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Publié par Saoudi Abdelaziz

Après le congrès extraordinaire d’avril 2018, la nouvelle présidence du parti, conduite par le tandem Laskri - Chérifi avait impulsé une véritable « campagne de nettoyage ». Le point de départ de cette vague d'exclusion qui a frappé le conseil national du FFS fut on s'en souvient la "réponse au général-major Ahmed Gaïd Salah", une tribune de Salima Ghezali (1). Publiée le 13 août 2018, cet article sera le motif officiel de son exclusion deux mois plus tard.  Elle avait alors réagi à cette sanction en déclarant notamment : «Ils m’ont sanctionnée parce que j’ai utilisé, comme toujours, comme depuis que j’ai appris à parler, ma liberté d’expression pour défendre un principe théoriquement sacré au FFS qui est la primauté du politique sur le militaire, et autre, la plate-forme de la Soummam (...). C’est dommage parce qu’encore une fois, nous arrivons devant une impasse historique qui s’exprime au sein du FFS, comme elle s’exprime ailleurs. Arriver à trouver les moyens de fonctionner d’une façon moderne et cohérente où le fond et la forme vont ensemble, c’est difficile à réaliser pour une société comme la nôtre qui a accumulé les carences, les violences et les incompréhensions ».(2)

Un an plus tard, le 14 août 2019, la direction du FFS décide de d’annuler cette exclusion. La levée de sanctions concerne aussi d'autres membres du Conseil national du FFS, écartés en janvier 2019.

Le déclenchement et l’essor du mouvement populaire met fortement à l’épreuve les organisation politiques. En juillet prochain, un congrès extraordinaire est prévu. Le FFS sera-t-il capable d’adapter sa ligne politique et son mode de fonctionnement aux nouvelles exigences politiques et démocratiques de la société ?

Le quotidien Le Soir d’Algérie a interrogé Hakim Belahcel, l’actuel Premier secrétaire du FFS.

 

HAKIM BELAHCEL AU SOIR D’ALGÉRIE : «Ce congrès extraordinaire est la seule voie possible»

Par Mohamed Kebci, 20 juin 2020

Le Soir d’Algérie : Vous avez obtenu l’autorisation pour la tenue d’un congrès extraordinaire du parti. Cela veut-il dire que ce sera la fin de la crise qu’il endure depuis des mois ?

Hakim Belahcel : Effectivement, nous avons obtenu l’autorisation administrative pour tenir notre congrès national extraordinaire qui se tiendra les 9 et 10 juillet prochain à l’hôtel Mazafran à Alger. Je rappelle, ici, que ce congrès a été initialement programmé pour se tenir les 10 et 11 avril dernier. Malheureusement, nous étions contraints de le reporter à cause de l’aggravation de la situation sanitaire dans le pays, engendrée par la pandémie de coronavirus. Aujourd’hui, nous pouvons attester avec beaucoup d’assurance que ce congrès statutaire se prépare activement et sereinement. 
Il est essentiel pour la pérennité de notre parti, qui constitue pour nous tous une priorité majeure, de traverser cette étape transitoire qui est l’élection d’une nouvelle instance présidentielle. Cette dernière, une fois élue, aura la responsabilité historique de réunir dans les meilleurs délais les conditions idoines pour organiser un congrès national ordinaire, unitaire et rassembleur.
Cette crise interne qui a longtemps handicapé l’impact politique de notre parti sur la scène nationale et parasité son rôle pédagogique et constructif notamment dans un contexte inédit,  marqué par la révolution populaire, ne trouvera son épilogue qu’à travers l’application stricte de nos textes réglementaires. Notre engagement est total et inébranlable pour réussir cette lourde et noble mission. 

