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Publié par Saoudi Abdelaziz

21 juin 2020

Par définition, le coup d’État du 19 juin 1965 n’est pas démocratique. Alors que les grandes capitales étrangères sont restées silencieuses, Fidel Castro a condamné le coup d’État tout en laissant la porte ouverte pour dire en substance : « on verra la suite ».

Les progressistes algériens, et pas seulement les communistes, ont condamné le coup d’État et ont été, pour une partie d’entre eux, emprisonnés après avoir subi des tortures impitoyables. La propagande, comme il est de bon ton, a indiqué que l’opposition était due à la main de l’étranger.

Personnellement j’ai été arrêté et torturé. J’ai été inculpé d’atteinte à la souveraineté de l’État. Puis relâché sans jugement quasiment deux ans après. De plus, pendant l’emprisonnement, on m’a suggéré de renoncer à ma nationalité algérienne, sans doute pour justifier « la main de l’étranger ».

Boumédiène a gouverné avec ses amis du clan dit d’Oujda dont faisait partie Bouteflika. Il s’est appuyé sur le parti du FLN, seul parti légitime selon lui. La population était organisée dans les organisations de masse : UGTA pour les travailleurs, UNEA pour les étudiants, UNJA pour la jeunesse, UNFA pour les femmes. Le fameux article 120 a caporalisé ces organisations de masse. Cet article stipulait que « nul ne peut assumer des responsabilités au sein des organisations de masse s’il n’est pas militant du FLN ». Autant dire que le FLN était seul légitime pour diriger les organisations de masse.

Ainsi donc, le pouvoir de Boumediène n’était pas démocratique, c’est le moins qu’on puisse dire.

Mais alors comment expliquer que le cortège funèbre de Boumédiène en décembre 1978 a été suivi le long de son parcours par des centaines de milliers de gens ? Et il faut préciser que ces gens n’ont pas été amenés par camion. Comment un « dictateur » anti-démocratique par définition, était-il honoré de telle façon ?

Le tournant a lieu le 24 février 1971, date de la nationalisation des hydrocarbures. Il faut noter qu’il s’agissait là d’un coup de poker très osé. Car on doit avoir à l’esprit en effet, que le président français Pompidou, nous l’avons appris après, avait demandé à son état-major d’étudier une réponse pour savoir s’il était possible d’occuper militairement les puits de pétrole concernés.

Wikipédia décrit la période de Boumédiène de la façon suivante « L'Algérie connaît un développement économique et social important sous son gouvernement. Entre 1962 et 1982, la population algérienne passe de 10 à 20 millions de personnes et, massivement rurale avant l'indépendance, est urbanisée à 45 %. Le revenu annuel par habitant, qui n’excédait pas 2 000 francs en 1962, dépasse 11 000 francs vingt ans plus tard, tandis que le taux de scolarisation oscille de 75 à 95 % selon les régions, loin des 10 % de l’Algérie française. »

En fait Boumédiene a fait bon usage des revenus du pétole. Qu’il a consacré massivement à l’éducation généralisée, à la santé gratuite et à l’industrialisation. On peut contester bien des choses, sur la qualité de l’enseignement et de la santé, sur le type d’industrialisation dite industrialisante, mais les faits sont là.

On ne peut contester aussi que Boumédiène était austère voire incorruptible. Ainsi sa mère lui a demandé d’intervenir pour exempter son frère cadet du service militaire. Ce qu’il a refusé malgré le grand respect qu’il avait pour elle. Autre exemple : mon beau-frère travaillait dans le sud à Sonatrach et avait comme collègue un frère de Boumédiène. Celui-ci lui avait interdit de se recommander du président, mieux de dire même qu’il était son frère ( rod balek tgoul ana khok !).

Pour ma part je peux témoigner que les cadres et les ouvriers de la SNS (société nationale de sidérurgie) ont travaillé sérieusement pour mettre en place une sidérurgie nationale. Sidérurgie qui a été ensuite vendue par Bouteflika à Mittal et renationalisée après que Mittal en ait tiré tout le jus. Comme en France, on a privatisé les profits et étatisé les pertes.

Boumédienne était un dictateur certes, mais aussi un patriote. Si pour lui, l’avis des gens n’avait pas d’importance, la souveraineté nationale, elle, en avait.

C’est avec Chadli, le président qui a succédé à Boumedienne, que le tournant libéral a eu lieu: l’importation a été « libérée », les sociétés nationales coupées en morceaux ont été vendues au privé algérien ou international, la corruption s’est généralisée. En fait Chadli « mangeait dans la main » de Mitterrand, le président français. Selon mon ex-collègue SNS devenu ministre de l’intérieur Mohammed Hardi, qui a été assassiné par les islamistes alors qu’il a voulu s’interposer lors d’une dispute entre un islamiste armé et un distributeur SNS de rond à bétons, Mitterrand « tenait » Chadli, grâce à des vidéos compromettantes.

Tout ceci pour dire qu’il est très important pour le Hirak actuel d’apprécier correctement la période Boumediene (1965-1978) et le tournant Chadli, selon deux critères importants : la démocratie mais aussi la souveraineté nationale. Car sans une politique de souveraineté nationale, la démocratie ne peut exister. Seule une politique de souveraineté nationale peut donner un contenu complet à la démocratie : droits d’expression et d’organisation ainsi que droits sociaux.

A l’inverse, l’absence de démocratie réelle n’a pas permis de contrer le tournant libéral de Chadli. C’est pourquoi l’insistance du hirak sur la démocratie, et en premier lieu la libération de tous les détenus d’opinion, est fondamentale.

Source : Facebook

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