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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ancien gouverneur de la Banque d'Algérie (1989/1992). Photo DR

Ancien gouverneur de la Banque d'Algérie (1989/1992). Photo DR

Par Lyas Hallas, 22 octobre 2020. Twala.info

Le FMI alerte sur le risque de faillite qu’encourt des banques en Algérie deux semaines après les visites du commandant de l’AFRICOM et du secrétaire américain à la défense Mark Epser. Y aurait-il une quelconque corrélation entre ces faits ?

Abderrahmane Hadj Nacer. On peut rajouter d’autres corrélations. La campagne de presse sur la mort du Hirak par exemple, laquelle se déroule en même temps à Paris et à Alger mais, qui n’est pas gérée de la même façon à New York. Pendant que le New York Times dit qu’il y a « deux Algéries », la presse française et francophone dit qu’il n’y a plus de Hirak. Le fait qu’il y ait deux américains qui sont venus à Alger et non pas un est le signe que la notion d’unicité ou d’alignement est aujourd’hui caduque. Les Etats-Unis sont aujourd’hui subdivisés en moult tendances. Nous le voyons à travers leurs élections.

Et donc, si nous voulons comprendre pourquoi avions-nous reçu deux responsables Américains presque en même temps, il faut dire que ce n’était pas forcément les mêmes logiques en œuvre. Il en va de même aujourd’hui, quel que soit le pays auquel nous devons faire face, il n’y a plus de convergence et les états profonds sont éclatés.

Je tiens à rappeler pour l’histoire que le président Obama avait créé une commission composée de huit personnes pour essayer de réunifier l’Etat profond américain. Non seulement il n’y a pas réussi, mais, nous avons aujourd’hui une quasi-guerre civile à l’intérieur des Etats-Unis qui se répercute en quasi-guerres civiles à l’échelle mondiale.

Or, l’Algérie est un pays très impliqué dans les différents mouvements tectoniques. C’est un véritable laboratoire. Nous aurions remarqué qu’au cours de l’Histoire, nous n’avons pas été en phase avec nos voisins mais, plutôt avec les grands mouvements de l’histoire. Ce qui s’était passé en Algérie, que ce soit lors de l’occupation française ou de la libération du pays, ne ressemble pas à ce qui s’était passé par ailleurs. C’est très important de le rappeler parce que c’est aussi le cas aujourd’hui.

Qu’est-ce qui fait cette particularité de l’Algérie ?

D’abord, nous étions colonisés parce que nous étions très riches. Il faut rappeler que nous étions en paix totale avec la France et nous étions liées à elle par de puissants accords depuis François 1er en vertu desquels nous l’aidions contre ceux qui l’ont toujours manipulée à savoir, les Anglais. La France, exsangue après sa révolution, savait par le biais de ses espions que l’Algérie était riche parce qu’elle l’approvisionnait en blé et lui prêtait de l’argent. Mais, elle avait aussi remarqué que c’est un pays très vaste, très peu peuplé, et dont la direction avait pris l’habitude de la rente au lieu de développer sa capacité de projection militaire et d’anticipation stratégique.

Ainsi, il était très facile de corrompre le Khaznadji (trésorier, ndlr) et il était très facile de comprendre comment fonctionnait la régence d’Alger. Ses espions ont remarqué que le Dey était devenu un potentat oriental et n’était plus le chef de la taifa des Raïs (corporation des corsaires, ndlr), et que par ailleurs il avait confié la défense de la ville d’Alger à un parent à lui qui était un pleutre et un incompétent.

Elle avait également compris qu’elle pouvait s’acheter et s’attacher certaines catégories comme le Makhzen. Et, c’est ce qu’elle fît, en ayant recours à l’humiliation, à la violence génocidaire et à l’effacement de la mémoire longue.

Quand ils ont conquis l’Algérie, les Français ont d’ailleurs organisé toute une mise en scène de l’humiliation. Ils ont tenu à ce qu’elle soit spectaculaire. C’était un 5 juillet et vous remarquerez que nous commémorons chaque année cette date alors que l’indépendance du pays date du 3 juillet. En réalité, ils nous ont imposé et nous avons accepté, pour des raisons que je n’ai jamais pu déterminer, de fêter chaque année l’humiliation publique de l’Algérie.

