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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Après la retombée du grand élan des années 70, l’Etat algérien a été incapable de susciter de grands projets industriels.

On connait le triste bilan dans la sidérurgie et dans la construction automobile. Naima Benouaret évoque ce matin dans El Watan un autre secteur prometteur, les phosphates, « minerai jusqu’à l’heure exporté à l’état brut, générant quelque 80 dollars/tonne alors que transformé en engrais à l’étranger, l’Algérie l’importe à plus de 800 dollars/t». Elle déplore : « La saga des phosphates algériens, cette grande richesse minière que le Président Tebboune aspire valoriser, aujourd’hui plus que jamais – aggravation de la crise économique par la pandémie Covid-19 oblige – n’est pas près de se clore ». Dans son article titré : « Valorisation des phosphates et production d’engrais : Fortes résistances pour préserver des intérêts occultes », elle pointe la succession des "promesses" officielles depuis une quinze d'années, les plus récentes étant tout aussi attirantes, mais sans délais ni précisions. «A l’instar de son collègue de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali Braham, le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, de peur d’échouer, lui aussi, sur ses promesses, s’est abstenu de s’étaler sur certains détails, pourtant clés du dit-projet».

En liaison avec son ouvrage, « Le développement nationale contrarié », l’économiste marxiste Abdelatif Rebah soulignait en 2012 « Les points forts aujourd’hui, doivent être la réhabilitation de l’ambition nationale, la réinstauration de la vision de long terme, la reconstruction de la base productive nationale dont l’axe moteur doit être la réindustrialisation en accord avec l’état de l’art aujourd’hui et avec la richesse de notre potentiel de qualification»(1)

Après une chronologie de l’enchevêtrement des décisions, des contre-décisions et autres interférences "occultes", Naima Benouaret conclut  à propos de l’industrie des phosphates:

INTERMINABLE PARTITION

Et, en attendant la fin de la partition qui se joue depuis 2006, le pays pourra toujours compter sur le marché international pour satisfaire les besoins de son agriculture ; 300 000 à 400 000 tonnes/an. Le recours aux importations pour plus de 600 millions de dollars de dérivés de phosphate n’est pas prêt d’être contourné. Minerai jusqu’à l’heure exporté à l’état brut, générant quelque 80 dollars/tonne alors que transformé en engrais à l’étranger, l’Algérie l’importe à plus de 800 dollars/t.

Quant au Complexe algéro-espagnol Fertial, qui détient environ 33 % de parts de marché – 130 000 à 150 000 t d’engrais, bon an mal -, les autorités nationales campent toujours dans un silence prudent au sujet du sort des deux accords stratégiques conclus en 2019 ; le premier concerne la reprise par Asmidal (filiale Sonatrach) des 49% de parts du captal, propriété de l’Espagnol Groupe Villar Mir (GVM), le second scellé avec le Groupe ETRHB, en vertu duquel les 17% des actifs rachetés, en novembre 2016, par Ali Haddad auprès de GVM, devaient être récupérés par Asmidal.

C’est également le flou absolu qui entoure, à ce jour, le procédé auquel pourrait avoir recours la banque française pour se faire rembourser les 60 millions d’euros, total du crédit accordé à Ali Haddad dont 45 millions ayant servi au rachat desdits 17 % du capital de Fertial. La saga des phosphates algériens, cette grande richesse minière que le Président Tebboune aspire valoriser, aujourd’hui plus que jamais, aggravation de la crise économique par la pandémie Covid 19, oblige, n’est pas près de se clore.

Mais, « parmi les principaux échecs des industries algériennes des engrais, l’histoire retiendra l’arrêt de l’usine d’acide phosphorique de Annaba et les 2 complexes d’ammoniac urée d’Arzew qui constituaient l’arnaque de l’État rentier algérien par un illustre inconnu égyptien devenu soudainement spécialiste mondial d’engrais et de ciment », comme le rappelle si bien Ali Kefaifi, ingénieur des mines et expert en énergie, dans une contribution intitulée « Projet engrais ou monstre du Loch Ness».

Et il n’a pas tort. Pour l’usine d’acide phosphorique, en 1997, avec le feu vert de Abdeslam Bouchouareb alors ministre de l’Industrie et de la Restructuration, cette filiale phare de feu Groupe Asmidal sera tout simplement ‘’rasée’’, sous la pression de la Banque mondiale. Mettant en avant « le risque de pollution majeure au phosphogips de la Méditerranée dans la mesure où l’extraction et l’utilisation excessives de phosphate et dérivées dans l’agriculture peut contribuer au phénomène d’eutrophisation des milieux aquatiques », cette même banque n’hésita pas à financer l’opération de démolition via crédit octroyé à l’Algérie. Au même moment, les voisins marocain et tunisien bénéficieront, eux aussi, de crédits bancaires mais pour respectivement l’installation d’une nouvelle usine de production d’acide phosphorique de 500 000 t/an et l’extension des capacités de production déjà existantes.

