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Publié par Saoudi Abdelaziz

20 mai 2020

Le quotidien L’Expression vient de s’illustrer de façon peu honorable par la publication, dans son édition du jour (mercredi 20 mai 2020) du texte grossièrement amputé et tronqué d’un entretien que j’ai accordé à l’une de ses journalistes à propos de la mouture de révision constitutionnelle.

Le titre choisi par le secrétariat de rédaction ne reflète en aucun cas mes positions et me fait passer pour un soutien de cette mouture.
Je publie ci-dessous les parties censurées par L’Expression afin que les lecteurs puissent apprécier le procédé utilisé par ce journal.
Les soutiens à la mouture de révision constitutionnelle initiée par la Présidence sont-ils aussi peu nombreux pour que L’Expression soit contraint de censurer et travestir grossièrement le propos de ceux qui professent un point de vue contraire ?

L'Expression a purement et simplement supprimé la 1ère question et sa réponse : "Quel sont à votre sens les grands changements annoncés par cette mouture ?
Au risque de vous décevoir, je ne perçois pas de « grands changements » dans cette mouture. Cette absence s’avère d’autant plus patente et décevante qu’elle intervient dans la foulée d’un mouvement populaire inédit, le Hirak, qui a modifié substantiellement la réalité politique de notre pays.
Avant le 22 février 2019, on avait droit à un monologue politique du pouvoir. La voie des oppositions ne portait guère au-delà de quelques médias. Celle de la majorité des citoyens était inaudible, sauf dans les stades. Le Hirak a placé la question démocratique au centre du débat et des préoccupations politiques du peuple algérien qui la porte désormais dans la rue.

Or, la mouture dont vous parlez ne se situe vraiment pas à la hauteur de ces enjeux historiques. L’architecture institutionnelle du régime autoritaire reste fondamentalement identique, couronnée par un président de la République qui conserve l’essentiel des pouvoirs et un Parlement où le Sénat, avec le tiers-présidentiel, joue le rôle de verrou politique.
En confiant, comme par le passé, à quelques constitutionnalistes, le soin de proposer un projet – dans un cadre préétabli et balisé par le président actuel –, le pouvoir se refuse à comprendre qu’un processus constituant n’est pas un problème technique, mais un processus politique qui appartient au peuple et non à quelques spécialistes. Une commission d’experts aussi compétents soient-ils sur le plan juridique ne peut et n’a pas à se substituer aux élus du peuple dans l’élaboration d’une Constitution.

Peut-on sérieusement parler de débat populaire alors que, pour cause de coronavirus, les citoyens doivent se confiner chez eux à 17h, que les réunions publiques sont interdites et que les médias publics et privés restent fermés aux voix dissonantes ?

Et ce n’est pas dans le cadre de l’actuel Parlement totalement illégitime et dominée par une majorité de béni oui oui qu’un véritable débat verra le jour, que des amendements substantiels seront intégrés au texte et que la question sera tranchée démocratiquement. Quant au référendum organisé dans le cadre politique actuel, il se réduira à un simple plébiscite.

Refusant tout dialogue réel, toute négociation véritable et sincère et toute sérieuse politique d’apaisement, le pouvoir tente, comme à son habitude, d’amadouer le Hirak dans l’espoir d’endormir sa vigilance. Il conserve ainsi son vieux logiciel autoritaire et paternaliste.

Dans la 2ème question - L’avant-projet de réforme de la Constitution mentionne le Hirak du 22 février dans son préambule. C’est une victoire pour le mouvement populaire ? L’Expression a enlevé la partie suivante :
[…] « Cela participe de la confection du nouveau récit dominant qui entend progressivement accréditer l’idée selon laquelle le peuple algérien s’est soulevé pour renverser le régime autoritaire de Bouteflika et instaurer le régime démocratique d’Abdelmadjid Tebboune. » […]

Dans la 3ème question intitulée : Quid du pouvoir législatif et exécutif, j’indiquais que le recours aux ordonnances avait connu une limitation mais je précisais : « (et non une suppression) ». L’Expression a dû considérer que cette précision était superflue.

Enfin, dans la 6ème question intitulée : La possibilité d’engager les troupes de l’ANP en dehors de nos frontières. Qu’en pensez-vous ? L’Expression a enlevé le paragraphe suivant :
[…]« Les Etats-Unis, de leur côté, aimeraient bien disposer de bases militaires permanentes en Algérie, à l’instar de celles dont ils disposent dans d’autres pays de la région.
La transformation d’un des anciens leaders du Non-alignement que fut notre pays en simple relais de l’influence et de la défense des intérêts du néocolonialisme français au Sahel constitue une revendication commune de l’Etat français et de certains secteurs compradores de notre bourgeoisie. Mais cela ne représente pas l’intérêt de notre peuple.

L’ancienne loi fondamentale empêchait-elle par ailleurs les autorités algériennes de participer à des opérations de maintien de la paix sous les auspices des Nations Unies ? De toute évidence non, puisque l’Algérie a déjà pris part à des opérations de ce type. Et pourquoi réduire cette participation de l’armée à des opérations extérieures à la seule « restauration de la paix » ? Intervenir pour soutenir un Etat allié agressé directement par des puissances impérialistes ou par d’autres Etats expansionnistes ou indirectement par des groupes armés est-il moins légitime ? C’est pourtant ce que fit par deux fois l’ANP en 1967 et 1973… Le véritable problème est celui de savoir au profit de qui l’ANP sera-t-elle amenée à intervenir pour la « restauration de la paix ». Aux côtés de l’Arabie Saoudite sœur et des Emirats Arabes unis frères pour rétablir la pax americana au Yémen ou aux côtés du peuple yéménite contre l’agression saoudo-émiratie sous parapluie américain ? » […]

Source : Facebook

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