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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par l'Institut Algérien du Pétrole (IAP), le Président Tebboune a remué une plaie qui fait mal au secteur de l'Energie

 

Par Reghis Rabah*, 30 juillet 2020

Dans le cadre de la feuille de route pour la relance socio-économique que lui a réservé le conseil des ministres du dimanche12 juillet 2020, le président de la République avait fait des annonces et des mesures de grandes importances pour accélérer la réactivation de l'économie nationale par des décisions applicables dans le court, le moyen et le long terme (01).

Dans le sillage, il ne s'était arrêté aux exposés de ses ministres mais à la grande surprise des uns et des autres, il est sorti avec ses propres objectifs détaillés, montrant qu'il est entouré d'une équipe à la présidence qui suit de près l'évolution des activités dans tous les secteurs de l'économie nationale. Contrairement à ce qui est dit ici et là, le président de la république a montré avec ces mesures qu'il a fixées à son ministre de l'énergie qu'il est attentif à tous ce qui se passe à Sonatrach dont la stagnation depuis des décennies de la gestion du secteur de l'énergie saute aux yeux. Par ces mesures concrètes et pragmatiques, le président de la république rappelle les responsables du secteur à plus de réalisme pour cesser les effets d'annonces stériles et conjugués éternellement au futur sans bénéficier de leurs fruits.

En termes simples et concis, il les a rappelés de s'occuper des gisements existants par une augmentation du taux de récupération au-delà de 40% et réserver la prospection et la recherche dans le domaine minier frontier en incitant les partenaires à prendre le risque avec les Algériens et non se limiter de partager la croissance avec elle. Pour la première fois dans l'histoire de l'Algérie indépendante un président de la république ose ouvertement défier les lobbies qui entourent ce mastodonte pour instruire directement et sans complaisance un audit profond afin d'évaluer son patrimoine, réduire le nombre de ses représentations à l'étranger, diminuer les postes de responsabilités qui ne sont pas liés au rendement et la rentabilité de l'entreprise et faire ses comptes pour évaluer ses coûts au lieu de dépenser à tort et à travers.

L'un des points qui a ému de nombreux anciens cadres du secteur c'est la remise de l'Institut Algérien du Pétrole (IAP) sous l'autorité du ministre de l'Enseignement supérieur.

C'est justement de cette plaie qui fait très mal à ce secteur de l'énergie par le gâchis qu'a dû subir ce fleuron de l'industrie des hydrocarbures que notre contribution d'aujourd'hui va s'étaler en détail.*
1- Pourquoi, quand et par qui le dégât a été constaté ?

A l'occasion de l'installation d'un nouveau Directeur Général de ce qui reste de l'Institut Algérien du Pétrole (IAP) un 31 décembre 2011, le ministre de l'énergie et des mines, Youcef Youcefi qui était en poste a eu à constater l'immense gâchis fait à cette institution de renommée mondiale. Les moyens financiers consentis par Sonatrach n'ont fait que miroiter son image externe mais en aucun cas réussi à le booster de l'intérieur pour en faire un pôle d'excellence comme le souhaitait ce même ministre bien avant l'arrivée du fameux Chakib Khelil en 1999. Le diagnostic amer est fait, les dégâts sont visibles Toute la question est comment situer la responsabilité pour en tirer des leçons et faire mieux à l'avenir.

Ceci nous renvoie vers la problématique en Algérie qui à chaque fois qu'une équipe reprend le flambeau, elle met ce qui n'a pas bien marché sur le dos de l'ancienne et ainsi de suite sans que l'une ou l'autre avance d'un iota.

Nous l'avons vu lors de la réorientation de l'économie nationale en 1982, le processus de privatisation, la libéralisation des salaires et des prix et plus récemment l'ouverture du secteur des hydrocarbures. Cette querelle d'école fait que le pays reste un vaste et éternel chantier.

2-Quel était exactement l'étrange chemin imposé à ce pauvre institut ?

Le début des années 90 et dans le cadre de son redéploiement stratégique qui semble être imposé par des circonstances particulières que tout le monde connaît et qu'il est inutile de rappeler ici notamment la présence du FMI et la décennie noire, l'Etat a décidé de mettre à la disposition de l'Enseignement Supérieur tous les établissements d'enseignement supérieur sous tutelle des autres secteurs entre autres le bâtiment, l'industrie lourde et légère, le commerce etc. Mais nos stratèges dans une conférence nationale organisée à l'initiative de Liamine Zeroual ont vivement recommandé la capitalisation, la consolidation et surtout la fertilisation de l'expérience des Algériens en matière de pétrole et gaz. S'appuyant sur le charbonnage en France, ils ont constaté que même s'il n'y a plus d'exploitation de mines de charbon en France, les charbonniers ne chôment pas car ils trouvent le travail dans les quatre coins du monde parce qu'ils ont su consolider leur expérience dans ce domaine.

