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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ahmed Akkache (1926/2010)

« Quand les Romains entreprirent la colonisation de la Numidie, au deuxième siècle avant l’ère chrétienne, ils se heurtèrent à un peuple vigoureux, combatif, farouchement épris d’indépendance. Conscient de son originalité, déjà enraciné au sol, le peuple leur opposa une résistance acharnée.

 La tête rasée à l’exception d’une longue mèche sur le sommet du crâne, le menton orné d’une fine barbe en pointe, les guerriers numides utilisent avec dextérité la lance, le javelot et le bouclier. Ce sont des cavaliers intrépides, habitués à parcourir de grands espaces, aimant les grandes chevauchées à la poursuite des bêtes sauvages. Ils habitent en général des tentes facilement démontables. Ils sont généreux, hospitaliers, épris de démocratie et de justice. La plupart des témoignages s’accordent à reconnaître leur grandeur et leur noblesse.

 La Numidie, nom donné à leur pays par certains voyageurs du fait, semble-t-il, de l’importance de ses populations nomades, est grande et riche. C’est l’ancêtre de l’Algérie actuelle.

  « Les Numides, écrit un historien pourtant mal disposé à leur égard, s’étaient fait dans la seconde guerre punique un nom retentissant (DU BUY : Histoire des Romains, t II, p.442). C’étaient des Barbares dont le voisinage des Carthaginois avait développé l’astuce naturelle, parce qu’ils avaient dû lutter de ruse avec eux, comme dans leurs déserts, ils luttaient de ruse avec la gazelle et, dans leurs montagnes, avec le lion et la panthère.

  « Massinissa…cavalier intrépide, même à 90 ans, était le fidèle représentant de cette race qui, avec ses chevaux rapides, vivait de chasse…bien plus que de ses cultures. Celles-ci s’étendaient dans les vallées fertiles et au bord des ruisseaux où le dattier donnait des fruits savoureux. Sur les plaines, au flanc des collines, de nombreux troupeaux de bœufs et de moutons erraient l’année entière sans clôture ni abri, partout où ils trouvaient de l’herbe ».

 Le territoire national a commencé dès cette époque à prendre forme. Bien que débordant légèrement sur la Tunisie, le Maroc, il est déjà sensiblement le même que celui d’aujourd’hui. La culture du blé, de l’orge, de la vigne et des oliviers s’y développe, servie par une fertilité remarquable du sol. L’élevage, qui intéresse surtout les chevaux et les bœufs, est déjà si important que le Phénicien Amilcar, à l’issue d’une incursion dans le Constantinois, ramène d’un seul coup à Carthage plus de 20.000 têtes de bétail.

L’utilisation du fer et le perfectionnement progressif des instruments aratoires améliorent régulièrement la production. Des échanges commerciaux s’organisent entre régions agricoles et régions pastorales. Les tribus, d’abord opposées les unes aux autres, commencent à se rassembler sous une autorité centrale unique : celle de Massinissa, un chef d’envergure, dont le principal mérite est d’avoir su diriger les grandes transformations économiques et sociales qui s’opéraient alors dans le pays.

 « Voici ce qu’il fit de plus grand et de plus merveilleux, écrit un auteur latin : avant lui, toute la Numidie était considérée comme incapable par sa nature de donner des produits cultivés. C’est lui le premier, qui montra qu’elle peut les donner tous » (Polybe, trad. Par S. Gsell).

 Le vieux roi agrandit sa capitale : Cirta (Constantine). Il jeta les bases d’un Etat, d’une administration, d’une armée. Il distribua des terres aux tribus nomades pour les fixer au sol, constitua de grands domaines fonciers, développa les travaux d’irrigation, le commerce, créa une monnaie. Sous son impulsion la Numidie connut un essor tel qu’elle devint rapidement un rival redoutable pour les deux puissances qui se disputaient alors l’hégémonie en Méditerranée : Carthage et Rome.

Aussi ces deux puissances s’attachèrent-elles à la détruire. Carthage d’abord multiplia les incursions et les activités à l’intérieur du territoire numide. Puis, profitant de la mort de Massinissa (en 148 avant J.-C.) et de la défaite de Carthage, l’armée romaine entreprit à son tour la conquête du pays avec des moyens considérables.

A peine le jeune numide se trouvait ainsi confronté au plus puissant empire du monde antique. Mais il ne céda pas. Ce fut une épopée extraordinaire, une guerre de résistance admirable à peu près unique dans l’histoire, où des générations entières se succédèrent sans jamais accepter la soumission et se transmettaient fidèlement les unes aux autres le flambeau de la résistance.

Marquée d’épisodes dramatiques et de combats sanglants, de victoires et de défaites, cette guerre populaire n’a pratiquement jamais cessé durant la longue période de la colonisation ; et ce n’est pas sans raison qu’un auteur français a intitulé l’histoire de la domination romaine « quatre siècles d’insurrections et de révoltes ».   

Lecture open : les guerres paysannes de Numidie (SNED 1973)

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