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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Un premier pas à approfondir » titre la déclaration préliminaire à la conférence de presse de José Ignacio Salafranca, chef de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOEUE) pour les élections législatives en Algérie. On lit : « La Mission d’observation électorale de l’Union européenne a relevé des initiatives visant à renforcer la transparence du processus électoral, dans un contexte clef de réformes politiques. Ces initiatives mériteraient d’être approfondies afin de renforcer la confiance des citoyens ».

En contrepoint Kamel Daoud écrit dans Le Quotidien d’Oran : « Votez même pour des ânes, le plus important est qu'on puisse dire aux Occidentaux que le peuple a voté et qu'il nous aime et aime nos réformes.
 

Le verdict du 13 mai, le vrai

Par Kamel Daoud

Tout a été fait, employé, usé et répété: il faut voter. Pourquoi ?

Pas d'explication franche et honnête: voter est dit important comme la guerre de libération, comme la date de l'indépendance, comme l'élection de Zeroual contre Ben Laden en 95. Le matraquage a été monstrueux, indécent, primaire et grossier. On a interdit aux Algériens de faire de la politique pendant 20 ans, on leur demande de refaire le tout en 15 jours. A la fin, on aura compris: si on a agréé 40 partis en six mois et accepté les candidatures les plus comiques, les plus farfelues, c'est à dessein: refaire le coup de 90, mais sans les armes pour les islamistes, sans le pouvoir pour la future APN. La grossièreté a été atteinte par le slogan implicite: votez même pour des ânes, le plus important est qu'on puisse dire aux Occidentaux que le peuple a voté et qu'il nous aime et aime nos réformes.

On peut aujourd'hui se taire sur ce viol, ne rien dire, mais l'histoire retiendra le silence comme une complicité. Chacun est libre de voter, demain, ou pas. Là n'est pas le propos. Il est dans le mensonge et la malhonnêteté. Cette campagne de domestication a été violente et indécente : on y a arrêté des gens parce qu'ils ont osé dire non. On a menacé ce peuple. Des ministres auto-élus se sont même permis d'insulter ce peuple et ses choix. Ce peuple a été traité de mouton, d'idiot, d'indigène par d'autres qui, au lieu de nous parler de ce qu'ils ont fait du pays pendant vingt ans au gouvernement, préfèrent nous expliquer le monde par l'OTAN et le sionisme. Ce peuple est soumis, méprisé. Le jeu de démocratie aurait gagné si on avait accepté que des Algériens soient libres d'appeler au boycott, là où d'autres appelleraient au vote. On aurait cru au jeu de « rien dans les mains, rien dans les poches», si déjà il ne s'annonce pas comme une arnaque de comptable sur le taux de participation. L'élection d'une nouvelle Assemblée aurait gagné en grandeur si cette Assemblée avait réellement le pouvoir face au Pouvoir, la main haute sur la main d'un Premier ministre, et la possibilité de contrôler la caserne et le baril et l'officine algéroise et les 48 walis.

Il y avait dans cette campagne, du côté du Pouvoir, une violence, un mépris, une panique et une indécence qui font froid au dos: ce peuple est encore traité comme une propriété, pas en vis-à-vis, et encore moins en employeur ou un électeur.

Le chroniqueur retiendra l'argument: pour pousser les gens à voter, on a convoqué Antar Yahia, des prétendus petits-fils de l'Emir Abdelkader, l'Indépendance, le complot, l'OTAN, la menace sioniste, les insultes, Warda El Djazaïria, l'imam de Médine, les imams des mosquées, la fierté nationale et les matraques de la police à Alger et 300 étrangers. Restait pourtant l'essentiel qui aurait pu convaincre les prétendus 20 millions d'électeurs algériens: un clip ou un meeting avec les martyrs qui reviennent cette semaine. Une rencontre dans le plus grand stade d'Algérie, avec Abane, Ben M'hidi ou d'autres morts pour la liberté, qui reviendraient pendant une heure expliquer que c'est vrai, qu'ils sont contents de ceux qui gouvernent le pays à leur place, que c'est utile et honnête et qu'il faut voter. Là, avec un jury pareil, le verdict aurait frôlé la grandeur de l'absolu. Là, on aurait été convaincu, jusqu'à pleurer et mettre les bijoux de sa mère ou de son épouse dans l'urne.

Pour le moment ? On continue : le régime reprend ses forces, et nous nos faiblesses. L'info du jour est à Boumerdès rapportée avant-hier par le journal : «Arrêtés, vendredi dernier, lors d'un mouvement de protestation organisé au niveau du douar d'Ouled El-Arbi, au sud de la commune de Khemis El-Khechna, à l'ouest de Boumerdés, cinq manifestants, dont trois militants du parti du FFS, ont comparu hier devant la justice pour répondre aux faits qui leur ont été reprochés, à savoir: attroupement et fermeture de la voie publique. Dans son requisitoire, le procureur de la République près le tribunal de Rouiba a requis une peine de 12 ans de prison ferme à l'encontre de ces cinq mis en cause.

Un réquisitoire qui a provoqué une certaine agitation parmi les habitants de la localité en question, lesquels se sont attroupés devant le siège du tribunal de Rouiba, en signe de solidarité. Pour rappel, les cinq mis en cause ont été arrêtés suite à une manifestation organisée sous l'égide du comité de village pour réclamer l'eau potable et le raccordement de leur habitation au réseau d'assainissement. Le verdict dans cette affaire est attendu pour le 13 mai prochain».

Ce verdict est plus important que celui du 11 mai. Des Algériens risquent 12 ans de prison pour avoir demandé de l'eau et des égouts.

 Kamal Daoud, 9 mai 2012. Le Quotidien d’Oran

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