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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Inondations de Bab El oued, 19 ans déjà !

Par Ferhat Zafane, 10 novembre 2020

Il était 7 h 30 ce vendredi 10 novembre 2001 quand les crues commençaient à dévaler les voies express du quartier du Frais Vallon.  Les enfants s’apprêtaient à rejoindre les écoles, leurs parents s’orientaient vers leurs préoccupations mais les pluies n’ont pas cessé de s’abattre depuis la veille.

L’orage, qui n’avait duré que quelques minutes, devait « ressusciter » un oued, à l’origine de l’hécatombe, qui était endormi depuis des lustres. Charriant dans sa folie des milliers de tonnes de boue, l’oued M’kessel, descendant des « gorges » du Frais Vallon qui séparent des hauteurs d’El Biar et ceux de Bouzaréah.

La scène est apocalyptique, des vies sont perdues, le deuil s’installe pour durer, suite à cette catastrophe naturelle, et en moins de trois heures, Bab-El-Oued et les quartiers mitoyens sont pris au piège, de la force et de la vitesse des crues, de la route de Frais Vallon, pour finir tout en bas, dans les vagues de la mer, hautes de pas moins de quatre mètres. Des cris, des pleurs, des appels au secours, et des centaines de véhicules, camions, bus et voitures avançaient, par la force des crues.

Et c’est dans cette ambiance apocalyptique, que la bravoure et le courage des jeunes des quartiers populaires de Bab-El- Oued, s’est illustrée, encore une fois, ils étaient les premiers, on se souvient à braver le danger, risquant souvent leur vies pour en sauver d’autres.

Des balcons, des couvertures tombaient pour atterrir dans les mains des citoyens, des quartiers moins touchés, par cette avalanche de boue, pour ne citer que ceux situés à l’entrée de Bab-El-Oued, pour être vite transportée là où des espaces ont été envahis par les sinistrés, ceux qui ont été tirés des griffes d’une mort certaine, par le geste d’un inconnu, qui était là au bon moment.

L’usine mythique de fabrication de tabac, des ateliers de confection, les Hamams, des écoles, des magasins, le marché de Triolet, des immeubles et les maisons individuelles de la commune de Oued Koriche étaient engloutis et envahis par des tonnes de boue.

Plus de 800 morts, selon les autorités, ont été victimes de ce drame, outre une centaine de disparus et des dégâts matériels considérables, au terme duquel, on a commencé à penser à la gestion des drames et des risques majeurs, mais bien avant cela, comment prévenir et se prémunir des conséquences causées par les catastrophes naturelles.

 Source :  La Patrie-news

 

Quelle stratégie de prévention du risque inondations en Algérie ? 

Par Pr Abdelkrim Chelghoum*, 10 novembre 2018

Ingénieur,  directeur de recherche. Président du Club des risques majeurs.

«A la mémoire de toutes les victimes des inondations.»

Bref historique contre l’oubli et l’amnésie : Le 10 novembre 2001, à 7h45, des trombes d’eau se sont déversées sur le quartier de Bab-el-Oued. Les précipitations ont atteint un cumul de 204 mm en 24 heures et généré des crues de plusieurs centaines de mètres cubes/seconde. Tous les quartiers bas de la zone ont été dévastés par des torrents d’eau et de boue, descendus des pentes du bassin versant de Oued-Koriche, situé à l’amont.

Les dégâts ont été particulièrement catastrophiques puisqu’on a enregistré en quelques heures des pertes humaines considérables qui s’élèvent à plus de 800 morts et 150 disparus et des pertes matérielles évaluées à plus de 30 milliards de DA (selon la source officielle) sans occulter le terrible choc psychologique subi par toute la population algéroise. 

Le premier constat et diagnostic technique des causes ayant engendré cette catastrophe a clairement pointé la responsabilité entière des pouvoirs publics à travers la gestion urbanistique archaïque et débridée de cette région, aggravant la situation  d’érodabilité des terrains accrue par le déboisement du bassin du Frais-Vallon et la  construction d’une autoroute dans le fond de l’oued (lit mineur).