Alors pourquoi pas les Algériens, le pétrole est une source tarissable, les pétroliers sauront vendre un jour ce métier à condition bien entendu de ne pas le laisser s'effriter, le renforcer et pourquoi pas le transmettre d'une génération à une autre. Comment ?

 

Il fallait que l'Etat se dote d'un instrument puisant et assez rôdé pour lui permettre de réaliser cet objectif. L'Institut algérien du Pétrole, avec les investissements énormes consentis par l'Etat pour former des chercheurs pratiquement dans tous les pays développés notamment les USA, des laboratoires de recherches avec des équipements sophistiqués, un site agréable, remplissait toutes les conditions pour cette noble tâche. Une décision est donc prise pour garder cet institut sous l'égide de l'énergie et les mines et lui élaborer un programme pour concrétiser dans les faits ces vœux de l'Etat. Depuis cette date que nous situons autour de 93/94, ce fleuron de l'industrie des hydrocarbures n'a fait que subir les humeurs de chacun des ministres qui passent. Et ils sont nombreux ! Chacun d'eux vient avec une vision différente de l'autre. Et c'est au rythme de ces visions que cet institut a continué de danser jusqu'à sombrer vers les années 2007/2008. Ce rythme qu'il lui a été imposé lui a fait perdre d'abord ses cadres formés à coup de devises et récupérés par des sociétés étrangères qui concurrencent actuellement Sonatrach, transformer ses laboratoires en bureaux pour le tricotage de secrétaires etc.

Chakib Khelil n'a fait que donner le coup de grâce à cet établissement en respectant les consignes qu'il avait ramenées dans ses valises. Le trouvant à terre et vidé de sa substance, il a décidé de le privatiser, ouvrir son capital aux sociétés étrangères.

Aujourd'hui de nombreux responsables s'étonnent de ce résultat mais Chakib n'a jamais caché son penchant ultra- libéral. En dépit de plusieurs lettres, articles, et entretiens directs, pour ce Monsieur le prix du savoir ne peut être défini que par l'offre et la demande sans même offrir les conditions minimales d'une compétitivité loyale ou se rendre compte que du pays d'où il vient, on privatise tout sauf le savoir voire même l'importer même du monde arabe. Sous l'œil de celui qu'il l'a ramené, il a donc entamé un vaste démembrement de ce centre du savoir que les cadres supérieurs de l'Etat en constatent les dégâts aujourd'hui. Le constat est là mais ce qui est plus grave c'est que ceux qui ont applaudi hier avec Chakib le faisaient avec les autres qui sont venus après lui au nom du principe de la coordination/subordination c'est-à-dire la discipline pour ne pas l'appeler carrément « aplaventrisme » pour le simple maintien d'un confort matériel au détriment de celui moral qui a sacrifie un artifice d'orgueil de tout un pays resté à la merci de l'expertise étrangère à ce jour dans le domaine pétrolier et gazier.

3- Pourquoi la décision du président Tebboune est la solution idoine

Il faut pressier d'emblée que sur le plan légal, l'Institut Algérien du Pétrole (IAP) du gaz, de la chimie, de la pétrochimie des matières plastiques et des moteurs a été dissous 3 mois à peine après l'installation d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République par décret exécutif N°99-113 du 8 juin 1999. A cette « époque Chakib Khelil conseillait de loin son ami d'enfance à partir des Etats Unis où il se trouvait à la banque Mondiale. Les biens de ce fleuron de l'industrie des hydrocarbures ainsi que ces droits, obligations et personnel ont été transférés à Sonatrach, considérée à l'époque comme seule à même de le hisser au rang d'un pôle d''excellence dédié à la formation par la recherche, la recherche appliquée et fondamentale pour capitaliser, consolider et fertiliser le savoir et savoir-faire pétrolier et gazier pour ne plus laisser l'Algérie à la merci de l'ingénierie et l'expertise étrangères qui ne fait qu'exploser sa balance de paiement. Cette mission a été dévolue au mastodonte car jugée d'abord patriote et disposant des moyens financiers à même de réaliser ce vœu considéré comme un patrimoine national car les hydrocarbures s'épuisent mais le savoir et le savoir-faire reste comme le font la majorité des pays.