Le problème du Hirak est qu’il est dans le sens de l’Histoire alors que les dirigeants locaux et mondiaux sont pour la plupart à contre-sens.

Pour revenir à votre question, ce qui n’était pas en phase avec les autres est le fait que l’Algérie conquise par les Français était un pays assez structuré, éduqué et gérant positivement ses diversités cultuelles et culturelles qui n’a pas été colonisé par les Turcs lesquels se contentaient de prélever l’impôt au titre du califat comme lorsque les rois de France payaient l’écot au pape. C’est la raison pour laquelle ils sont intervenus avec une violence ultime parce que pour vaincre un pays, le plus important est d’ôter la mémoire de son peuple. Quand un peuple n’a plus de mémoire, il devient sujet à toutes les expérimentations.

Nous nous en sommes sortis grâce à notre résilience et à l’intelligence collégiale en évitant le makhzen résiduel et le zaimisme.

Qu’est-ce qui aurait poussé alors au soulèvement populaire du 22 février 2019 ?

Les juifs d’Algérie comprennent mieux l’Algérie que beaucoup d’analystes de salon ou de télé. Je cite Jacques Attali, Julien Dray et Benjamin Stora qui ont dit que ce qui se passe en Algérie n’est pas à comparer avec le printemps arabe et ont dit que l’Algérie est un peuple qui fait « corps » et qui fait « nation ». Ce sont des attributs qu’on ne peut coller qu’à quelques rares pays dans le monde.

Si nous nous comparons à nos voisins, ils étaient sous protectorat alors que nous étions sous une colonisation violente. Le génocide était une pratique courante de la soldatesque française en Algérie.

Or, le Maroc, c’était seulement 35 ans de protectorat plutôt soft. Cela ne veut pas dire que les colons français n’avaient pas commis des exactions dans ce pays, mais, c’est un protectorat qui se voulait le contraire de ce qu’était la colonisation en Algérie. Il y a eu des violences en Syrie, mais pas avec la même intensité ni la même durée.

La seule influence de longue durée que nous constatons au Moyen-Orient était l’investissement opéré par les Britanniques depuis le 17e siècle dans le désert mythique pour le contrôle de l’islam et ont parié sur le wahhabisme et la famille des Saoud avant la naissance de l’alliance officielle de ces deux forces et qui n’ont pu mettre le shérif turc dehors qu’après la manipulation symbolisée par Laurence d’Arabie et la première guerre mondiale. C’est pourquoi je dis que nous ne sommes pas dans le même temps de l’Histoire.

Mais, notre peuple conscient de son histoire subit aussi le wahhabisme…

Ce n’est pas parce que nous avions subi le wahhabisme qu’il n’y a pas eu conscience de soi et de l’impasse historique des choix opérés après la guerre de libération. Vous remarquerez que depuis que le Hirak s’est mis à se mouvoir, il n’y a jamais eu d’erreurs dans ses références historiques. Avez-vous remarqué qu’il avait cité Larbi Ben M’Hidi, Ali La Pointe et avait même entonné les chants patriotiques du PPA, de l’Etoile nord-africaine, mais, n’a jamais évoqué quiconque dont il doute de sa fidélité à la patrie.

Comment se fait-il que des jeunes de 25 ans continuent à se remémorer des chants de leurs grands-parents ? Cette sensibilité historique chez le Hirak pourrait-elle s’expliquer par la manipulation ? Je trouve amusant les conclusions de ceux qui disent que le Hirak est une préfabrication des services de renseignement. Mais, les services de quel pays ?

Si le hirak reste une nécessité pour combler l’absence d’arbitrage et d’anticipation, il est logique que les services de renseignement surfent sur un tel mouvement. C’est dans la nature des manipulateurs que de manipuler. Il ne faut pas avoir d’états d’âme en la matière.

Mais, ce n’est pas parce qu’il n’était pas spontané que le Hirak n’a pas démontré son autonomie dès les premiers jours. Au contraire, il a prouvé une intelligence intrinsèque très supérieure à la spontanéité et à toute manipulation. Il s’était auto-construit avec une intelligence telle qu’il s’était interdit toute représentation et toute proposition de programme quel qu’il soit.

