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Publié par Saoudi Abdelaziz

L’économiste Abdelatif Rebah raconte. « Dès 1964, était lancé le travail de conception d’un programme d’envergure de développement de la sidérurgie algérienne considérée comme l’infrastructure de l’industrialisation, par excellence. La mise en place du potentiel sidérurgique et métallurgique national va absorber le cinquième de l’investissement industriel hors hydrocarbures réalisé durant la période 1967-1989, un montant estimé à 11 milliards de dollars (à prix constants de 1984).

Ainsi, en deux décennies pratiquement, était érigé un immense potentiel technologique, dont le complexe d’El Hadjar constituait le cœur battant, faisant de l’Algérie le premier pays du Maghreb à se confronter aux défis de la maîtrise de la production sidérurgique des trois filières, produits plats jusqu’à l’acier étamé, produits longs et tubes sans soudure.

La construction du complexe d’El Hadjar avait également impulsé la création d’une infrastructure de recherche et de formation de qualité. L’Algérie s’enrichissait d’un centre de recherche métallurgique et d’un appareil de formation composé de l’Institut des mines et de la métallurgie de Sidi-Amar, au-dessus du complexe d’El-Hadjar, qui a servi de site initial à l’université d’Annaba, d’un Institut de soudure, d’un centre de formation d’ingénieurs d’application pour compléter la formation des techniciens supérieurs, d’un centre de formation de techniciens et agents de maîtrise et d’un centre de formation d’ouvriers qualifiés.

La réalisation du complexe sidérurgique avait donné naissance aussi à trois entreprises d’engineering Ensid, Sidem et Sersid installées respectivement à Oran, à Alger et à Annaba afin de capitaliser toutes les expériences en matière d’études et de réalisation des installations d’El-Hadjar et des usines de première transformation de produits sidérurgiques ainsi que de gaz industriels.

Le 24 février 1969 était mis en production le complexe d’El Hadjar. Sa capacité initiale de 1500 tonnes/jour d’acier sera portée, dix ans après, à 3500 tonnes/jour avec l’inauguration en 1980 du deuxième haut fourneau. En 1989, l’industrie sidérurgique algérienne, avec une capacité installée de 2 millions de tonnes, couvrait 50% de la demande nationale en acier. Dotée d’un taux d’encadrement largement supérieur à la moyenne nationale de l’industrie, elle représentait un potentiel de qualification de plusieurs milliers d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers professionnels et expérimentés.

1996. L'Etat met en prison les dirigeants honnêtes du complexe

Feu Messaoud Chettih

Le 21 février 1996, les principaux dirigeants de Sider qui coiffait le complexe sidérurgique d’El Hadjar, alors public, étaient mis en prison avec des chefs d'inculpation gravissimes. Le principal inculpé était Messaoud Chettih, alors PDG de Sider. Il sera condamné, le 23 octobre 1997, à dix ans de prison. Quarante mois plus tard, un nouveau procès l’innocentera, ainsi que ses collègues. Rendant compte de ce procès de réhabilitation Baudouin Loos, le correspondant du Soir de Bruxelles écrivait le 8 décembre 1999 dans un article intitulé « L'affaire Sider» met au jour le rôle occulte des mafias » : « Dès le premier procès, les cadres avaient plaidé leur innocence et évoqué le rôle occulte d'une «mafia politico-financière» qui aurait voulu se débarrasser d'eux parce qu'ils avaient gêné ses profits dans le cadre d'énormes importations de ronds-à-béton ».

 Avant cette réhabilitation, l’Express publiait le 15 avril 1999 un reportage de Sylvaine et Baki Mina, où on peut lire : "Dans ce pays, souligne l'avocat, Miloud Brahimi la justice n'a jamais été indépendante. Et tout ce qu'on a prétendu entreprendre contre la corruption n'était qu'un leurre. Chaque fois, c'est une opération mains propres faite avec des mains sales, à des fins strictement politiques. La dernière opération en date a été lancée en 1996 et 1997 par l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia. Elle s'est traduite par l'arrestation de plusieurs milliers de cadres des entreprises publiques, à commencer par les plus "gênants", dans le cadre des privatisations programmées. C'est ainsi que les managers et les directeurs de deux fleurons de l'économie algérienne, Sider et Cosider, se sont retrouvés sous les verrous pour "mauvaise gestion".  Dix ans plus tard, El Kadi Ihsan confirme cette analyse, en précisant : « La longue détention arbitraire de Messaoud Chettih, DG de Sider a accéléré la privatisation d’El Hadjar… »

Décennie noire pour l’acier algérien

Abdelatif Rebah revient sur cette période cruciale de l’histoire de la sidérurgie algérienne.

« Durant les années 1990, la production sidérurgique va accuser un net recul par rapport à la moyenne des années 1980 : - 22% pour la fonte liquide en poche, - 26% pour l’acier brut, -70% pour le rond à béton, - 46% pour les tubes d’acier soudés, -17% pour les tubes sans soudure.

Dans la deuxième moitié des années 90, en effet, les importations de produits sidérurgiques principalement ukrainiens, pourtant réputés irradiés suite à la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl, mais à prix cassés, se sont multipliées du fait des barons de l’import-import alors que la production nationale, elle, ne s’écoulait plus.

Les banques, de leur côté, refusaient d’accorder à l’entreprise sidérurgique les moyens de réhabiliter son outil de production notamment la chaîne du complexe d’El Hadjar, ou bien bloquaient le financement des programmes de modernisation et même l’approvisionnement de certaines unités de production. Le complexe est, alors, acculé à une sous-production et certaines chaînes à des arrêts. C’est l’asphyxie. Le fleuron de l’industrie algérienne finit la décennie 1990 sur une note catastrophique. Le complexe d’El Hadjar ploie sous les dettes et les découverts et la direction du groupe Sider inaugure l’année 2000 en annonçant que l’entreprise était en cessation de paiement(..).

Rendue moribonde, l’entreprise n’a plus d’autre choix que d’accepter la privatisation comme une bouée de sauvetage. Elle en prend même les allures d’urgence signalée ! La décision de privatiser El Hadjar a été prise en 2000, un an plus tard, l’affaire était bouclée. La signature du protocole d’accord intervient le 18 octobre 2001 ». 

 15 ans plus tard

En août 2016, un accord transfère totalement au secteur public les parts des sociétés de la multinationale Arcelor Mittal. Abdelatif Rebah résume le bilan de cette privatisation. « 15 ans après son entrée en Algérie, le géant mondial de l’acier laisse à l’Etat algérien un complexe désorganisé, qui ne produit plus, et lourdement endetté ». Plus concrètement : "sous-investissement, dégradation des installations et équipements, fermeture des sites de production essentiels, réduction des effectifs et pas d’amélioration des conditions de travail. La cokerie a été mise à l’arrêt depuis la fin 2010 car la multinationale indienne n’ayant pas intérêt à la réhabilitation de cette structure, préférait s’appuyer sur le coke que le groupe produit dans ses usines européennes, le coke importé « à moindre coût » pour alimenter le haut fourneau".

 

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