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Publié par Saoudi Abdelaziz

Après son départ, "L’Algérie signe un accord avec le FMI sur le rééchelonnement de la dette.  Les Algériens, qui vivaient dans l’engrenage des violences, vont subir, sans pouvoir résister, un plan d’ajustement structurel drastique."

Juillet 1992- Août 1993

La dernière bataille de Belaïd Abdesslam

Par Mounir Hocine, 28 juin 2020. 24h-dz

Le parcours de Belaïd Abdesslam, commencé au PPA où il était l’un des plus jeunes membres du comité central, en passant par l’UGEMA, le GPRA au côté de Benyoucef Benkhedda, puis le secteur des hydrocarbures après l’indépendance, est particulièrement riche.

Il a été écarté des responsabilités après l’avènement de Chadli Bendjedid  en 1979, période qu’il considérait comme celle de l’abandon du projet de développement national et une soumission aux exigences extérieures. 

L’homme fera un come-back après les évènements d’octobre 1988. Il est l’un des signataires de “l’appel des dix-huit” appelant à la tenue d’une Conférence nationale, le report de l’élection présidentielle et une période de transition durant laquelle toutes les libertés démocratiques, comme la liberté de réunion, d’expression et de création des associations, seraient respectées. La lettre était signée par Belaïd Abdeslam mais aussi par Lakhdar Bentobal, Abdelaziz Bouteflika, Cherif Belkacem, Ali Haroun, Lamine Khan, Mostefa Lacheraf Mostefa, Rédha Malek, Tahar Zbiri… 

Mais l’Algérie va entrer dans une période tumultueuse avec la montée du FIS, l’interruption du processus électoral en janvier 1992, le retour de Mohamed Boudiaf et son assassinat le 29 juin 1992 à Annaba. C’est dans ce contexte de crise majeure, qu’il est désigné, le 8 juillet 1992 – “par l’armée” comme il le dira plus tard dans un discours fameux au siège du conseil populaire de la ville d’Alger – à la tête du gouvernement. Il y restera jusqu’au 21 août 1993, pour être remplacé par Réda Malek. 

La situation était simple : l’Algérie était étranglée par le service de la dette et des courants au sein du pouvoir étaient favorables à aller vers un rééchelonnement de la dette qui, comme on le sait, est associé à un plan d’ajustement structurel négocié avec le FMI. Aujourd’hui, encore, certains ne veulent retenir que les polémiques “idéologiques” qui ont accompagné cette période. Belaïd Abdeslam, violemment attaqué par une partie de la presse francophone, répliquait volontiers par des charges venimeuses contre les “laïco-assimilationnistes”.  Mais derrière ces batailles idéologiques, ce sont bien les choix économiques qui étaient en jeu. 

Comité ad-hoc, le “mokh”, Rebrab… 

Belaïd Abdeslam était contre le rééchelonnement de la dette et il n’a pas hésité à préconiser une “économie de guerre” et a rejeter les préconisations de libéralisation. Sa fermeté « nationaliste » a suscité les hostilités des groupes d’intérêts privés liés au pouvoir, dont la presse a été l’écho. Sa décision la plus décriée par les journaux – et qu’il assumait pleinement – a été la création d’un « comité ad-hoc » qui soumet l’octroi des devises aux opérateurs à l’aval préalable du gouvernement. Il a également préparé un code des investissements qui sera rejeté, selon lui, car il a introduit un article exigeant que l’on connaisse les origines des fonds. 

 Belaïd Abdeslam racontera dans un livre intitulé “Pour rétablir certaines vérités sur treize mois à la tête du gouvernement », les péripéties de cette guérilla qui lui était livrée de l’intérieur du pouvoir. Il désigne ouvertement un des acteurs de cette guérilla dans la personne du général-major Mohamed Touati, dit le Mokh (le cerveau). Et il le fait sans ménagement. “Mes heurts avec mes détracteurs et, en particulier, avec le Général Touati, traduisent, simplement, l’affrontement avec ceux qui vouent une haine sourde mais farouche à ce qu’ils appellent les errements du passé ; ceux qui considèrent que notre révolution a fait son temps et que le moment est, enfin, venu non seulement de se libérer de ses contraintes, mais aussi de prendre revanche sur elle et sur tout ce qu’elle a promu ou incarné ».

Le livre illustre assez bien – déjà, pourrait-on dire – comment la dichotomie entre le pouvoir formel et le pouvoir réel pèse sur le fonctionnement du système algérien. Belaïd Abdesslam “découvre” en arrivant au palais que sous le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali, Metal Sider, de Issad Rebrab, a bénéficié de 200 millions de dollars d’une ligne de crédit italienne. Le groupe Kouninef avait été également attributaire d’un quota de cette ligne de crédit. Dans son livre, Belaïd Abdesselam pointe clairement un favoritisme, au détriment des autres opérateurs privés, ce qui justifie selon lui la création du comité Ad-hoc. 

“Par une simple décision administrative prise à l’instigation ou sous la pression de ceux qui détiennent le pouvoir, un individu dispose, à son seul usage, de plus de 200 millions de dollars de crédits extérieurs garantis par l’Etat Algérien. Du jour au lendemain, cet individu devient un multimilliardaire en dinars, un investisseur dont on vante les « mérites », « un créateur de richesses » qu’on protège et qu’on encourage, un pourvoyeur de fonds pour le soutien à la démocratie…”. 

La guerre entre Belaïd Abdesslam et une partie de la presse privée n’était pas seulement idéologique, elle recouvre bien un aspect économique avec des opérateurs privés qui sont servis, selon lui, pour importer des « produits destinés à la revente en l’état et non pour des opérations d’investissement. Des opérateurs que le Général Touati prend sous sa protection de manière quasiment ouverte ».

En réalité, Belaïd Abdesslam, absent des affaires depuis la mort de Boumediene, ne faisait que découvrir à quel point l’Etat Algérien a “changé” en son absence. Les 13 mois effectués à la tête du gouvernement n’ont fait que retarder une échéance, la politique qui sera suivie après son départ est sans surprise. L’Algérie signe un accord avec le FMI sur le rééchelonnement de la dette.  Les Algériens, qui vivaient dans l’engrenage des violences, vont subir, sans pouvoir résister, un plan d’ajustement structurel drastique. 

Source : 24h-dz

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