Pourquoi ? Parce qu’il y a cette intuition très forte à travers ce slogan scandé systématiquement « Djeich Chaab Khawa Khawa » que l’armée était la colonne vertébrale de l’Etat algérien, qu’il ne faut pas trop la brusquer, qu’il faut lui laisser le temps de se réformer, d’aller à sa vitesse à elle, pour qu’elle propose quelque chose à la population et pour qu’enfin la légitimité populaire proposée par le Hirak rencontre le besoin de légitimité exprimé par l’armée.

Le pouvoir en place fait la promotion d’une nouvelle Constitution qui sera soumise au référendum le 1er novembre prochain. Bien qu’elle n’apporte techniquement rien d’extraordinaire, elle conditionne l’intervention de l’armée par une autorisation du Parlement. Est-il un garde-fou suffisant pour la protéger contre d’éventuelles pressions externes ou des décisions hasardeuses d’élites politiques aventurières ou soumises à des forces externes ?

Ce qui m’a frappé dans cette Constitution, c’est qu’elle vise à remplacer la charte de novembre 1954. Quand vous faites une publicité pour dire « novembre 1954 la Révolution/novembre 2020 le changement », cela veut dire que vous comptez faire oublier novembre 1954. Mais, le peuple n’oublie pas. C’est impossible d’oublier ! « li yahsseb wahdou ychitlou (celui qui compte tout seul dégage des surplus, ndlr) ». Quelle que ce soit la violence que subirait le peuple, il ne se trompera pas, il ne se trompera jamais par essence.

Deux choses. D’abord, une bonne Constitution, ce n’est que l’énoncé de principes fondamentaux et d’une vision de l’avenir, comme la charte de 1954 d’ailleurs. Une constitution compliquée est faite pour ne pas être mise en œuvre. Et, sur la base de ces deux principes, moi, personnellement, en tant que citoyen algérien, je suis gêné.

Ensuite, l’armée algérienne n’a jamais été interdite de sortie du territoire algérien. Il n’y a pas d’ISTN contre l’armée algérienne. Sinon, nous n’avons jamais eu un vrai Parlement. Je dirais même que les parlementaires de l’époque du parti unique avaient beaucoup plus de qualités techniques que ceux d’aujourd’hui.

La vraie question soumise par-là est de savoir pourquoi a-t-on organisé ce tapage ou cette pression sur l’armée. L’armée n’a pas demandé à être exposée de la sorte.

L’armée, c’est la photographie du peuple algérien. Nous avons de la chance de ne pas avoir une armée de caste. Il faut l’analyser à la lumière d’autres armées. Les armées égyptienne, marocaine et notamment française par exemple, sont des armées de castes. Ce ne sont pas des armées issues de la nation dans sa diversité. Et quand je dis armée, j’entends dire du plus petit soldat jusqu’au plus grand des maréchaux.

Chez nous, même les plus hauts gradés sont d’essence populaire. Que certains d’entre eux se soient enrichis illicitement, c’est une donnée statistique non représentative de l’ADN de l’armée. Ce qu’il faut retenir est qu’il y a une espèce de parthénogenèse entre les besoins du peuple, la façon dont il les exprime et la compréhension automatique que s’en font les éléments de l’armée qui font tout simplement partie du peuple.

En tout cas, les pressions externes visent à faire de l’armée algérienne le gendarme de la région, en Libye, au Mali…

La révolution algérienne a été exemplaire parce que intelligente parce que non alignée. Je ne crois pas à l’aventurisme pour le compte d’autrui. Mais, il y a un autre point plus important. Si la Constitution avait défini le rôle des institutions de sécurité, j’aurais compris. L’armée est chargée de défendre la souveraineté du pays. Soit. Mais, il faudrait définir le rôle des autres services de sécurité, l’espionnage, le contre-espionnage et la sécurité intérieure.  Je n’ai pas vu cela et c’est ce qui pose problème à mon avis.

