Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Par M. Abdelkrim, 12 octobre 2020

« Passe-droits », «fausses attestations», «favoritisme», «tricherie», «complaisance»… Les réactions se succèdent après l’annonce des résultats du dernier concours de chefferie de service hospitalo-universitaire auquel ont pustulé quelque 400 candidats. Des révélations sur des cas « avérés » de  tricherie s’y ajoutent.

La lettre adressée au président de la République par un collectif de spécialistes à propos dudit concours, reprise par El Watan dans son édition du 7 octobre, est depuis étayée par des témoignages précis et documentés.

Le Pr Boumediene Elhabachi, chef du service de chirurgie du CHU de Sidi Bel Abbès, est catégorique : «Les jurys peuvent disqualifier un candidat sans la moindre gêne. Ils puisent sur les notes des uns et gonflent celles des autres.»

«Il n’est plus possible de continuer à agréer le faux et les attestations de complaisance», a-t-il déclaré samedi, lors d’une conférence de presse animée à l’hôpital de Sidi Bel Abbès.

Son témoignage intervient, explique-t-il, suite à l’annonce des résultats du dernier concours.

Il affirme, d’emblée, avoir été victime, par deux fois, de fausses attestations et de favoritisme lors du concours d’accès au grade de professeur (2019) et de chefferie de service (en 2018).

En 2018, il a été déclassé à la suite de «fausses attestations» délivrées à l’une des candidates, en lice pour le même poste. «Les preuves de tricherie sont à ma disposition», dit-il, avec assurance.

Selon lui, cette candidate a pu avoir 8 points pour externalisation des consultations spécialisées alors qu’elle n’a jamais fait la moindre consultation.

«Le jury d’examen était sans aucun doute complice, car tout le monde sait qu’étant chirurgienne aux urgences, elle ne pouvait pas faire des consultations et encore moins en externe», affirme-t-il en exhibant, pour appuyer ses dires, le tableau d’externalisation des consultations.

Il poursuit : «16 points lui ont été également octroyés pour un jumelage qu’elle n’a jamais assuré».

Une lettre du chef de service de chirurgie de l’EPH de Saïda l’atteste, selon le document remis à El Watan. «Donc, et même si on voulait être complaisant, cette candidate ne pouvait bénéficier que de 4 points et non pas de 16», fait-il remarquer.

Se référant au doyen de la faculté de médecine de Sidi Bel Abbès, le président du conseil scientifique et le chef de département, il révèle que la candidate a engrangé 2 autres points pour des responsabilités pédagogiques qu’elle n’a jamais eues.

«Elle (candidate) n’a jamais été chef de module, ni membre d’un comité pédagogique, ni membre élue du comité scientifique ou du conseil scientifique et encore moins dans un comité de spécialité.»

Alors qu’il a été privé, lui, de 2 points en sa qualité de membre d’une équipe de recherche qu’atteste une décision ministérielle.

Un projet de recherche examiné par trois experts et validé par le Ministère de l’Enseignement supérieur (MESRS), avec pour principe le développement d’équipes multidisciplinaires.

Le chef du service de chirurgie du CHU se dit encore surpris par les résultats du dernier concours (2020) de professeurs. «2 points lui sont accordés, là aussi, pour des responsabilités pédagogiques qui n’existent pas (…) elle n’a aucune activité depuis au moins février 2018», affirme-t-il.

En même temps, le jury le prive, lui, de deux points comme consultant scientifique et co-directeur de thèse. «J’ai pourtant présenté une attestation des deux directeurs de thèse et les deux attestations du doyen. La spoliation des points de communication est impardonnable», s’insurge le Pr Elhabachi.

Ce qui est encore plus grave, constate-t-il, c’est cette publication, parue dans un journal national, qui a conclu à des résultats totalement «fabriqués» et «faux».

La publication réalisée par la candidate porte sur la prise en charge de 320 cas atteints de la maladie de Fournier au CHU de Sidi Bel Abbès, de 2002 à 2016. «Constatant que ces chiffres sont anormaux d’un point de vue épidémiologique, j’ai demandé aux médecins résidents et secrétaires de revoir et de comptabiliser les cas de cette maladie. Nous ne retrouvons de 2000 à 2018 que 90 cas de cette maladie (….) La lecture de cette publication prouve que tout est artificiel et malhonnête ; les protocoles opératoires et les documents nécessaires sont disponibles et facilement consultables», assure-t-il.

Scandalisé par ce genre de pratiques, le Pr Elhabachi en appelle au bon sens et à l’esprit de responsabilité de ses confrères : «Tous les membres de ce jury doivent être sanctionnés (…) L’ensemble de la corporation doit le savoir pour que ce comportement malpropre ne se répète plus.» Selon lui, la communauté médicale ne peut plus espérer une réforme avec des personnes qui se donnent le droit au nom de la souveraineté du jury de «violer» la loi.

Et de s’interroger : «Comment peut-on donner la chefferie d’un service hyperspécialisé à un chirurgien qui n’a jamais opéré un cancer du sein 

«Une personne qui n’a jamais eu la moindre idée sur la reconstruction ou la chirurgie pelvienne ?»

Lors de cette conférence de presse, le Pr Elhabachi a notamment insisté sur le fait que tous les documents qui prouvent la véracité de ses assertions sont disponibles.

Sur la base de ses déclarations et des preuves documentées qu’il juge irréfutables, il a tenu à lancer un appel pour une profonde refonte du secteur de la santé en confrontant la corporation médicale à ses «scandales» et en l’amenant à accepter les réformes qui s’imposent.

«Les jurys d’examen doivent être remplacés par des expertises de dossiers et déclencher une procédure d’enquête dans le cas d’écart de plus de 2 points.

En attendant une réforme profonde, il serait plus honnête de nommer les chefs de service suite à une enquête des services de l’Etat qui garantiraient au moins une certaine moralité et écarteraient les incompétents», propose-t-il comme mesure d’urgence.

Tout en considérant que l’exercice de la médecine doit rester loin du pouvoir politique, il estime cependant qu’il est impossible de laisser l’avenir universitaire et hospitalier de la nation entre les mains de professeurs «indignes».

Et de conclure : «Les propulseurs et les propulsés sont solidaires entre eux et seront plus nombreux dans très peu de temps. Il sera alors trop tard.» 

Source : El Watan

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article