Seulement, des voix parmi le camp resté fidèle à Ali Larski récusent l’idée du congrès extraordinaire et proposent celle d’un conseil national extraordinaire qu’elles prévoient de tenir le 27 juin.
La complexité de la crise interne du parti devra nous imposer, à nous tous, une rigueur sans faille et un sens de responsabilité qui doivent se rehausser au niveau des grands défis qui se profilent pour notre parti et notre patrie. Malheureusement, certains œuvrent sans relâche et sans scrupule pour empêcher le FFS de s’en sortir indemne et renforcé de cette étape charnière qui hypothèque même son existence. Pourtant, les statuts du parti sont limpides et ne souffrent aucune ambiguïté. Car, en réalité, si ce congrès national extraordinaire est convoqué et constitue, de fait, l’unique voie réglementaire disponible pour nous extirper de cette grave impasse interne, c’est en raison de l’impossibilité, depuis plus d’une année, de réunir notre conseil national malgré plusieurs tentatives. 

Pour ceux qui sont frappés d’amnésie et qui tentent d’entretenir la confusion, je leur rappelle que l’instance présidentielle avait fait, il y a de cela une année, un constat rigoureux et profond de la situation interne du parti. Je vous renvoie donc à la déclaration qui date du 11 août 2019, signée par la direction nationale du FFS, qui a mis  notamment l’accent   sur l’échec de l’instance présidentielle à résorber cette grave crise interne et sur la nécessité de mettre en place un comité ad hoc consensuel, chargé de préparer rapidement et convenablement une session extraordinaire de notre conseil national.
Malheureusement, et les faits sont têtus, ceux qui revendiquent, aujourd’hui, l’organisation d’une session extraordinaire du conseil national pour la fin du mois de juin sont ceux-là mêmes qui ont saboté le travail de ce comité ad hoc afin de maintenir le pourrissement et le statu quo. Les militants et les membres du conseil national du FFS ne peuvent pas être dupés puisqu’ils étaient tous témoins et victimes de cette entreprise de sape. 

Ne pensez-vous pas qu’un congrès extraordinaire avec la participation de ces cadres et militants ne ferait qu’accentuer la crise au lieu de la résorber ?

Comme je l’ai mentionné plus haut, il est impossible et impensable d’envisager une autre démarche sous couvert de pressions à peine voilées ou sous l’impact d’arrangements claniques en dehors de l’intransigeance historique de respecter et de faire respecter rigoureusement les textes du parti. Après la démission de trois membres de l’instance présidentielle, l’article 48 de nos statuts nous a imposé la convocation d’un congrès national extraordinaire pour élire une nouvelle instance. Nous n’avons rien inventé ! D’autant plus que nous sommes aujourd’hui dans la même situation que celle qui a prévalu en 2018 et qui a engendré la tenue d’un congrès national extraordinaire le 20 avril de la même année.
Les congressistes qui éliront à l’issue de ce congrès national extraordinaire une nouvelle instance présidentielle du parti, d’une manière libre et transparente, éviteront au parti et au patrimoine politique, humain et historique vieux de 57 ans d’existence, une mort certaine et une fin tragique. 
Une chose est certaine, le destin du FFS ne sera décidé ni par ceux qui l’ont trahi du vivant de Si l’Hocine et encore moins par ceux qui veulent le réduire à une propriété privée. 

Ce congrès verra-t-il l’abandon de l’option de l’instance présidentielle ?

Le congrès national extraordinaire qui se tiendra les 9 et 10 juillet prochain aura une seule et unique mission. C’est d’élire une nouvelle instance présidentielle du parti. Une fois élue, cette instance légitimée par les voix des congressistes aura la mission impérieuse et décisive de réunir les chances et les conditions pour convoquer, dans les 9 mois qui suivront son élection, le sixième congrès national ordinaire du FFS.
Ce dernier devra immanquablement incarner l’unité et le rassemblement de tous les enfants du parti. Il aura surtout la responsabilité de donner un prolongement politique à la révolution populaire du 22 février à travers des résolutions et options politiques et organiques qui renforceront la place et la crédibilité du FFS sur la scène politique et dans les cœurs des millions d’Algériennes et d’Algériens.
À la lumière des expériences vécues et subies, ceux qui auront le privilège de participer au 6e congrès national ordinaire auront la responsabilité et le devoir d’envisager le format et le fonctionnement de la nouvelle direction nationale du parti. Ce choix tiendra certainement compte de nos réussites et nos échecs.