Les services de sécurité ont fait preuve de maîtrise et d’efficacité par le passé mais il y a un volet prévention qui n’a pas été développé. Tout le monde a entendu parler du scandale Khalifa ou les affaires qui sont traitées depuis peu par la justice (Haddad, Kouninef etc.). En matière de sécurité, leurs missions devraient consister à éviter que ce genre d’opérations ne voit le jour.

A quoi servent les dossiers accumulés ? A quoi bon savoir qu’on a un gros dossier sur Khelil du moment qu’on le laisse piéger le pétrole algérien dans un faux débat avec les Américains ou autres? Je ne vois pas quelle est l’utilité d’un service de renseignement qui ne fasse pas de la prévention. Qu’allons-nous faire avec leurs tonnes de dossiers qui ne vont que remplir les archives ?

Quand on parle sécurité, j’aimerais bien qu’on nous dise quelle est la police qui s’occupe des cambriolages, meurtres, etc. et quelle est la police qui s’occupe de la surveillance du territoire ou de la population sous couvert de contre-espionnage ou de police politique. Toutes ces confusions font que le citoyen algérien ne sait pas jusqu’à quel point il peut jouir de ses droits et à quoi doit-il s’attendre des services de sécurité.

Dans un volet qui semble économique, qui surveille OTA ou Djezzy dont on ne sait plus très bien si elle est d’essence israélienne, russe ou hollandaise et pourquoi elle est sous contrôle technique de dirigeants français qui traitent les Algériens comme des indigènes. Autre exemple, que fait Lafarge qui est subventionnée par un prix du gaz inférieur à son coût de revient et qui par ailleurs a collaboré avec les terroristes sur mesure en Syrie ?

Un décret promulgué deux jours avant l’investiture de Abdelmadjid Tebboune a libéré les services de renseignement de l’obligation de passer par le parquet pour l’ouverture des enquêtes préliminaires. Quelle signification peut-on donner à cela ?

Ce sont des détails techniques. Il ne faut pas tomber dans le piège des rapports de force entre X et Y. Dès qu’on met un nom, on se trompe d’analyse. Par exemple, à l’époque Chadli, on a dit que le problème était le général Larbi Belkheir. Ce dernier est parti mais, les choses n’ont pas changé. Le problème est plutôt institutionnel. Ce sont des mouvements de fond et il ne faut pas se baser sur les lectures du temps présent. C’est le piège tendu justement pour éviter de trouver des solutions fondamentales.

Les décrets de changement de tutelle ou autres qui découlent un jour d’un centre de gravité plutôt qu’un autre, que ce soit El Mouradia, Les Tagarins ou Ben Aknoun, relèvent des bagarres d’individus et des luttes d’influences subies. S’attacher à cela suppose que nous pouvions régler le problème par un changement d’adresse alors que la solution nécessite un changement doctrinal.

Nous vivons une guerre mondiale complexe que nous abordons comme si nous n’étions pas concernés et qu’il nous suffisait d’être souple pour échapper au pire. 

Ceci dit, dans notre pays, il est impossible d’avancer tant que l’armée n’a pas terminé sa mue. Et, elle doit terminer sa mue dans toutes ses composantes. On voit que l’armée classique (corps de bataille) bouge. Mais, je ne sais pas pour les services de renseignement. Par définition, c’est l’opacité qui régit les services de renseignement quels qu’ils soient, l’espionnage comme le contre-espionnage.

En tout cas, nous avons besoin d’une évolution dans la réforme de toutes les composantes de la sécurité algérienne. Nous voyons bien que la Russie, par exemple, n’a pu évoluer, notamment dans la gestion de l’argent, qu’après l’achèvement de la réforme de l’armée opérée par le président Poutine. Et, nous voyons l’efficacité de l’armée russe aujourd’hui par rapport à l’armée soviétique.

Est-ce que l’armée est le seul instrument dont dispose désormais l’Algérie pour se projeter à l’extérieur ?

Naturellement, l’armée a des capacités de projection extérieure. Elle a des bateaux, des avions, et elle est capable de projeter des hommes. Mais, pour quoi faire ?

