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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Patrick Artus, 11 novembre 2020

Directeur de la recherche et des études de la banque Natixis.

A partir des années 1990, toutes les banques centrales sont devenues indépendantes, c’est-à-dire qu’elles mettent en place la politique monétaire sans coordination avec les gouvernements ou les Parlements.

Elles sont, bien sûr, liées par leur mandat, dans certains cas, il est assez précis (la BCE doit lutter contre l’inflation), dans d’autres cas, il est plus vague (la Réserve fédérale américaine doit lutter contre l’inflation, mais doit aussi promouvoir la croissance). Mais, de fait, les décisions des Banques centrales (modifications des taux d’intérêt, achats des actifs financiers dans le cadre de quantitative easing, programme de prêts aux banques) sont prises de manière autonome.

L’objectif est à l’origine assez simple : les mettre à l’abri du cycle politique et les laisser prendre, si c’est nécessaire, des décisions impopulaires.

Plus profondément, que faut-il pour qu’une Banque centrale puisse être indépendante ? Il faut qu’il ne soit pas nécessaire de coordonner la politique monétaire avec les autres politiques économiques (politique budgétaire, sociale, salariale...).

Dans l’analyse macroéconomique traditionnelle, la politique monétaire n’influence à long terme que l’inflation, pas l’équilibre économique réel (croissance, change). Elle ramène à moyen terme l’inflation vers son objectif, les autres politiques économiques soutiennent la croissance (à moyen terme) et l’emploi.

La politique monétaire influence de plus en plus l'économie réelle.

Mais la réalité est très loin de cette analyse macroéconomique traditionnelle. En effet, de multiples manières, la politique monétaire aux entreprises qui sont financés par des émissions de dette publique immédiatement achetées par la Banque centrale contre création monétaire, tout se passe comme si la Banque centrale distribuait de la monnaie aux agents économiques.

On voit ensuite que les politiques monétaires expansionnistes menées depuis la crise des subprimes en 2008-2009 ont maintenu des taux d’intérêt à long terme anormalement bas. Il s’agit d’un impôt, puisque l’on taxe les épargnants au profit des agents économiques endettés (Etats, entreprises, ménages emprunteurs) : la politique monétaire est aussi une politique fiscale.

Enfin, les taux d’intérêt bas et la forte croissance de la liquidité mis en place par les banques centrales conduisent à moyen terme à des bulles sur les prix des actifs (actions, immobilier) dont la valorisation augmente avec les taux d’intérêt très bas et qui bénéficient du réinvestissement de l’excès de liquidité.

L’apparition de bulles sur les prix des actifs accroît les inégalités patrimoniales, et réalise un transfert intergénérationnel au détriment de « jeunes » qui doivent acheter des actifs (pour se constituer un patrimoine, pour se loger) et au profit des « vieux » qui sont déjà détenteurs de patrimoine. Les liens multiples entre politique monétaire et politique budgétaire, au sens large, nécessitent que les deux politiques soient coordonnées, et rendent donc impossible à terme l’indépendance des banques centrales.

Source : Les Echos.fr

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