Les inondations en Algérie font partie des dix risques majeurs auxquels est confronté notre pays. Qu’est-ce qu’un risque majeur ? Il faut dire qu’un événement potentiellement dangereux ne devient un risque majeur que s’il s’applique à une zone où des enjeux humains, économiques, environnementaux et culturels sont présents. D’une manière générale, un risque majeur résulte d’une conjonction d’un aléa (danger) et d’un ou plusieurs enjeux en présence et se caractérise par une faible fréquence et une énorme gravité avec des impacts considérables sur l’environnement débouchant ainsi sur «un état de catastrophe» défini universellement comme une rupture grave du fonctionnement d’une communauté sur le plan social et économique. Dans ce cas, c’est la vulnérabilité des sites exposés qui représente l’étalon de mesure des conséquences induites par cette cassure. 

De par son emplacement géographique, l’Algérie est exposée à plusieurs risques préjudiciables tels que les séismes, inondations, glissements de terrain de grande ampleur, sécheresse, désertification, invasion acridienne, etc. ainsi que ceux engendrés par l’intervention et l’activité de l’homme  tels que les accidents industriels, les pandémies, la pollution, les marées noires, etc. Concernant l’Algérie, ces risques majeurs regroupent l’ensemble des phénomènes qu’ils soient d’origine naturelle, technologique, climatique ou autres et dont les effets prévisibles mettent en jeu des populations entières et génèrent des dégâts importants dépassant largement les capacités des instances locales concernées et que la communauté affectée ne peut surmonter avec ses seules ressources lors de la survenance de la catastrophe.

Dans ce contexte, les articles 2 et 10 de la loi 04-20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes, dans le cadre du développement durable, définissent et énumèrent clairement les dix risques majeurs touchant notre pays selon la nature matérielle de l’aléa, à savoir les risques naturels (inondations, feux de forêts, glissements de terrain, séismes, désertification) ou les risques technologiques et industriels (incendies, explosions gazières, dégagement toxique, rupture des gazoducs, marées noires, rupture de barrage, accidents de transport de matières dangereuses) et les risques portant atteinte à la santé humaine, animale et végétale. 

Dans la présente contribution, je commencerai d’abord par donner un bref descriptif par ordre chronologique des inondations les plus destructrices qui ont touché presque la totalité des régions depuis 1971 à ce jour ensuite je procèderai à une évaluation du risque encouru par rapport à l’actuel état des lieux et enfin quelques recommandations sur le plan gestion technique et organisationnelle de ce risque seront présentées. Concernant ce danger, il est important de noter que les conditions climatiques de l’Algérie la prédisposent aux crues et aux inondations qui figurent par ailleurs parmi les catastrophes naturelles les plus fréquentes et les plus dévastatrices touchant l’ensemble du territoire atteignant parfois l’ampleur d’une catastrophe nationale.

A cet égard, on peut citer quelques cas d’école d’inondations catastrophiques sur les plans humain, matériel et économique, et liées à de fortes précipitations ayant généré des crues dévastatrices comme :

 Les pluies exceptionnelles qui se sont abattues durant les quatre derniers jours de mars 1974 sur les wilayas d’Alger et de Tizi-Ouzou et qui ont favorisé la formation de crues importantes. Ces pluies et crues ont causé des dégâts énormes : 52 morts, 4 570 habitations détruites, 18 000 sinistrés et la destruction de 13 ponts et de nombreuses routes.
- Le 20 octobre 1993 : 20 minutes de pluie ont suffi pour provoquer plus de 50 morts et des dizaines de blessés dans la ville de Oued Rhiou.  
Au mois d’octobre 2002, des pluies d’une grande intensité (28,5 mm en 45 minutes) se sont abattues sur la région de Tamanrasset et notamment la région d’Arak. En 7 jours, il est tombé 80 mm de pluie, soit près du double de la moyenne annuelle de la région (évaluée à 46 mm). Les eaux de plusieurs bassins versants ont afflué vers les gorges d’Arak, et ont formé une crue très violente, qui a emporté la route sur 20 km.

 

Le 1er octobre 2008 : une inondation exceptionnelle due aux crues de plusieurs oueds convergeant dans la vallée du M’zab Ghardaïa ont décimé plus de 60 personnes par surprise et causé d’énormes dégâts matériels à la ville de Ghardaïa.
 

Le 15 septembre 2015 : de fortes chutes de pluie se sont abattues sur la ville de Tamanrasset provoquant des crues d’Oued Amsel entraînant des pertes humaines importantes (13 victimes) et des pertes matérielles considérables. 

