Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

Photo DR

On peut lire sur un site consacré aux activités de la veuve-guillotine (la finga algérienne) : "le 25 août 1865, Ahmed Ben Si Dehmou, 30 ans, ouvrier agricole, pour se venger de son frère, incendie plusieurs tas de chaume et de broussailles appartenant à ce dernier dans le canton de Marengo. L'incendie détruit une cabane, ainsi de nombreuses récoltes de fèves, orge et blé appartenant à d'autres propriétaires" (1). Cette sentence de mort est le sujet d'une chronique historique toujours véridique et passionnante du grand écrivain journaliste Foudil Ourabah, paru hier sur Facebook, le jour où un procureur algérien présentait à la presse les pièces d'un dossier de complot. Ce récit continue celui consacré à ces incendies des années 60 du 19è siècle et à leur utilisation militaro-judiciaire pour mater l'opposition au colonialisme (2).

El Finga

Par Foudil Ourabah, 16 novembre 2020
 

Le 8 décembre 1865, la population de Marengo (Hadjout) et des environs fut rassemblée pour assister à l’exécution publique d’un homme dont le nom était Ahmed Ben Si Dehmou. Ramenée d’Alger en grand charroi, la guillotine était dressée depuis la veille sur la place du village.

 

Le supplicié avait été conduit sous escorte le matin même de la prison de Blida.
Ahmed Ben Si Dehmou avait été condamné à la peine capitale le 25 août précédent par la cour d’assises. On lui reprochait d’avoir été l’auteur d’un incendie qui s’était déclaré dans la forêt de Sidi Bou Fadel, située sur les premiers contreforts du Mont du Chenoua.

Lors de même session, la cour d’assises de Blida a jugé un autre homme, Mohamed Benarba, accusé d’avoir allumé un incendie qui avait ravagé une concession de chênes liège à Tefeschoun. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Voici l’argumentation du procureur impérial dans son réquisitoire contre Mohamed Benarba, telle qu'elle est rapportée par le journal Le Tell paraissant à Blida:
"Le 23 août, quatorze incendies se manifestaient sur divers points de notre ressort juridictionnel. Le même jour, des incendies éclataient également dans la province de l’Est, où se trouvent les plus belles forêts. Partout, on retrouve la main des indigènes. C’est par la flamme qu’ils veulent maintenant obtenir ce que les armes n’ont pu leur faire conquérir. »

Le réquisitoire du premier avocat général de la cour impériale qui avait demandé et obtenu la tête d’Ahmed Ben Si Dehmou a développé les mêmes arguments tout en étant plus explicite:

"Le jour où Ben-Si-Dehmou mettait le feu à Bou-Fadel, le même jour et presque à la même heure, quatorze foyers d’incendies éclataient dans la plaine de la Mitidja. Partout, il a été démontré que le feu a été allumé par des indigènes. La simultanéité de ces nombreux attentats révèle, parmi les Arabes, l’existence d’un complot tendant à obtenir par le feu ce qu’ils n’ont pu obtenir par l’insurrection."

En fait de démonstration de l'existence d'un complot, il n’y en eut pas. Pas plus que ne furent rapportées aux procès les preuves établissant la culpabilité des condamnés. Seulement voilà, les autorités administratives, militaires et judiciaires avaient décidé de frapper fort et sans attendre.

Les accusations étaient fondées sur de simples soupçons, ou encore sur la base de délations que l'enquête ne s'est pas donnée la peine de vérifier. Peu importait d’ailleurs que les culpabilités fussent réelles ou supposées, pourvu que les procès viennent donner lieu sans attendre à des châtiments dont la seule vertu était de plonger les populations dans l'effroi et la terreur !

Quelques jours après la condamnation d’Ahmed Ben Si Dehmou, on retrouva pendu à un arbre l’homme qui l’avait dénoncé aux autorités. Celles-ci s’en réjouirent presque et elles considérèrent que ces représailles venaient administrer la preuve a posteriori de la culpabilité du condamné.

Dans toute l'Algérie, les tribunaux siégeaient sans discontinuer et les juridictions militaires n’étaient pas en reste. Le 11 décembre de la même année, le deuxième conseil de guerre de la division de Constantine, siégeant à Bône (Annaba) condamnait Othmane Ben Mezghich de Saâda à vingt ans de travaux forcés pour incendie volontaire d’une forêt domaniale.

Dans la séance du 15 décembre, le même conseil de guerre condamnait sous le même le chef d’accusation Embarek Benaïssa de la tribu des Beni Maali (Djidjelli) aux travaux forcés à perpétuité et Si Amer Ben Si Ali de la tribu des Aït Frah (Bougie) à dix ans de travaux forcés.

Source : Facebook

 

(1) La Veuve Guillotine

(2) Le lobby du liège face aux incendies de forêts, au 19è siècle.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article