Est-ce que nous nous nous projetons à l’extérieur pour justifier des achats supplémentaires qui vont renforcer les industries de nos fournisseurs russes, chinois ou turcs ? Est-ce que nous nous projetons à l’extérieur parce que nous avons derrière nous un complexe militaro-industriel qui a besoin d’un nouveau marché et de démontrer que nous produisons des armes de qualité et prouver l’efficacité de notre armée ? Ou bien nous nous projetons parce que c’est la seule façon pour nous de permettre à Sonatrach, à nos banques ou à notre industrie de s’exporter et leur ouvrir ainsi des marchés captifs ? Ce n’est pas le cas.

D’ailleurs, Sonatrach qui est le dernier instrument technique civil non entièrement détruit fait l’objet d’une destruction au bulldozer depuis quelques mois sous prétexte de lutter contre le régionalisme. Ce sont là des pièges assez classiques.

Pour ne pas sortir des rapports néo-coloniaux, toutes les matrices algériennes ont été détruites systématiquement l’une après l’autre : la bourgeoisie naissante, l’esprit de l’association des oulémas qui enseignait un arabe moderne contre l’arabe oriental ou encore les matrices techniques comme le Plan ou la banque centrale.

Mais, qu’est ce qui est recherché à travers cette insistance pour faire intervenir l’armée algérienne à l’étranger ?

Ce qui est recherché à travers cette tentative de pousser l’armée à ce pourquoi elle n’est pas totalement préparée, est d’essayer de casser cette homogénéité construite autour d’une discipline de fer dans l’armée. Et, donc, au lieu de lui laisser le temps de se moderniser, on veut en faire une armée supplétive.

Les Américains comme les Européens ne peuvent plus se permettre le luxe d’envoyer des troupes à l’étranger et mener des guerres partout dans le monde. Cela devient de plus en plus coûteux. Ils préfèrent alors utiliser des armées disponibles pour manipuler ou pour tester les capacités des uns et des autres.

Mais, la question que je me pose est de savoir si l’envoi des troupes algériennes à l’étranger serait utile à l’économie algérienne ? Ce n’est pas parce que nous possédons des SU 57 que nous sommes aptes à la dernière génération de la guerre. Ce n’est pas parce que nous avions appris à user d’un instrument que nous sommes en mesure de le produire.

Les grandes puissances ont compris que l’envoi des troupes est désormais obsolète. Ils sont en train de réfléchir à la guerre 5.0 (cybernétique, bactériologique, intelligence artificielle etc.), et préféreraient nous piéger dans la forme actuelle des guerres asymétriques

A mon avis, il est plutôt nécessaire de laisser l’armée continuer sa mue, notamment sur le plan doctrinal mais, aussi, de définir le rôle des services de sécurité, non pas pour les brider mais ils doivent comprendre qu’ils sont là pour gérer l’avenir et non pas pour accumuler des archives.

Peut-on s’attendre à un retour des manifestations dans la rue?

Je ne veux pas jouer au devin mais, j’essaie de faire une lecture historique des événements. L’Algérie est un laboratoire. Nous avons fait preuve d’ingéniosité notamment par la « Silmiya (pacifisme, ndlr)». Cela a été la clé de la résilience. Rappelez-vous qu’il y avait des groupes qui étaient prêts à en découdre mais, cela a été stoppé par la Silmiya. C’est pourquoi tout le monde aujourd’hui veut tuer le Hirak et c’est pourquoi j’ai évoqué la campagne de presse à Paris.

Dans le même contexte, on nous dit que le MAK a été reconnu par l’ONU. Ajoutez à cela la libération au Mali de 200 terroristes. Tout cela est concomitant. C’est une mise en scène pour justifier des réactions brutales parce qu’aucun pays au monde n’a pu supporter l’idée qu’une population sorte dans la rue de façon autonome et pacifique. Cela n’existe pas. C’est la négation même de la violence légitime. Puis, on n’accepte pas que des idées nouvelles viennent d’un pays du sud.

Déjà que la Chine éprouve des difficultés à se faire accepter alors que c’est une méga puissance et une source d’ingénierie. Les occidentaux passent leur temps à discréditer la Russie qui sort la tête de l’eau. Alors l’Algérie qui puisse évoluer de la sorte ou la petite Tunisie qui prétend nommer le président qu’elle veut, cela n’est pas facile à accepter.

