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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Au Liban, la colère réveille la gauche » titre ce matin Mediapart. En dépit d’inégalités sociales accablantes, la gauche avait quasiment disparu de la scène politique libanaise, écrit Jean-Pierre Perrin. Avec le soulèvement et l’apparition de nouvelles formes de socialisation, la jeunesse commence à la faire renaître.

EXTRAITS

« Au Liban, on ne peut être qu’à gauche. » C’est une phrase que l’on entend souvent, pas seulement d’un bout à l’autre du pays mais aussi parmi les membres de la diaspora, tant le niveau des inégalités est criant.

Cependant, hormis quelques groupes à la marge et un Parti communiste divisé, la gauche est la grande absente de la scène libanaise. Dans les débats politiques, on la voit très peu et elle ne compte plus un seul député se réclamant d’elle au Parlement.

Pourtant, sur tous les lieux où la contestation s’exprime, c’est bien une colère de gauche qui gronde dans les slogans qui conspuent les banques et la classe politique. Dans les cafés ou à l’université, on parle aussi d’intifada et de la thawra (révolution).

Sur les tee-shirts, Che Guevara a fait son retour, de même que les keffiehs noirs et rouges sur les épaules. Dans les chansons des manifestations, on reconnaît le refrain de « Je suis le peuple en marche » du chanteur égyptien Cheikh Imam, pourtant disparu il y a 25 ans mais qui évoquait si bien les peines et les difficultés de vivre des plus humbles.

La gauche est donc à la fois absente et présente. Absente en tant qu’organisation politique mais bien présente dans les esprits, les idées, les symboles.

(…)

Avec, d’un côté, une population exsangue, qui a perdu 60 à 70 % de son pouvoir d’achat, son épargne pour ceux qui en avaient une. Et de l’autre, une petite minorité, qui s’est considérablement enrichie sous l’effet de la politique de rente et de la pyramide de Ponzi (un système de montage financier frauduleux qui consiste à rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants), entretenue pendant vingt ans, et qui a réussi à placer hors du Liban, sa fortune. Avec désormais la possibilité pour cette dernière catégorie de revenir acheter des actifs à bas prix.

« Les bases d’un contrat social existent même dans les pays les plus libéraux de la planète comme les États-Unis – à savoir un système fiscal un tant soit peu progressif (même si l’on débat sur l’ampleur de sa progressivité) – mais pas au Liban où le système est régressif, explique Sibylle Rizk. Des services publics de base, comme l’éducation, la couverture médicale, ne sont pas assurés. Des infrastructures essentielles comme l’eau, l’électricité ou la gestion des déchets non plus, au point que la question de savoir s’ils sont publics ou privés est secondaire. Ils ne sont tout simplement pas fournis, en raison de la défaillance de l’État. »

« Aussi, ajoute-t-elle, si être de gauche signifie prôner des politiques qui prennent en compte l’intérêt général et non pas seulement des intérêts clientélistes et des intérêts privés, alors tout le système de pouvoir en place depuis des décennies est à droite et les contestataires de ce pouvoir, qui réclament l’établissement d’un État véritable, au service des citoyens, sont à gauche. Leur défi est celui de l’organisation et de la structuration en partis et mouvements. »

 

Texte intégral : Mediapart

 

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