Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Extrait d’un article de Pierre Barbancey intitulé « Ces signaux du Kremlin qui inquiètent Bachar Al Assad » paru hier dans le journal français l’Humanité.

 

Il s’appelle Rami Makhlouf. Il a 51 ans. C’est un homme d’affaires syrien, mais pas n’importe lequel. Il est le cousin germain et ami d’enfance du président Bachar Al Assad, dont il pourrait maintenant, indirectement, causer la chute.

Il fait partie de ceux qui ont largement bénéficié de la nouvelle politique économique mise en place à partir de l’année 2000, lorsque Bachar a pris la succession de son père décédé, Hafez Al Assad. Une nouvelle politique économique caractérisée par la déréglementation, les privatisations et l’ouverture à l’économie de marché.

Si, pour le peuple syrien, ces nouvelles orientations se sont très vite traduites par plus de difficultés - notamment avec la suppression de l’aide aux produits de première nécessité -, pour les personnalités bien en cour, un véritable eldorado s’est présenté. C’était le cas de Rami Makhlouf, qui, entre autres, a créé une holding dans laquelle on trouve la société de téléphonie Syriatel.

L’économie syrienne proche de la banqueroute

Très vite, il a investi dans le secteur des services : les banques, les assurances, l’immobilier, le secteur de l’électricité… Son sens des affaires associé à ses liens familiaux ont fait de lui le businessman le plus puissant du pays et l’un des principaux soutiens financiers du régime baathiste. Pourtant, malgré son entregent, il n’est plus intouchable. Il semble qu’aujourd’hui le cousin Bachar a décidé de le sacrifier pour sauver son avenir. Mais Rami Makhlouf n’est pas disposé à se laisser faire. Il a publié deux vidéos inattendues sur Facebook, dans lesquelles il interpelle le président Assad tout en s’épanchant sur des impayés réclamés par l’État (162,2 millions d’euros) et les mesures d’intimidation des services de sécurité.

En décembre, les autorités syriennes avaient annoncé le gel des avoirs de plusieurs hommes d’affaires, pour évasion fiscale et enrichissement illégal depuis 2011. Lui, régulièrement conspué par les manifestants, ne pensait pas se trouver dans la fournée, comme il s’en est étonné sur l’une des vidéos postées : « Quelqu’un peut-il imaginer que les services sécuritaires sont arrivés jusqu’aux entreprises de Rami Makhlouf, qui a été le plus grand soutien et parrain de ces appareils pendant la guerre ? »

Pourquoi l’homme est-il ainsi lâché par ses puissants protecteurs parfaitement au courant de ses activités ? En apparence, mais en apparence seulement, on assisterait à un règlement de comptes à OK Damas. Il faut au contraire scruter la crainte de Bachar Al Assad d’être éjecté du pouvoir. Alors que le danger d’un renversement par l’opposition est maintenant écarté, le président syrien, à la tête d’un pays dans une situation économique proche de la banqueroute (l’inflation a dépassé les 100 % en 2019), commence à se méfier de ses alliés, et particulièrement de la Russie. Il ne lui a pas échappé que, depuis quelque temps, les médias russes sont plus critiques à son égard. «La Russie soupçonne Al Assad non seulement de ne plus pouvoir diriger le pays, mais aussi que le chef du régime syrien traîne Moscou vers le scénario afghan, ce qui est une possibilité très déconcertante pour la Russie», a même écrit l’agence Tass.

Dans un article publié en ligne début mai par le site du Conseil russe pour les affaires internationales (Riac), considéré comme proche du Kremlin, son vice-président, Alexander Aksenyonok, par ailleurs ancien ambassadeur de Russie en Syrie, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il dénonce «les pots-de-vin dans le commerce, le transit, les transports et les convois humanitaires en faveur d’une chaîne composée d’unités privilégiées de l’armée, de services de sécurité, de médiateurs commerciaux et de grands entrepreneurs», qu’il désigne comme «proches de la famille du président». Autant de cercles qu’un «règlement pacifique n’intéresse pas». Plus intéressant encore, il estime que la Russie doit «repenser l’avenir de la Syrie, en particulier le sort des dirigeants syriens. Damas n’est pas intéressé par une approche flexible à long terme et à la place parie sur des solutions militaires».

Source : L’Humanité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article