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Publié par Saoudi Abdelaziz

Né en 1931, rédacteur en chef du Canard Enchaîné, Claude Angeli fut le 17 octobre 1961, avec son confrère journaliste Jean Texier, l’auteur du cliché qui a immortalisé la sanglante barbarie policière contre les Algériens.

 

 

L’armée prépare une neuvième année de guerre

Par Claude Angeli, 11 novembre 2020. Le Canard Enchaîné

Généraux et diplomates doutent parfois de l’efficacité d’un engagement au Sahel, mais l’Elysée ne les entend pas.

APRÈS HUIT ANS d’intervention dans cet ancien pré carré colonial, il est question « d’y réorganiser le déploiement des forces françaises ». Au même moment, le nouveau gouvernement malien poursuit ses négociations avec des djihadistes qui, entre deux attentats, imposent des fermetures d’écoles dans le nord du pays, quand ils ne les incendient pas. Il y a vraiment comme un défaut dans la stratégie appliquée par deux présidents et leurs généraux depuis 2013 et l’envoi du premier contingent français au Mali.

Deux opérations récemment lancées avec succès ont amené militaires et politiques à reconsidérer l’utilisation des 5 100 soldats présents sur le terrain. Le ministère des Armées a d’ailleurs donné une inhabituelle publicité à la première de ces interventions. Le 1er novembre, deux Mirage 2000, des hélicoptères et quelques dizaines de membres des forces spéciales ont tué une cinquantaine de djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Al-Qaida) qui venaient d’être repérés au nord du Burkina Faso.

Aucune victime française, selon l’état-major, et un cocorico tonitruant de Florence Parly, la ministre des Armées, qui – heureux hasard – effectuait alors une tournée au Mali et au Niger.

Le 6 novembre, nouveau raid réussi à une centaine de kilomètres de Gao, dans le nord-est du Mali. Après la découverte par un drone Reaper d’un regroupement de djihadistes à moto, des hélicoptères Caïman et Tigre, ainsi que des commandos spéciaux, interviennent et font plusieurs tués et prisonniers.

Si encore Florence Parly s’était limitée à crier victoire, le 2 novembre... Mais elle a aussitôt ajouté cette déclaration ambiguë : « On ne peut pas dialoguer avec les groupes djihadistes qui n’ont pas renoncé au combat terroriste ». Si l’on comprend bien cette ministre, qui, on l’espère, ne s’exprime pas sans raison, la position actuelle du gouvernement français peut se résumer ainsi : « Les militaires maliens ont le droit de négocier comme ils le font avec des djihadistes à condition qu’ils déposent les armes. Nous n’y pouvons rien, malgré les attentats qu’ils pratiquent et les quelque 1 500 écoles qu’ils ont contraintes à fermer au Mali et les 2 000 autres au Burkina Faso, quand ils n’ont pas, à l’occasion, exécuté leurs professeurs ».

Bricolages “stratégiques”

Comment l’état-major des armées envisage-t-il la neuvième année de guerre au Sahel ? Tout d’abord, à en croire les réflexions en cours, il ne sera peut-être pas nécessaire de laisser sur place les 600 hommes qu’Emmanuel Macron avait envoyés « en renfort provisoire », disait-il, au début de l’année. En revanche, les effectifs des commandos spéciaux du dispositif Sabre devront être augmentés car, au côté de Barkhane, ils permettront « des interventions plus souples et plus mobiles ».

Conclusion, d’après un expert militaire : plus d’affrontements directs, en principe, avec les groupes terroristes et une moindre occupation du terrain. Il s’agira plutôt d’affaiblir lesdits groupes au moyen d’« opérations bourrasques » (vocabulaire martial de l’état-major), avec la participation des drones-tueurs armés Reaper, des Mirage, des hélicoptères et des commandos spéciaux). « Cela exigera moins de soldats sur le terrain et ÿ reviendra moins cher » . En 2020, la présence au Sahel du contingent Barkhane aura en effet coûté 1,2 milliard d’euros. Un record.

Voilà qui permettra, imagine-t-on à l’Elysée et au ministère des Armées, de calmer les Français, toujours critiques sur la hausse continue du budget de la Défense et le surcoût des opérations menées à l’étranger. Mais, comme il n’est pas question que le gouvernement aille s’en expliquer devant le Parlement, qui oserait prédire demain que la guerre du Sahel n’entrera pas, en 2022, dans sa dixième année ?

Source : Le Canard Enchaîné

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