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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Pour le patron de MAC BM, la situation dans laquelle se débat le secteur n’est pas uniquement liée à la pandémie, mais à d’autres facteurs. «Les conditions dans lesquelles évoluent la filière cuirs et chaussures sont difficiles depuis quelques années. Elles n’ont fait que se compliquer avec la crise sanitaire qui n’a fait les commandes et les ventes ont sensiblement chuté», nous dira M. Moussaoui pour qui le manque de main-d’œuvre qualifiée, la concurrence déloyale, les importations massives ont porté un coup dur au secteur.

Par Samira Imadalou, 5 octobre 2020

Après avoir connu une importante régression au milieu des années 80’ avec la fermeture des entreprises et la mise au chômage de centaines de travailleurs, l’industrie du Textile et de l’habillement (TH) a évolué au rythme des crises. Ainsi, place alors aux importations massives pendant de longues années pour faire face à la demande sans cesse croissante.

Et ce n’est qu’en 2013 qu’une stratégie est mise en place pour relancer le secteur. Une stratégie basée sur une alliance stratégique entre une entreprise publique et une entité étrangère. La société Tayal en est un exemple. Ce pôle industriel a été réalisé en 2016 dans le cadre d’un partenariat entre la société turque Intertay (filiale du complexe Taypa) et les entreprises publiques algériennes S&H et Texalg et la Société nationale de tabacs et allumettes (SNTA) pour un investissement de plus de 171 milliards de dinars (714 millions de dollars). Mais, à ce jour, il n’a pas encore réalisé tous les objectifs tracés dans le projet.

La pandémie n’a fait que retarder l’élan de ce groupe, comme c’est le cas pour les sociétés publiques de cette filière, des cuirs et chaussures. Lesquelles ont connu une baisse drastique de leur production aux cours du premier semestre de l’année. Les perspectives s’annoncent moroses dans ce contexte de difficultés financières et de déficit en compétences managériales.

Au moment où le gouvernement prépare une feuille de route pour la promotion des exportations hors hydrocarbures, la production industrielle du secteur public bat de l’aile. Les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS) pour le premier semestre de l’année en cours le montrent clairement. Avec moins de 10% par rapport à la même période de l’année dernière, à l’exception de l’extraction du minerai et matières minérales qui a enregistré une hausse de 10,2% et des industries agroalimentaires (IAA) en stagnation, toutes les filières industrielles ont connu une baisse de la cadence de production.

C’était prévisible. Le ralentissement économique de 2019, qui a plongé les entreprises dans de grandes difficultés suivi de la pandémie, a fini par affecter lourdement le secteur public au même titre que le privé. Certaines filières ont été le plus touchées par cette double crise. L’exemple le plus édifiant est celui des textiles, chaussures et cuir. La production industrielle des textiles en effet connu un déclin de près de 27% (26,6%) entre mars et juin 2020, alors que celle des industries des cuirs et chaussures a été divisée par plus de deux chutant de 54,7%. C’est la deuxième baisse après celle du premier trimestre de l’année. Une tendance perceptible selon l’ONS tant au niveau des biens intermédiaires (-60,6%) que des biens de consommation (-42,4%). Cela pour dire que le secteur peine à sortir la tête de l’eau.

D’une crise à une autre

Déjà en perte de vitesse depuis plusieurs années pour différentes raisons, ces deux filières poursuivent ainsi leur décadence en dépit des mesures arrêtées pour leur relance et des efforts financiers consentis à cet effet. Faudrait-il rappeler justement le volume des crédits d’investissement obtenus par le Groupe public Getex dans le cadre du plan de développement de l’industrie du textile s’élevant à 21 milliards DA. Un montant consacré à la rénovation des machines et des moyens de production, à l’achat des matières premières et à la relance de l’activité des usines. Finalement, les objectifs assignés à un tel plan n’ont pas été réalisés.

La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver la situation pour un secteur qui importe annuellement entre 6 et 7 milliards de dollars avec une consommation nationale de l’ordre de 500 millions de mètres linéaires par an et une production en tissus de 40 millions de mètres de tissus. Cependant, l’offre nationale reste faible même si elle s’est améliorée notamment pour l’habillement passant de 4% en 2016 à 20% en 2018 selon le groupe Getex. Il était prévu que ce taux atteigne 35% cette année avec l’entrée en production de l’usine de filature de Relizane d’une capacité de production de 9000 tonnes/an. Mais le coronavirus a tout chamboulé. Une crise conjuguée à d’autres facteurs liés aux lenteurs administratives. L’usine qui fait partie du complexe, composé de 8 usines intégrées appartenant à la joint-venture allégro-tuque Tayal est loin de fonctionner à pleines capacités.

