aurait totalement séquestrés, eux qui pensaient que je suis toujours au pas de la porte de chez nous.
On revient a cette foules prise de panique et prise au piégé dans notre car si les militaires venaient a opérer un contrôle tout ce beau monde serait embarqué.
a suivre

si zoubir 24/03/2015 10:59

https://www.youtube.com/results?search_query=11+decembre+1960+alger+si+zoubir+rouchai+boualem+