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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Economiste agricole, spécialiste des politiques publiques agricoles et rurales Omar Bessaoud est l’auteur du livre « Agriculture et paysannerie en algérie : De la période coloniale aux politiques agricoles et rurales d’aujourd’hui ». Dans El Watan, Il est longuement interviewé aujourd’hui par Samira Imadalou. Après avoir cerné la problématique de l’agriculture saharienne, l’économiste conclut :

 

« Sur l’avenir, une première certitude : l’approche des gouvernements antérieurs qui consistait à concéder des grandes surfaces dans le Sud et à confier à des investisseurs privés le soin d’assurer la sécurité alimentaire du pays a été coûteuse et n’a pas réduit d’un iota notre dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. La seule logique à laquelle obéissait cette stratégie était une logique rentière avec son lot d’exploitation minière de nos ressources, une perte de notre souveraineté alimentaire (dépendance en semences, en machines, produits vétérinaires, matériel génétique animal, en pesticides).

Cette voie a fait la fortune de firmes privées étrangères, d’importateurs et de pseudo-investisseurs nationaux qui ont émargé sur les fonds publics octroyés ou été candidats aux crédits des banques.

Une deuxième certitude : il faut sortir de ce modèle prédateur et s’orienter vers un modèle d’exploitation de nos ressources en eau qui s’inspire du modèle oasien traditionnel qui a été durable, car pour paraphraser le philosophe Sénèque, c’est le passé [qui] doit [nous] conseiller l’avenir envisagé pour l’agriculture saharienne.

Nos ancêtres nous ont, en effet, légué des systèmes agricoles relativement durables en dépit des contraintes de toute sorte auxquelles ils ont été confrontés : regardons donc avec humilité mais aussi sans nostalgie ou archaïsme cet héritage, et faisons l’effort de transformer les visions… L’avenir de l’agriculture saharienne est dans l’extension et l’aménagement du modèle oasien, là où les sols et l’eau le permettent, soit comme l’avancent certains experts (Saci Belgat) à peu près 200.000 ha à court terme.

L’on se doit de mobiliser le travail de milliers d’exploitants oasiens, de leurs enfants (certainement mieux instruits) pour étendre avec mesure les surfaces irriguées en adoptant des systèmes techniques fondés sur les connaissances nouvelles relatives aux sols, aux plantes, aux arbres (palmiers-dattiers et fruitiers), aux animaux et à leurs associations.

Les vocations des systèmes oasiens qui étaient d’assurer la sécurité alimentaire des familles et l’approvisionnement de leurs territoires doivent être préservées.

Ces systèmes étaient soucieux de leur autonomie alimentaire, de l’entretien de leurs patrimoines génétiques animal ou végétal. Ils ont été fondés sur une connaissance de leurs terroirs et de pratiques techniques ingénieuses répliquées avec plus ou moins de bonheur dans le but de reproduire la fertilité des sols. De nouvelles révolutions techniques agricoles en maturation – l’agroécologie associée au recours au numérique – peuvent être adaptées pour faire face aux défis du futur.

Pour nous résumer, il conviendra de s’intéresser, à ce que ce grand auteur de la Méditerranée Fernand Braudel appelait son «rez-de-chaussée», c’est-à-dire à ces petits producteurs, aux commerces de proximité, aux ateliers de réparation et aux petites entreprises de conditionnement et de transformation qui, en amont ou en aval, irriguent et entretiennent la vraie économie de marché.

Avant d’aborder les marchés extérieurs, commençons par accorder une priorité au commerce local de proximité, par aller à une conquête du marché intérieur. L’agriculture oasienne devra à l’avenir renouer avec les liens d’échanges avec l’Afrique subsaharienne.

Engageons dès lors l’agriculture saharienne dans des productions à haute valeur ajoutée bénéficiant des signes de qualité (dattes et leurs dérivés, produits condimentaires, henné, fruits et tomates séchés, huiles essentielles…).

L’avenir de l’agriculture saharienne ne peut être envisagé sans la nécessaire valorisation des patrimoines historique, architectural, culturel, culinaire, paysager et religieux. L’activation et la transformation en actifs économiques de ces ressources patrimoniales sont des objectifs réalistes : le tourisme (national et international) constitue une voie à explorer.

Les revenus issus d’une offre touristique spécifique contribueront ainsi, non seulement à stabiliser des populations rurales tentées par des migrations dans les agglomérations urbaines, mais aussi à améliorer leur bien-être.

Texte intégral : Omar Bessaoud. Economiste agricole : «Rompre avec le modèle agri-business»

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