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Publié par Saoudi Abdelaziz

Amedy Coulibaly, et l'une de ses armes, dans une vidéo tournée juste avant la prise d'otages. © DR

Amedy Coulibaly, et l'une de ses armes, dans une vidéo tournée juste avant la prise d'otages. © DR

Sous le titre « Ces indics qui ont armé Amedy Coulibaly » Karl Laske écrit dans Mediapart : « La cour d’assises spéciale ouvre cette semaine le chapitre de l’approvisionnement d’armes d’Amedy Coulibaly qui embarrasse les services de l’État. Les armes proviennent du trafic de deux indicateurs qui rendaient compte à la gendarmerie et à la police ».

Le journaliste d’investigation s’interroge : « L’État français porte-t-il une part de responsabilité dans les attentats de Paris de janvier 2015 ? » Extraits de sa longue enquête assortie de documents confidentiels qui dévoilent les « rapports de contact » de la gendarmerie avec l’un d'eux :

« Cette fois, la question va se reposer plus crûment, mercredi et jeudi, lors de l’examen par la cour des filières qui ont livré les armes permettant à Coulibaly de faire cinq morts et plusieurs blessés graves à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Montrouge et Fontenay-sous-Bois.

Les armes du tueur ont en effet été fournies à des complices de Coulibaly par deux indicateurs inscrits au « registre des sources » de deux services d’enquête de l’État. Claude Hermant, militant identitaire et animateur de la Maison flamande, émargeait à la section de recherche (SR) de la gendarmerie de Villeneuve-d’Ascq depuis 2013, tandis que l’un de ses amis, Christophe Dubroeucq, videur de son métier, avait été présenté, mi 2014, à la direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Lille, par l’ancien patron du SDIG, les ex-renseignements généraux du département, un ami. Dubroeucq se voit confier un téléphone de service pour joindre son officier traitant. (..)

Les deux indicateurs sont convoqués devant la cour, jeudi, avec des complices, ainsi que leurs anciens officiers traitants, pour confronter leurs versions des faits. Les gendarmes ont contesté avoir couvert un tel trafic, et donné leur accord pour « l’infiltration » d'un réseau, mais les documents déclassifiés et en partie caviardés, dévoilés ci-dessous par Mediapart, confirment la qualité d’informateur d’Hermant et la fréquence de ses contacts opérationnels avec eux.

L’institution judiciaire a fait comme si elle marchait sur des œufs. Ainsi, les faits de trafic d’armes pourtant apparus très vite dans le dossier sont restés disjoints des attentats. En procédure, la juge antiterroriste Nathalie Poux a attendu le 22 juin 2015 pour informer son collègue lillois de l’identification des armes qui lui est parvenue dès le 14 janvier. Les suspects n’ont été entendus pour la première fois par l’antiterrorisme qu’en décembre 2015, onze mois après les attentats (…)

Mais l’implication plus directe de Dubroeucq dans la remise des armes à des relations de Coulibaly change la donne. En 2018, l’indicateur est finalement réentendu et placé sous le statut de « témoin assisté » dans le dossier des attentats. Un témoin l’identifie lors d’un contact avec l’un des hommes aujourd’hui dans le box, Mohamed Farès, et des « Parisiens » venus chercher des armes.

Dans leur ordonnance finale, les juges antiterroristes décident pourtant de sortir l'indicateur du dossier, au motif que « les seules déclarations » de deux mis en cause « ne permettent pas d'envisager sa participation à l'association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme d'atteintes aux personnes », « aucun contact n'étant démontré entre lui et Amedy Coulibaly ou des proches de ce dernier ».