D’aucuns parmi vos adversaires intramuros vous accusent d’avoir conclu avec le pouvoir en place.

Celles et ceux qui s’attellent activement aujourd’hui à réunir les meilleures conditions organisationnelles pour tenir ce congrès national extraordinaire comme celles et ceux qui participeront à ses assises n’ont aucune leçon de loyauté ou de cohérence politiques à recevoir de la part de quiconque. 
Le FFS est un parti crédible et responsable. Il ne bradera jamais le legs historique hérité des hauts sacrifices de nos martyrs et du long et héroïque parcours de notre président, feu Hocine Aït Ahmed, et de ses braves compagnons.

Nous travaillons dans une telle transparence qui ne souffre aucune entorse ou dérive pour nous voir ainsi, injustement et abusivement accusés par certains de «ficeler» des compromis avec le pouvoir en place. Les promoteurs et les colporteurs de ces élucubrations ne feront qu’aiguiser notre détermination à réussir la mission d’avorter les plans ourdis de ceux qui tentent d’empêcher la tenue de ce congrès national extraordinaire pour le soumettre, à terme, à l’arbitrage du pouvoir en place. 
Le FFS ne cédera jamais devant le chantage de ceux qui veulent entretenir la confusion et le délabrement au sein du parti dans l’espoir de l’arrimer par contrainte à des choix ou options politiques étrangers à la ligne originelle du parti. 

Concrètement, ce congrès se prépare dans quelles conditions?

Vous me donnez là l’opportunité de remercier les militantes et les militants du parti à travers le pays, qui, durant cette éprouvante épreuve interne, ont déployé leurs efforts afin de protéger le FFS des représailles des officines du pouvoir, qui aspirent à lui faire payer son attachement à ses valeurs et à son inlassable combat pour instaurer un véritable changement dans le pays et l’avènement de la deuxième République.
Plus que ça, ils se sont surtout investis avec courage dans la révolution populaire du 22 février pour porter haut et fort les aspirations légitimes du peuple algérien qui épousent  parfaitement nos revendications traditionnelles au sein du parti.

Aujourd’hui, beaucoup de nos militants subissent, à travers le territoire national, les cabales judiciaires et la persécution abusive et autoritaire. C’est condamnable !     
Sur le terrain, plusieurs regroupements de délégués du congrès sont prévus à travers les fédérations du parti. Certains se sont déjà tenus et ont vu la participation massive des congressistes. Nous continuons à travailler en étroite collaboration avec la commission de préparation avec collégialité et sérénité pour réussir ce congrès national extraordinaire.

Un dernier mot ?

Le FFS est un parti historique qui est né dans la douleur et au prix d’onéreux sacrifices pour construire une Algérie libre et démocratique.
Aujourd’hui, nous n’avons pas le droit de renoncer à ce combat ou, pire encore, pervertir et trahir ses valeurs et ses idéaux politiques. 
La vocation naturelle et éternelle du FFS, c’est de préserver son autonomie de décision et d’action, pour accompagner le peuple algérien dans son long chemin vers la démocratie et son autodétermination. 
Le combat continue !  

Source : Le Soir d’Algérie

 

NOTES

(1) Prix Sakarov pendant la "Décennie noire", proche conseillère de Hocine Aït Ahmed le défunt fondateur du FFS, Salima Ghezali dirigeait jusqu'en juillet dernier le journal du FFS Libre Algérie après avoir dirigé le courageux hebdomadaire La Nation. Elle avait été élue député d'Alger en 2017.

(2) Salima Ghezali vient d'être exclue du FFS pour sa «Réponse au général-major Ahmed Gaïd Salah»

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