Depuis son transfert de Dar El Beida où elle assurait la formation courte durée depuis l'année 1965 date de sa création par décret 65-296 du 29 novembre 1965, à Boumerdes pour débuter la formation de cycle long d'ingénieurs d'Etat de l'amont à l'aval jusqu'à l'ingénierie des plastiques, elle bénéficiait dans cette cité d'un terrain de 10 hectares qui lui permis de construire ces locaux administratifs, pédagogiques et d'une cité dortoir de plus 500 lits. Elle était aussi présente par ses satellites dans les principales zones des hydrocarbures en Algérie avec un centre à Arzew dédié au gaz, un autre à Skikda pour le raffinage et l'instrumentation pétrolière enfin un troisième à Hassi Messaoud pour l'amont pétrolier. Ces derniers formaient plutôt des techniciens supérieurs immédiatement opérationnels. Elle bénéficiait en même temps de la tutelle pédagogique de l'enseignement supérieur et la recherche scientifique.

Dès l'arrivée de Sonatrach comme nouveau propriétaire de ses biens, au lieu de s'attendre à l'extension de ses biens, sans faire l'inventaire comme stipule l'article 04 du décret exécutif de sa dissolution, elle décidé profitant du contexte d'urgence lié au séisme de 2003 d'occuper son espace en ramenant ses différentes structures qui n'ont rien à voir avec la formation comme la direction de l'exploration, Data contrôle, celle des associations, le centre médico- social,

en diminuant au fur et à mesure l'espace pédagogique pour l'estimer aujourd'hui à peine à 5% soit une dizaine de salles de cours, 5 laboratoires pour les travaux pratiques et 3 salles de micros.

Aucune recherche de quelque nature que ce soit ne se fait aujourd'hui. Sur le plan scientifique tel que souhaité par l'initiateur de ce projet, Sonatrach a échoué mais cet échec est cuisant. Le constat fait par le ministre de l'énergie qui a remplacé Chakib Khelil qui l'avait privatisé est implacable « Il n'est pas normal que 50 ans après l'indépendance de l'Algérie et de la création de Sonatrach, nous n'ayons pas d'équipes d'engineering et que nous soyons obligés d'importer tous les équipements. Nous ne pouvons pas constamment compter sur les autres », dira le ministre devant un auditoire déçu mais commençant à comprendre la gravité de ce qui se passait ébahi. Le ministre donnait l'exemple du Brésil qui selon lui a acquis l'autonomie en exploration du pétrole dans les grandes profondeurs grâce à un rigoureux programme de formation. A l'occasion et c'était en novembre 2011, il attirait l'attention des uns et des autres que sans la formation et recherche appliquée « l’Algérie ne pourra en aucun cas relever le challenge de renouveler ses réserves et augmenter les créneaux à forte valeur ajouté par la transformation du pétrole brut ».

On est donc près d'une décennie après, un nouveau président de la république qui s'appelle Abdelhamid Tebboune répète encore une fois les mêmes axes de ce constat. Comment d'autres voix, pensent aujourd'hui que Sonatrach qui a été, peu importe les responsables, l'origine de cet échec considéré comme un crime d'Etat pourrait faire valoir un droit de s'opposer à sa mise sous l'autorité du ministère de l'enseignement supérieur et la recherche scientifique ?

 

4-Que faudra-il faire pour sortir de ce guêpier de toute évidence lobbyiste ?

Il faut préciser d'emblée que les services pétroliers sont assurés depuis l'indépendance par les sociétés de « servicing » dit parapétroliers comme Schlumberger, Weatherford, Haliburton, Backer Hughs, Christensen et bien d'autres.

Elles développent une expertise pétrolière et gazière mais aussi des lobbies puissants pour que le pays d'accueil reste éternellement dépendant d'elles et de son ingénierie. De nombreuses tentatives ont été faites par l'Algérie pour s'intégrer dans les années 70/80 ont échoué.

Il s'agit de la création des « joint-ventures » pour espérer un transfert de technologie comme Alfor, Alreg, Algéo, Aldim, Algore Alfluid, Aldia et la liste est longue.

La dernière qui restait dans le domaine de l'Ingénierie est la Société Algérienne de Réalisation de Projets Industriels crée en 1992 pour une durée de 25 ans entre le mastodonte et le groupe spécialisé en Ingénierie ABB qui a fait rouler Sonatrach dans la farine avec bien entendu la complaisance de ces lobbies. Ainsi, le mardi 13 mars 2018, a eu lieu la signature d'un contrat par lequel son partenaire ABB Italiana « cède » ses parts à Sonatrach dans cette filiale Sarpi, La cérémonie de signature de ce contrat entre le PDG de Sonatrach de l'époque Abelmounene Ould Kaddour et Joachim Braun président du groupe ABB chargé de la région MENA a été fortement médiatisée comme pour montrer que Sonatrach a fait une bonne affaire. Le président du groupe ABB, dans ses déclarations reprises pratiquement par tous les quotidiens nationaux y compris l'Agence Presse Service Algérienne APS (02) a souligné que «travailler avec le groupe Sonatrach est un honneur» (et cela se comprend aisément ! comme l'a fait exactement Patrick Pouyanné, PDG de Total en plein Ramadan à TFT ) mais pour des raisons d'un redéploiement stratégique du groupe ABB qui vise d'abandonner «le business model d'ingénierie, approvisionnement et construction (EPC), elle a décidé de «céder» et non de «vendre» ses action dans la Joint-Venture Sarpi à Sonatrach.