On peut ainsi constater que des pluies répétées même sous formes d’averses courtes, leurs intensités sont les principales causes d’inondation en secteur urbain où les ruissellements font obstacle à l’écoulement normal des précipitations aux débits très importants engendrant systématiquement un débordement qui renforce les coulées de boue. L’imperméabilisation des sols par une hyper-urbanisation anarchique sur des zones inondables couplée à un état calamiteux des réseaux d’assainissement souvent bloqués est aussi un facteur d’amplification de ce risque. Il existe plus de 700 sites à risque d'inondations dont une centaine à haut risque impliquant systématiquement une intervention prioritaire. Les zones les plus exposées sont situées dans les régions nord et sud du pays qui se distinguent par l'apparition de crues souvent instantanées.

Ces précipitations caractérisées par une très forte irrégularité tant interannuelle que saisonnière entraînent des étiages extrêmement sévères des oueds et inversement de fortes crues et des inondations engendrant des dégâts humains et matériels considérables. La genèse des fortes crues et leurs impacts sur l’environnement diffère d’une région à une autre en fonction des conditions géographiques, climatiques et d’occupation des sols qui les caractérisent. Bien que la cause fondamentale des inondations soit l’arrivée d’importantes chutes de pluie, cependant, elles ne sont pas toutes dues à des phénomènes exceptionnels. 
En plusieurs occasions, d’autres facteurs agissent soit pour aggraver les effets d’une crue soit pour créer eux-mêmes des phénomènes hydrauliques de turbulence dans le plan d’eau tels que la présence de décombres (troncs d’arbres, carcasses de véhicules, animaux, etc.) et détritus qui réduisent considérablement la capacité du lit de l’oued à assurer l’écoulement optimal.

D’une manière générale, les causes des inondations survenues en Algérie peuvent être classées en trois catégories, à savoir :
 

- les inondations liées à des situations météorologiques remarquables se traduisant par une forte pluviosité (pluies importantes, orages violents) telles que les inondations de décembre 1957 et mars 1974  des bassins du Mazafran et Sebaou ; les inondations de décembre 1984 de tout l’Est algérien. Les inondations provoquées par des facteurs dus à la main de l’homme liés principalement à la défaillance des réseaux d’assainissement et de collecte des eaux pluviales, le gonflement des oueds par les décombres et détritus ;  les cas des villes de Tiaret et Batna, inondées presque chaque hiver et la plaine du M’zab inondée tous les 2 à 3 ans illustrent parfaitement l’influence dans l’apparition du phénomène.  
 

- Les inondations produites dans les régions présentant un environnement topographique défavorable comme le cas des villes traversées par des oueds (B.B.A., Oued Rhiou, Sidi-Bel-Abbès, Aïn Defla, Batna, Médéa, Béchar, Tamanrasset, Constantine, Tebessa, Setif, M’sila, etc.). Ces agglomérations à forte concentration de populations et sous l’effet d’une urbanisation anarchique réglementée présentent de grands risques avec des pertes humaines et matérielles enregistrées à chaque inondation aussi légère soit-elle. 
 

- Les inondations engendrées par des crues torrentielles appelées aussi crues éclair affectant les petits bassins versants de quelques dizaines de km2 et sont le plus souvent liées à des chutes de pluie isolées et localement intenses issues de phénomènes de convection sous forme de tempêtes orageuses se produisant en automne et été. 
Les crues de ce type sont particulièrement dangereuses en raison de la soudaineté et de la rapidité avec lesquelles elles se produisent, des ruissellements extrêmement rapides et violents peuvent intervenir  moins d’une heure après la pluie et les débits des oueds passent de quelques m3/s à plusieurs milliers de m3/s au bout de 02 heures seulement ; l’exemple type est le cas de la ville de Oued Rhiou le 20 octobre 1993 et Bab-el-Oued le 10 novembre 2001 ; les inondations des grands bassins versants résultent le plus souvent des précipitations importantes généralisées sur de grandes étendues et caractérisées par leur quantité et leur durée qui peut atteindre 15 jours, ces crues sont massives, lentes et évolutives  sauf lorsqu’elles sont brutalement aggravées par des affluents avals plus courts et plus rapides.