Officiellement, c’est à la suite d’un « contrôle douanier » et de la découverte « fortuite » d’armes dans des colis livrés à Lille, que Claude Hermant et sa femme sont interpellés le 20 janvier 2015. Lors de sa garde à vue, l’ancien militaire, gérant d’une friterie et d’un terrain de paintball, déclare spontanément qu’il a compris devant sa télévision que les armes qu’il a livrées durant l’automne 2014 à un homme qui cherchait des armes pour des braquages de centres-forts avaient atterri entre les mains d’un terroriste. Il l’identifie comme Samir Ladjali, un Roubaisien qui fait des marchés et de la boxe.

« Les dernières actualités que l’on a pu voir sur nos télés, ces événements horribles, je parle bien des attentats de Paris, ont fait tilt dans ma tête, déclare Hermant. En détaillant ce qui a pu paraître dans la presse, et notamment le type d’armes cité, j’ai pris conscience que ces armes avaient pu être les armes que j’ai été amené à fournir à ce Samir. »

En garde à vue, Hermant découvre que la DIPJ est « sur lui » depuis le mois de mai précédent. Il a été pris en filature. Samir a été pris en photo venant à son contact, dix mois auparavant. L’indicateur explique qu’il a rencontré le Roubaisien « à l'occasion d’opérations d'infiltration pour le compte de la gendarmerie ». Ce que les policiers n’avaient pas remarqué (…). Source : Mediapart.

POST SCRIPTUM

 

Cela s'est passé en février 2012

Le Marocain Amine El Khalifi, un fragile jeune homme en situation irrégulière,  était suivi « depuis un an », par le FBI. Les experts psychiatres ont analysé la faisabilité de l’opération et donné le feu vert à la manipulation. Le FBI a retenu comme cible le Capitole, siège du pouvoir législatif. 

Les agents secrets chargés de l’opération sur le terrain ont donné au jeune Amine El Khalifi une arme et une veste contenant des explosifs. 

Commentant l’opération, le journal américain Washington Post s'interrogeait : «Qu’un service chargé de la protection d’un pays avoue  aujourd’hui sa capacité de monter des opérations terroristes laisse perplexe. Est-on donc si assuré que l’opinion ne va pas imputer aux services secrets, rétrospectivement, d’autres opérations ciblées qui, elles, ont fait des morts et des dégâts réels ?" 

Un rapport de Human Rights Watch (HRW) étayé de nombreux exemples où l’organisation dénonce nommément le FBI. Dans nombre des plus de 500 affaires de terrorisme conduites par les tribunaux américains depuis le 11 septembre 2001, “le ministère américain de la Justice et le FBI ont ciblé des musulmans américains dans des opérations clandestines de contre-terrorisme abusives, fondées sur l’appartenance religieuse et ethnique”. dénonce ce rapport.

L’organisation, aidée de l’Institut des droits de l’Homme de l’École de droit de l’université de Columbia, a en particulier étudié 27 affaires, de l’enquête au procès, en passant par l’inculpation et les conditions de détention, et interviewé 215 personnes, qu’il s’agisse des inculpés ou condamnés eux-mêmes ou de leurs proches, d’avocats, juges ou procureurs. “Dans certains cas, le FBI pourrait avoir créé des terroristes chez des individus respectueux de la loi en leur suggérant l’idée de commettre un acte terroriste”, résume un communiqué, estimant que la moitié des condamnations résultent de coups montés ou guet-apens.

Source : Terrorisme et avantages spectaculaires

 

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Samir 02/10/2020 18:39

Cela s'est passé en Août 2017
" El cerebro de la masacre de Las Ramblas fue confidente del CNI hasta el día del atentado"
"Le cerveau du massacre des Ramblas était indicateur du CNI jusqu'au jour de l'attentat"
C'est le titre d'un article du journal espagnol Publico.es paru après un an d'investigation sur les attentats terroristes commis le 17.08.2017 à Barcelone et Cambrils par la cellule djihadiste que dirigeait Abdelbaki es Satty, article démontrant que cet imam de Ripoll était toujours considéré comme informateur des services secrets espagnols - par eux-mêmes - le jour où son disciple Younes Abouyaaqoub commettait l'attentat.