La pandémie a complètement bouleversé le fonctionnement de l’entreprise (lire entretien Yasser Tuque Tayal). C’est donc l’attente de meilleurs jours au sein de ce groupe et de bien d’autres entreprises du secteur notamment chez le privé. A. Moussaoui, chef d’entreprise spécialisée dans la fabrication des chaussures de sécurité, parle d’enfoncement de la crise avec le confinement décidé face à la propagation du coronavirus.

Pour le patron de MAC BM, la situation dans laquelle se débat le secteur n’est pas uniquement liée à la pandémie, mais à d’autres facteurs.

«Les conditions dans lesquelles évoluent la filière cuirs et chaussures sont difficiles depuis quelques années. Elles n’ont fait que se compliquer avec la crise sanitaire qui n’a fait les commandes et les ventes ont sensiblement chuté», nous dira M. Moussaoui pour qui le manque de main-d’œuvre qualifiée, la concurrence déloyale, les importations massives ont porté un coup dur au secteur.

Ce sont autant d’éléments qui ont contribué à la faillite des entreprises du secteur qui recèle pourtant un potentiel extraordinaire. «C’est ce potentiel qui nous permet de garder un peu d’espoir. A condition de se pencher réellement sur la prise en charge des entraves au développement de la filière», poursuivra notre interlocuteur.

L’innovation en attente

Ces problématiques sont directement liées à l’innovation, l’amélioration du volet organisationnel et les stratégies de marketing. Et aussi en investissant dans la formation. Ce que tentent de rattraper les pouvoirs publics actuellement à travers des conventions avec les centres spécialisés. Il s’agit de rattraper un grand retard dans ce domaine causé par la fermeture des instituts de formation en textile et confection après le déclin de l’activité dans les années 1990.

A titre indicatif, actuellement 695 établissements au niveau national assurent la formation dans la filière du textile et de l’habillement, selon le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels. Insuffisant par rapport aux besoins induits par le plan de relance et par rapport aux défis à relever. C’est donc avec des moyens réduits tant sur le plan matériel qu’humain que les sociétés qu’elles soient publiques ou privées tente de survivre au moment où d’autres ont mis la clé sous le paillasson. Les appels lancés par le gouvernement à ces entreprises pour augmenter la production afin de satisfaire la demande en temps de coronavirus pour ce qui des masques, bavettes ou autres n’ont pas donné de résultats.

Confection de masques : des efforts sans contrepartie

Dans de nombreux cas, il y a eu des commandes qui n’ont pas été honorées. Dans d’autres, les chefs d’entreprise ont bien contribué à la confection de ces moyens sans être payés. Ce qui a détérioré leur situation financière.

«Nous avons entrepris toutes les démarches pour obtenir le certificat de conformité des masques de protection. Nous avons reçu une commande et nous avons eu des contacts avec le ministère du Commerce. Après un long processus, nous avons réussi à honorer nos engagements, mais à ce jour, nous n’avons rien perçu en contrepartie de cette production. Ce qui nous met dans une situation vraiment délicate financièrement», témoigne un gérant d’un atelier de confection à Alger. Et d’ajouter : «Nous avons pourtant tout fait dans la légalité.»

Une légalité qui a laissé place à l’informel puisque parallèlement, ils sont nombreux à avoir profité de la pandémie pour se lancer de manière «illégale» dans la production des bavettes loin de toute conformité avec tous les risques sur la santé.

Ce qui n’est pas nouveau comme pratique. L’informalité sévit à outrance dans ce secteur surtout quand la demande est en hausse (Aïd, rentrée scolaire…). Ce qui rappelle encore une fois tout le travail qui reste à faire pour relancer une industrie en agonie.

Une relance pour laquelle les engagements et les promesses ne manquent pas. Le 1er octobre, devant les députés, le ministre en charge du secteur, Ferhat Aït Ali Braham, a, en réponse à une question sur la situation de la tannerie de Jijel (causant des dégâts environnementaux), évoqué «une révision de la gestion du secteur public et le recours à la nouvelle loi de Finances à l’effet de tracer la politique économique du pays». Pour quels résultats et avec quels moyens ?

Source : El Watan

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