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Publié par Saoudi Abdelaziz

Environnement en Algérie. Pas d'évaluation depuis 15 ans

Tahar Tolba. Ancien directeur général de l’environnement et du développement durable : Les rapports sur l’état de l’environnement n’ont pas été actualisés depuis 2005

Par Slim Sadki, 17 septembre 2020

L’IPE, l’Indice de performance environnementale de 2020 classe l’Algérie au 18e rang mondial sur 180 pays dans la gestion des déchets. C’est assez curieux lorsque l’on a quotidiennement sous les yeux le spectacle des ordures un peu partout. Comment expliquez-vous ce résultat ?

Tahar Tolba. Effectivement, l’IPE classe 180 pays sur la base 32 indicateurs de performance ayant trait à l’environnement, dont celui de la gestion des déchets. L’Algérie est classée à la 88e place au niveau mondial sur 180 pays, mieux qu’en 2018, elle fut à la 93e place. Le classement au 18e rang mondial pour l’indicateur de la gestion des déchets solides est le fruit des efforts en termes d’investissements par la mise en œuvre du Progdem en 2002, d’un montant de 88 milliards DA, 41 milliards DA utilisés pour renforcer les équipements de collecte et de transport des déchets urbains. Il faut signaler qu’en 2019, il y a eu l’élaboration et la validation de la Stratégie nationale de gestion intégrée des déchets à l’horizon 2035 (SNGID-2035), étude réalisée par le consortium GIZ/Ernest & Young sur financement de l’Union européenne. Mais ces efforts restent, bien sûr, pour un grand pays comme l’Algérie, en deçà de ce qui est escompté des opérateurs en charge de la gestion si l’on sait que la mauvaise gestion des déchets coûte aussi en perte de parts du PIB de l’ordre de 0,76% du PIB1 pour l’année de référence 2015 (MEER, 2017).

Dans le calcul de l’Indice de performance environnementale, il est intégré un élément de durabilité qui apprécie sur 10 ans la mise en œuvre des politiques, des stratégies, des plans et actions dans la gestion des déchets. Il n’y a pas de score pour notre pays. Y a-t-il une raison à cela ?

Là, vous touchez du doigt un mal spécifiquement algérien, l’instabilité institutionnelle du secteur de l’environnement depuis 2012 (pratiquement un ministre chaque année et des rattachements à d’autres secteurs) a fait que la Stratégie nationale de l’environnement (SNE) ainsi que le Plan national d’actions pour l’environnement et le développement durable (PNAE-DD) n’ont pas été actualisés depuis 2012. Le Rapport sur l’état de l’environnement (RNE), un rapport biannuel n’a pas été élaboré depuis 2005. C’est le tableau de bord pour les décideurs, un outil d’aide à la décision. Le cas le plus frappant, depuis l’adoption de la SNIGD-2035, les plans quinquennaux et les programmes annuels de mise en œuvre n’ont jamais vu le jour ! il n’a donc pas de sources de données actualisées et fiables sur l’état de l’environnement d’une manière générale

Vous avez été amené le long de votre carrière à suivre des projets, des programmes bilatéraux et des actions locales, comme pour la ville de Annaba, de gestion des déchets. Quels enseignements peut-on tirer de toutes ces expériences ?

Bien sûr, beaucoup d’enseignements à tirer, en citant le cas de Annaba, l’intervention de la GIZ (coopération allemande, ndlr) dans cette ville a permis en 2007, dans un premier temps à travers l’optimisation de la collecte (réorganisation des circuits de collecte et fréquence de passage des camions), de ramener les coûts de gestion des déchets ménagers en régie directe par les services de la commune (collecte + transport) de 3615 DA/tonne à 2600 DA/tonne. En 2010, une nouvelle forme de gestion (passage de la régie communale directe à un EPIC) a permis, de ramener les coûts de gestion des déchets ménagers (collecte + transport + mise en décharge) de 6262,70 DA/tonne à 3670,83 DA/tonne. Le non-recouvrement des coûts réels de gestion des déchets ménagers combiné à l’incivisme des citoyens et l’absence de verbalisations (absence du corps de police communale dissous depuis les années 1980) ont conduit à la situation que nous constatons tous les jours en matière de gestion des déchets ménagers de nos communes.

Source : El Watan

 

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