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Publié par Saoudi Abdelaziz

Tribune parue sur Facebook

9 juin 2020

Le problème de fond, dans les prises de position de Bensaada, réside dans le caractère unilatéral de ses analyses et dans son caractère figé. En effet, et au-delà de l’aspect « enquête policière » souligné à juste titre par Samir Larabi, Bensaada pointe du doigt une réalité que personne ne peut sérieusement ignorer et qui est celle de l’intervention de forces, courants et relais des grandes puissances impérialistes (américaine, française…) dans les affaires intérieures d’Etats censés être « souverains » afin de défendre leurs intérêts et de soutenir, voire de placer, des représentants de ces intérêts.

Le problème réside dans le fait qu’en réduisant son angle de vue à ce seul aspect, Bensaada et tous ceux qui défendent le même point de vue occultent totalement l’autre aspect de la réalité qui réside dans les causes internes des crises qui ont secoué les pays du monde arabe en 2011 et l’Algérie depuis 2019.

 Or, ces causes internes sont principales, les causes externes n’intervenant que par leur biais. Bensaada, dans le cas qui nous intéresse, n’analyse en aucune manière les origines intérieures de la crise algérienne. Comment se fait-il qu’un régime qui se proclame populaire voit sa population se lever comme un seul homme pour le contester ? Notre auteur ne peut bien évidemment pas effectuer ce type d’analyse car elle l’amènerait à faire le bilan, peu flatteur et particulièrement lourd, d’un régime libéral autoritaire qui n’est pas, contrairement aux monarchies de la région arabe ou à certaines régimes d’Afrique de l’Ouest, un simple relais de l’impérialisme, mais qui n’est plus anti-impérialiste. Cette réalité, Bensaada et consorts ne peuvent la voir car ils ne veulent pas la voir.

Cette occultation des racines nationales de la crise qui poussent des peuples à se révolter contre leurs dirigeants n’est pas innocente. Elle participe de la volonté de maintenir en place ces régimes libéraux et autoritaires qui ont cessé de s’affronter à l’impérialisme et qui s’intègrent progressivement à l’ordre économique et politique international. Des régimes issus des mouvements de libération nationale qui affrontèrent, avant et même après, l’impérialisme occidental (mouvement des Non alignés, récupération des richesses nationales, politique sociale…), mais qui n’ont cessé, depuis la grande vague néolibérale mondiale des années 1970-1980, de se mouler dans le nouvel ordre mondial. Progressivement dans le cas de l’Algérie du fait de résistances sociales (luttes populaires…) et internes à l’Etat.

En plus de ce caractère unilatéral, l’analyse de Bensaada et consorts se révèle figée, métaphysique. Ils voient juste lorsque la France et l’Angleterre, soutenues par les Etats-Unis et l’OTAN, attaquent directement la Libye ou indirectement la Syrie. Mais ils oublient que ces interventions se sont produites dans une seconde phase, après que des révoltes populaires authentiques aient éclaté, du fait de la politique dictatoriale, ambigüe vis-à-vis des puissances impérialistes, et de plus en plus libérales de ces régimes. De même que ceux qui ne jurent que par la démocratie ne voient pas la phase suivante, celle de l’intervention impérialiste qu’ils tendent d’assimiler à une simple lutte pour la démocratie, de même les nationalistes autoritaires se refusent à analyser les causes profondes (économiques, sociales et politiques) de la crise qui poussent les peuples ou une partie d’entre eux à se révolter contre ces régimes.

Partant de là, ils condamnent nos pays à revivre éternellement des crises de plus en plus violentes qui finiront, à la longue et faute d’alternative populaire, par donner l’occasion aux impérialistes de triompher. Se sont donc eux qui portent en dernière instance la responsabilité des ingérences impérialistes en brisant le consensus politique anti-impérialiste de naguère par leurs politiques libérale, autoritaire ou dictatoriale et non anti-impérialiste.

Si l’on veut, en conclusion, éviter d’amener le Hirak sur une voie de garage, il convient de tenir compte des deux impasses existantes : celle des nationalistes autoritaires qui se mettent en travers de leurs peuples pour soutenir des régimes dictatoriaux antipopulaires et celle des ultradémocrates qui utilisent le projet démocratique pour instaurer un ordre néolibéral au service des grandes puissances et de la fraction compradore de la bourgeoisie algérienne.

La seul solution consiste en l’émergence d’un mouvement populaire anti-impérialiste, antilibéral et démocratique qui se donne pour direction une perspective nationale (souveraine), démocratique et sociale antilibérale.

Source : Facebook

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