Bref, le problème du Hirak est qu’il est dans le sens de l’Histoire alors que les dirigeants locaux et mondiaux sont pour la plupart à contre-sens. L’Histoire n’a en tout cas jamais fait machine arrière.

Je n’ai pas de doute sur le Hirak et ce n’est pas important qu’il reprenne dans la rue ou ailleurs. Il a créé un changement fondamental dans les mentalités et la pensée des Algériens. Peu importe si on utilise la haine, les séparatismes, la peur. La société algérienne a été atteinte par le Hirak et cela veut dire qu’elle est protégée contre les manipulations.

Et le FMI dans tout cela ?

Le FMI est un instrument créé par les occidentaux. Il travaille forcément à leur profit. C’est un instrument de soumission. Néanmoins, c’est un instrument de soumission brutale lorsque le pays en face n’a pas d’équipes techniques capables de comprendre ou lorsque ce pays n’a pas un plan alternatif.

Je rappelle ici les années 1988/1989. J’avais été envoyé en mission secrète au FMI pour le préparer aux réformes. Nous étions tellement prêts que les autorités monétaires internationales nous avaient demandé de ne pas trop les bousculer et de leur donner au sein de cette institution l’illusion qu’ils étaient à l’initiative de ces réformes. Or, leur donner cette illusion signifie prendre des retards sur les réformes et leur donner le temps d’imaginer des contre-réformes. Nous sommes allés vite et cela a été coûteux.

Lorsque le FMI a pu mettre la main sur le pays à partir de 1993/1994, il a fait ce qu’il a voulu. C’était le dépeçage de l’économie algérienne par la mise hors d’état de nuire de toutes les compétences algériennes. D’où la mise en prison des cadres et tout ce qu’on reproche à Ouyahia. On a dépecé des industries, juste pour privatiser des terrains parce que le niveau technologique des acheteurs ne leur permettait pas de faire ce que faisait le secteur public.

Oui, le fond monétaire international est un instrument de domination si vous, vous partez déjà dominé. Il faut pouvoir mettre face à eux des compétences.

Nous vivons une guerre mondiale complexe que nous abordons comme si nous n’étions pas concernés et qu’il nous suffisait d’être souple pour échapper au pire. 

Qui réfléchit à la future monnaie internationale, aux blockchains, aux nouvelles chaînes de valeur industrielles et agricoles? Nous avons déjà accepté passivement de produire des médecins et des ingénieurs pour l’étranger à nos frais et accepté de reprendre les émigrés qui déplaisent.

À défaut de réfléchir par nous-mêmes, nous sommes condamnés à subir et à ne pas nous asseoir à la future table de négociation internationale pour défendre nos intérêts et notre territoire.

Source : Twala-info

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Safiya 25/10/2020 20:58

Merci à M. Hadj Nacer pour la limpidité et la justesse de vue et merci à vous M. Saoudi de nous donner à lire cette analyse, globale et lucide, de la situation !
J'aurai dû me casser les deux mains et les deux pieds au lieu d'aller voter ce 12 décembre 2019.
Cette insistance à faire intervenir notre armée à l'étranger a aussi pour but de casser ce ciment qui l'a fait héritière de l'armée de Libération pour la transformer, n'ayant pas peur des mots, en une armée de néo-harkis, l'autre but étant de l'épuiser pour finir par l'annihiler et ainsi faire du pays, privée de sa colonne vertébrale, une proie facile.
Quant au choix de la date du 1er Novembre pour des élections, c'est pour anéantir sa charge symbolique révolutionnaire et détruire la mémoire. Pour les générations futures, le 1er Novembre ne sera plus celui de 1954 et le déclenchement de la Révolution de Libération nationale...
Je souhaite fort que nous serons nombreu--ses-x à ne pas aller voter ce 1er novembre 2020 pour marquer notre attachement à notre souveraineté et notre refus de voir notre armée transformée en une espèce de "Tirailleurs sénégalais" au service de X, Y and Co.