MANŒUVRES DES SAWIRIS ET CHAKIB KHELIL

S’agissant des Egyptiens et le méga-complexe pétrochimique d’ammoniac/urée (zone industrielle d’Arzew), Sorfert Algérie, une joint-venture entre Orascom Construction and Industries (OCI) 49% et le groupe Sonatrach (51%), outre les récurrents scandales de transferts illicites de fonds et infractions au change, n’était-ce l’intervention de Ahmed Ouyahia, et il faut le lui reconnaître, ce partenaire égyptien se serait allègrement sucré sur le dos des Algériens.

Contrairement à ce qui avait été, initialement, convenu, la vente sur le marché international de l’ammoniac-urée algérien ne sera plus du ressort exclusif du partenaire égyptien. La création d’une société conjointe de commercialisation (JVC) offshore avec les mêmes parts et, dont l’objet social porte sur la vente des produits finis sur le marché international, avait été définitivement abandonnée en janvier 2009, sur instruction de Ouyahia.

Qu’est-ce qui avait bien pu pousser l’ex-Premier Ministre à mettre trois longues années pour remettre en cause les termes du protocole d’accord conclu, sous la houlette de Chakib Khelil, alors ministre de l’Energie et des Mines, le 4 février 2006 entre Sonatrach (VP/AVAL) et Orascom ? Car dans son article 2, outre la constitution de la société de réalisation/exploitation Sorfert de droit algérien, il était question de mettre en place une société de droit offshore dénommée « Société de commercialisation », laquelle sera chargée d’acheter auprès de la société de production le produit fini pour le revendre sur le marché international. Déterminé à ne pas laisser échapper les millions de dollars de marge de bénéfices, OCI mettra au jour un autre stratagème ; la création d’une autre société off-shore, «Sorfert Marketing ».

Comment comptait-il œuvrer ? La réponse, c’est un courtier international dans la filière des fertilisants, intervenant en Mer Noire, surtout en Egypte, qui l’apportera.

En réalité, le Groupe Orascom avait esquissé son chemin pour faire du Complexe d’Arzew un tremplin aux fins de rentabiliser certaines usines lui appartenant à l’étranger. Entre 2010 et 2011, les Sawiris d’OCI ayant, en effet, racheté des actifs non rentables d’engrais en Europe. Et, c’est en décrochant le contrat « inédit » de 35 milliards de mètres cubes de gaz naturel algérien sur 20 ans que la voie devait lui être libérée. Dit autrement, Orascom entendait s’assurer une autre manne de plusieurs milliards de dollars associés à la « plus-value » du contrat de fourniture, à un prix défiant toute concurrence ; 1,75 milliard de mètres cubes/an pour les besoins du complexe d’ammoniac-urée d’Arzew pendant 20 ans – sans altération tout au long de la durée du contrat.

Alors que, à l’époque, en Egypte, le gaz coûtait 3 à 4 fois plus cher qu’en Algérie. Les 1000 m3 se vendait à 85 dollars alors que l’Algérie le mettait à la disposition des entreprises étrangères pour 30 dollars/1000 m3. En quoi consistait au juste, techniquement, la manœuvre du conglomérat Sawiris ? L’Egypte produit 6 MT d’urée dont une bonne partie est vendue sur le marché international. Au lieu d’acheter l’urée d’Egypte où le prix du gaz est très élevé, Orascom aurait la possibilité d’approvisionner les usines déjà rachetées en Europe à partir du complexe d’Arzew. En d’autres termes, l’urée d’Arzew aurait inéluctablement des positions dans le portefeuille OCI pour augmenter les moyens de rentabilité.

En fait, Orascom n’a jamais été un spécialiste dans l’industrie des engrais, s’accorde-t-on à admettre. Son débarquement dans ce secteur sensible et complexe est intervenu après qu’il ait repris la société égyptienne des engrais détenue par Fort Capital, pour un montant de plus de 50 milliards de dollars.

Nombre d’observateurs d’ici et d’ailleurs s’interrogent toujours sur ce qui a bien pu motiver l’Algérie et Chakib Khelil pour faire un tel cadeau à Orascom ou encore sur l’autre cadeau : cession de Fertial, offert par Abdelhamid Temmar, sur injonction Bouteflika lors de sa visite d’Etat en Espagne, début du 1er mandat, à Juan Miguel Villar Mir, « ami » du Roi Juan Carlos, lui-même ami de notre ex-Président. Ne dit-on pas que « l’ami de mon ami est mon ami » ?

Source : El Watan

(1) ABDELATIF REBAH : "REHABILITER L’AMBITION NATIONALE"

 

 

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Safiya 28/09/2020 23:20

J'ai lu l'article cette après-midi, j'en suis restée comme groggy. Que dire ? Que faire d'autre que pleurer la patrie perdue et souhaiter mourir avant de la voir vendue à l'encan.