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Publié par Saoudi Abdelaziz

24 juin 2020.

Extraits des propos recueillis par Maryline Baumard et Charlotte Bozonnet en marge de la visite en France du président tunisien.

« J’insiste sur un point : la Tunisie n’acceptera jamais une partition de la Libye. Cela pourrait être le préalable à une partition aussi des Etats voisins.La Tunisie a payé cher cette guerre qui n’en finit pas : sur le plan financier, sécuritaire et même au sein de sa classe politique. Comme si le problème libyen était tuniso-tunisien, les uns soutiennent le camp de l’est, les autres celui de l’ouest. Et cela ne fait qu’envenimer la situation. Ce qu’il faut, c’est coordonner les positions de l’Algérie et de la Tunisie pour permettre aux Libyens de trouver leur solution ».

La fracture tunisienne

« Les problèmes de la Tunisie sont des problèmes tunisiens… Le fait que quelques dizaines de familles détiennent l’essentiel de l’économie est à l’origine de la fracture qui traverse notre société. Les Tunisiens n’ont pas de problème d’identité ou de religion, ils souhaitent seulement faire valoir leurs droits à la santé, aux services publics sociaux…

Or, cela, les partis politiques ne l’ont pas compris. La Tunisie de 2020 n’est pas celle qu’ils ont connue entre 1956 et 2011. Désormais, les jeunes ne veulent pas rester aux marges, mais être des citoyens acteurs en politique.

Le renversement de la pyramide du pouvoir .

« J’engagerai cette réforme, même si je ne dispose pas des forces suffisantes à l’Assemblée, car il faut les deux tiers des députés. C’est le cours de l’histoire. La Tunisie a besoin d’une nouvelle Constitution, d’une philosophie politique autre que celle qui prévaut depuis plus de soixante ans. Lorsque tous les Tunisiens seront conscients qu’il faut changer le cours de l’histoire, alors on trouvera les moyens politiques, juridiques ».

Les privatisations. 

« Toute ma vie, j’ai entendu que la Tunisie n’avait pas d’argent… Mais, au fond, est-ce que vraiment elle en manque, ou bien est ce que l’argent est ailleurs ? C’est un problème d’éthique politique qui peut être résolu autrement que par des privatisations. Prenons l’exemple du service public de santé. Les hôpitaux tunisiens sont au niveau de dispensaires parce qu’on a laissé le champ libre aux investisseurs privés. Durant l’épidémie de Covid-19, une cinquantaine de personnes sont mortes du virus, mais combien sont décédées d’autres pathologies parce qu’elles n’ont pas trouvé de place à l’hôpital ou que leur détresse a été ignorée ?

Six mois à Carthage

"J’ai appris que je n’appartiens pas à la même galaxie que les hommes qui se qualifient de « politiques ». Ma candidature à la présidentielle a été le choix des jeunes. C’est un lourd fardeau, mais c’est un parcours qu’on fera ensemble. Ça ne sera pas facile. Les forces politiques, ceux qui ont de l’argent, ne laisseront pas faire. Mais c’est mon rêve : non d’être président, mais d’être au rendez-vous avec l’histoire. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère. On ne peut pas continuer à gouverner avec les techniques des siècles passés. Le problème n’est pas seulement tunisien. Le peuple veut qu’on lui donne les moyens de gouverner. »

Texte intégral : Le Monde

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