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Publié par Saoudi Abdelaziz

Six questions pour comprendre la tension entre Washington et Pékin

Par Véronique Le Billon, Bureau de New York,

Catherine Chatignoux et F. S.

Les Echos, 6 mai 2020

 

1-DE QUOI LES AMÉRICAINS ACCUSENT LA CHINE ET AVEC QUELLES PREUVES ?

Les accusations sont sévères mais jusqu’ici peu précises. Dimanche, le secrétaire d’Etat américain, Michael Pompeo, a assuré qu’il existait « des preuves immenses » que le virus était parti d’un laboratoire de Wuhan (Chine), sans toutefois les dévoiler. Donald Trump a lui-même promis un «rapport conclusif », évoquant une « erreur » que la Chine aurait ensuite tenté de « couvrir ». « Nous n’avons reçu aucune donnée ni preuve spécifique du gouvernement américain concernant l’origine présumée du virus. Donc pour nous, cela reste spéculatif », a assuré lundi à la presse Michael Ryan, directeur des programmes d’urgence de l’OMS – une organisation que Washington accuse d’être pro-chinoise. Après deux ans de guerre commerciale, le coronavirus est le nouveau prétexte de l’escalade des conflits entre Washington et Pékin.

2-EST-CE UNE MANŒUVRE POLITIQUE ?

Critiqué pour sa gestion sinueuse de la crise, Donald Trump choisit l’attaque en pointant la responsabilité de la Chine. A six mois de l’élection présidentielle, il redoute la colère des Américains, dont 30 millions se sont inscrits au chômage en six semaines (sur 159 millions de salariés avant la crise). Donald Trump est sur une corde raide : il est pressé par sa base républicaine de rouvrir l’économie, mais l’épidémie n’est toujours pas contenue. Selon un document gouvernemental obtenu par le « New York Times », le nombre de décès pourrait remonter autour de 3.000 par jour d’ici la fin du mois, le double du chiffre enregistré dimanche. Donald Trump a déjà révisé en hausse le bilan humain de la catastrophe sanitaire, évoquant jusqu’à 100.000 décès quand la Maison-Blanche pensait pouvoir les contenir autour de 60.000 début avril. Un chiffre déjà dépassé, avec plus de 68.000 victimes recensées. Isolationniste, Donald Trump a désormais un lourd passif avec la Chine, après deux ans de guerre commerciale avec Pékin sur fond d’accusation de vol de la propriété intellectuelle américaine. « La Chine nous a escroqués », a-t-il répété dimanche, critiquant le rôle facilitateur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de la santé (OMS).

3-QUELLE RIPOSTE POSSIBLE ?

« Je ne serais pas du tout surpris si le président Trump se tournait vers les droits de douane en réponse à la crise du Covid-19 », assure Chad Bown, expert du Peterson Institute. Avec une crise et une élection en ligne de mire, « Trump aura besoin d’un responsable pour le chômage de masse et les faillites. Si et quand il choisira des étrangers comme bouc émissaire, sa prochaine étape naturelle sera de renforcer le protectionnisme », vient-il aussi d’expliquer dans « Foreign Affairs ». Cela pourrait être contre-productif. Beaucoup d’entreprises américaines protestent déjà contre les droits de douane élevés, qui renchérissent le coût de leurs produits, estiment Riley Walters et Dean Cheng, du think tank conservateur Heritage Foundation. Et encourager les entreprises américaines à quitter la Chine ne les ferait pas forcément revenir aux Etats-Unis. Après deux ans de guerre commerciale, l’accord signé en janvier entre Washington et Pékin est déjà difficile à respecter. Sur les deux premiers mois de l’année, les importations américaines de produits chinois ont chuté de 25 % et les exportations ont cédé 10 %, selon les chiffres du Census Bureau, alors que l’accord prévoit des achats supplémentaires de produits américains par la Chine à hauteur de 200 milliards de dollars sur deux ans. Washington maintient néanmoins la pression. « S’ils ne le font pas, il y aurait des conséquences très importantes dans notre relation et, dans l’économie mondiale, sur la façon dont les gens font affaire avec eux », a prévenu lundi le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin. Washington promet en revanche une reconquête de souveraineté sur les infrastructures vitales : énergie, médicaments, technologies télécoms... La course au vaccin contre le Covid-19 sera aussi un outil stratégique dans la démonstration de force entre les deux pays.

4-QUE DIT L’EUROPE ?

Fidèle à son habitude, l’Union européenne se montre beaucoup moins belliqueuse que les Etats-Unis. Certains dirigeants n’en pensent pas moins, comme en témoignent les réactions du président français Emmanuel Macron et du ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, qui tous deux se sont interrogés sur le manque de transparence des autorités chinoises à propos des conditions dans lesquelles le virus est apparu.

Mais l’Union compte sur les institutions multilatérales pour faire la lumière. Avec les Etats-membres, elle compte réclamer à l’occasion de l’Assemblée mondiale de la santé de l’OMS le 18 mai un examen indépendant de la réponse sanitaire internationale pour mieux se préparer à la prochaine épidémie. « A mon avis, il faut de façon indépendante ce qui s’est passé, en se tenant à l’écart du champ de bataille entre la Chine et les Etats-Unis qui se rejettent la responsabilité des événements dans une surenchère qui n’a fait qu’exacerber leur rivalité », a déclaré Josep Borrell, le haut représentant pour les Affaires étrangères de l’UE, dans une interview au « JDD ».

5-COMMENT RÉAGISSENT LES DÉMOCRATES ?

Le Parti démocrate cherche le bon angle d’attaque vis-à-vis de la Chine, tentant de dénoncer la stigmatisation des Asiatiques aux Etats-Unis tout en mettant la pression sur les entreprises chinoises. « Il y a eu un réveil vis-à-vis de la Chine et les deux camps -démocrates et républicains – sont maintenant sur une ligne plutôt dure, estime Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis entre 2014 et 2019. Même si certains discutent de la méthode employée par Donald Trump, les Etats-Unis se mettent en ordre de bataille pour gérer la confrontation avec la Chine. »

6-QUELLE PEUT ÊTRE LA RÉPONSE DE LA CHINE ?

La Chine et les Etats-Unis mènent une guerre des mots sur l’origine du virus depuis que le ministre chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian a évoqué en mars une théorie selon laquelle l’armée américaine aurait amené le virus en Chine. Le ton n’a depuis fait que monter, les deux superpuissances s’accusant de désinformation. Si le gouvernement chinois n’a pas publiquement réagi durant cette période de congés en Chine, les médias d’Etat ont tiré à boulets rouges contre Mike Pompeo.

Dans un commentaire au vitriol, la chaîne de télévision publique CCT V a qualifié lundi de « déments » les propos de Mike Pompeo sur l’origine de la pandémie, dénonçant le « malfaisant Pompeo » qui « crache son venin et répand des mensonges sans raison ». Un journal proche du Parti communiste chinois a qualifié lundi de « bluff » les déclarations de Mike Pompeo. « L’administration Trump continue de mener une guerre de propagande sans précédent », estime pour sa part le «Global Times » dans un éditorial, accusant les politiciens américains« de rejeter la faute sur quel- qu’un d’autre, de truquer les élections et de réprimer la Chine alors que leurs propres efforts contre l’épidémie sont un désastre ». Source : Les Echos

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