Voilà maintenant presque deux ans en mars prochain et le groupe ABB non seulement continue de faire de l'ingénierie mais monte aussi des joint-ventures dans le monde et notamment au Moyen Orient (03). Et on apprend de l'intérieur du groupe Sonatrach qu'il ne s'agit pas d'une session supposée être concrétisée en dollars symbolique mais un rachat lucratif dont le montant n'a pas été révélé à la presse par le PDG de Sonatrach, Ould Kaddour mais figure dans le contrat à 2 millions d'euros.

Pourquoi d'abord un contrat pour un partenariat en fin de vie ? Pourquoi payer ce montant pour un partenaire que se dit quitter l'activité Engineering Procurement Construction ?

Ould Kaddour a-t-il pris connaissance d'une évaluation de ce partenariat par une équipe installée par son prédécesseur Amine Mazouzi dont les conclusions et les recommandations n'ont pas été en faveur d'une reconduction automatique de ce partenariat qui ne semble pas atteindre l'objectif visé, celui d'un transfert de technologie effectif ? Il se trouve justement qu'ABB Italiana a pris ces 2 millions d'euros mais laisse la saoudienne ARKAD à laquelle elle a vendu l'activité Oil and Gas, finaliser avec Sarpi un projet à Rhourde Nouss ?

5- La solution n'est pas l'argent mais rejoindre la grande famille universitaire.

Il est vrai reconnaissons-le que l'enseignement supérieur et la recherche scientifique souffre d'une demande de plus en plus croissante à cause d'un taux de croissance démographie qui est le plus grand en Afrique du Nord 3,1% en 1980 à 2,0 en 2018 pour redescendre à près de 500 000 naissances entre 2019 et 2020. En effet, selon l'Office National des statistiques, la population algérienne est de 43,4 millions d'habitants en 2019 à 43,9 au premier janvier 2020. Sur les vingt dernières années, le nombre d'étudiants a été multiplié par plus de quatre, passant de 425 000 en 1999 à plus de 1,7 million aujourd'hui.
 

Selon le professeur Chitour (04), l'Algérie perd chaque année 20 à 25 000 étudiants au profit des pays étrangers.

Cette formation de masse l'a toujours dévalorisée dans les calculs politiques en lui collant l'étiquette de médiocrité. Pourtant, dans les moments très difficiles qu'a traversé l'Algérie, elle a fait mieux que Sonatrach en matière de capitalisation, consolidation et fertilisation du savoir et di savoir pétrolier et gazier. Des poches ici et là ont été encouragés un peu partout à travers les universités et les centres universitaires par la création de laboratoires de recherches et des mémoires de doctorants sur l'industrie des hydrocarbures de l'amont à l'aval le plus large. On peut citer entre autres l'université de Tlemcen, Skikda, Ouargla, Laghouat, M'sila, Sétif et surtout l'université M'hamed Bouguerra de Boumerdes à travers sa Facultés des Hydrocarbures et de la Chimie (FHC) ex Institut National des hydrocarbures (INH). Cette dernière contrairement à ce qui est dit ici et là, elle dispose à ce jour 7 laboratoires de recherche dédiés à la chaine complète de l'industrie des hydrocarbures, 110 enseignants de rang magistral, 130 jeunes doctorants dans ce domaine précis et plus d'un réseau de 250 spécialistes associés ou vacataires. Elle est située à proximité immédiat de l'IAP jumelage scientifique mais cette fois ci autour d'une grande école du pétrole. C'est la seule voie de sortie pour sauver ce qui reste.

*Reghis RABAH est consultant, économiste pétrolier

NOTES

 

(01)-http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/156189

(02)-https://ambalg-sofia.org/fr/2018/03/energy-sonatrach-repurchases-abb-shares-in-sarpi-company/

(02)-http://www.radioalgerie.dz/news/fr/article/20180313/136249.html

(03)-https://new.abb.com/fr/carrieres/opportunites-de-carriere/quelle-est-ma-place/ing%C3%A9nierie

(04)-https://www.algerie-eco.com/2020/05/19/chitour-perdons-annee-20-000-a-25-000-etudiants/

 

Source : Le Quotidien d’Oran

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