Dans pratiquement tous les cas, ces phénomènes résultent d’épisodes pluvieux importants dont les effets sont souvent amplifiés par d’autres facteurs, notamment l’urbanisation archaïque non maîtrisée, les aménagements régionaux inadaptés, les réseaux d’assainissement sous-dimensionnés pour les nouvelles constructions ou des réseaux obsolètes mal entretenus datant de la période coloniale. De plus, il est clair que certaines catastrophes sont aggravées par l’action de l’homme par exemple la construction de complexes immobiliers, infrastructures importantes sur des terrains inondables où au niveau des lits d’oueds sans aucune prise en compte des mesures préventives et de protection nécessaires relatives à l’impact du danger. Il faut dire qu’il n’existe pas de régions en Algérie prémunies contre ce risque. 

Ces évènements demeurent imprévisibles dans le temps et l’espace et constituent une des contraintes majeures pour le développement durable du pays. 
En Algérie, les pluies répétées, même sous formes d’averses courtes, leurs intensités sont les principales causes des inondations en secteur urbain où les ruissellements font obstacle à l’écoulement normal des précipitations aux débits très importants, ce qui cause nécessairement un débordement qui renforce les coulées de boue.


Quelques recommandations relatives à la gestion du risque inondation 
 

L’homme n’est pas en mesure de maîtriser les forces exceptionnelles de la nature mais il est capable de connaître, de recenser, identifier, évaluer, prévenir et réduire l’impact  des risques et des dangers encourus.  Les inondations sont des aléas urbains dérivés d’aléas hydroclimatiques.

L’approche méthodologique de gestion de ce risque repose essentiellement sur l’élaboration d’une cartographie des zones inondables qui doit résoudre les points suivants : répertorier les zones inondables par des investigations sur terrain, utiliser la photographie aérienne et des enquêtes auprès des riverains, reconstituer les données historiques relatives aux crues avec les périodes de retour et la fréquence de ces évènements, étudier les caractéristiques hydroclimatiques et topographiques des bassins versants sujets à des inondations. Utiliser les outils de cartographie numérique pour superposer l’ensemble de couches à élaborer des cartes définissant les degrés du risque pour chaque région.

L’élaboration de cette cartographie devrait retracer tous les risques éventuels probables ; elle permet de cibler et de hiérarchiser les régions en fonction du niveau de risque possible avec la prise en compte de l’enjeu humain et économique. Elle va constituer un élément de base pour la mise en place d'un système de prévention des risques au niveau national et avoir un effet direct sur les grandes orientations de l'aménagement du territoire. Elle permet également de mesurer l'ampleur des risques majeurs et aider les services de la Protection civile dans le choix du type de moyens d'intervention qu'il faudrait déployer à travers le territoire national. Il faut dire que l’élaboration d’une cartographie du risque inondation est un travail lourd qui doit être fait avec soin et précision, des équipes multidisciplinaires indépendantes doivent être engagées pour assurer la crédibilité et l’utilité de cette cartographie. 

 Pour conclure, il est utile de procéder à un constat comparatif des situations subies depuis la date référentielle 1971. En effet, depuis la dernière catastrophe de Tamanrasset (15 septembre 2015), on a enregistré en moyenne sept à dix inondations de grande ampleur par an touchant essentiellement les grandes villes.

Ce qui est à la fois gravissime et inquiétant, depuis le début de l’année 2018 nous avons assisté à des inondations dévastatrices ayant touché plus de 32 chefs-lieux de wilaya (Constantine, Tebessa, Alger, Batna, Sidi-Bel-Abbès, Oued Tlelat, dans la wilaya Oran, Tizi Ouzou, Boumerdès, Bouira, Adrar, B.B.A., In Amenas, In Gezzam, Setif, etc.) avec des dégâts humains et matériels inacceptables sur le plan technique. Si on considère les périodes citées dans l’inventaire en annexe, à savoir 1971-2000 et 2000-2018, une simple comparaison des courbes représentant l’évolution des pertes humaines et matérielles durant ces deux périodes dégage un coefficient d’amplification supérieur à 4 (ce qui est énorme) et démontre clairement la gravité de la situation et l’inexistence d’une stratégie de prévention des risques majeurs en général dans ce pays.
 

(*)  Ingénieur, CHEC, MsC, PhD, DIC, D.E.), Directeur de recherche. Directeur du Cabinet GPDS. Président du Club des risques majeurs.

Source : Le Soir d'Algérie 

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