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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Les pouvoirs publics ont réussi à contrôler la pandémie et à rapidement aplatir la courbe des contaminations, grâce à une anticipation précoce ».

 

En Inde, le Kerala marxiste se heurte à Modi en temps de crise

L’Etat du Sud se targue d’avoir maîtrisé la Propagation du Covid­19 grâce à sa politique

 

Par Guillaume Delacroix, correspondant du Monde à Bombay

27 avril 2020

Entrée mercredi 22 avril dans sa cinquième semaine de confinement, l’Inde avance à tâtons face au coronavirus. Le géant d’Asie du Sud, en dépit d’une population de plus de 1,3 milliard d’habitants, ne déplore, au 27 avril, que 27019 cas recensés de contamination et seulement 872 morts.

(…)

Mais c’est le Kerala, dernière région de l’Inde à être dirigée par un gouvernement marxiste, qui est cité en exemple par un grand nombre d’experts. Dans cet Etat de l’extrême sud de 35 millions d’habitants, connu pour afficher le taux d’alphabétisation le plus élevé du pays (94% contre une moyenne nationale de 74 %), mais aussi la plus forte densité de population (860 habitants au kilomètre carré, contre 382 en moyenne en Inde), les pouvoirs publics ont réussi à contrôler la pandémie et à rapidement aplatir la courbe des contaminations, grâce à une anticipation précoce: chaque Kéralais infecté n’a jusqu’ici transmis le virus qu’à 0,4 personne, alors qu’en moyenne un Indien infecté en contamine 2,6 autres.

« Un modèle »

Pour l’instant, la région n’a enregistré que 468 cas, 70 % des patients ont guéri et quatre seulement sont morts. C’est pourtant ici que les premières contaminations de l’Inde ont été repérées, dès le 30 janvier, chez des étudiants qui rentraient de Wuhan, berceau chinois de la pandémie.

«La préparation est la clé de notre succès et la leçon à tirer de notre expérience», a longuement expliqué il y a  quelques jours au journal Indian Express le ministre des finances du Kerala, Thomas Isaac. «Notre force majeure est notre système de santé publique. Il a connu ces dernières années une augmentation de 40 milliards de roupies [485 millions d’euros] des investissements en infrastructures et en équipements, et il a bénéficié de la création de 5775 postes», rappelle ce membre du comité central du Parti communiste indien(marxiste). (1)

«Le Kerala est un modèle parce qu’il a fixé très haut la barre des tests de dépistage et mené dès le début des enquêtes extrêmement rigoureuses de traçage des personnes ayant pu être en contact avec les contaminés, pour casser les chaînes de contagion», estime Amit Singh, chercheur d’origine indienne spécialiste des droits de l’homme à l’université de Coimbra, au Portugal. Le gouvernement local, ajoute­-t­-il, a immédiatement instauré des quarantaines «plus longues qu’ailleurs» (28 jours au lieu de 14), imposé le confinement avant que Delhi ne le généralise à tout le pays, construit des hébergements d’urgence «pour les travailleurs migrants bloqués» sur place et distribué «des millions de plats cuisinés» à ceux qui en avaient besoin

Soutien à l’hôpital public

Dès le 19 mars, le chef de l’exécutif local, Pinarayi Vijayan, a débloqué 2,4 milliards d’euros de crédits pour soutenir l’hôpital public, verser les petites retraites avec deux mois d’avance et rembourser les prêts à la consommation des plus démunis. Ramenée à chaque habitant, cette enveloppe représente cinq fois plus que ce que le premier ministre de l’Inde Narendra Modi mobilisera une semaine plus tard, à travers un plan d’urgence national doté de 20 milliards d’euros.

Le Kerala a en fait tiré les enseignements de deux événements survenus en 2018: une épidémie de nipah, virus sans vaccin ni traitement transmis par la chauve-souris, qui avait semé la terreur dans les villages, et des inondations dramatiques qui avaient détruit 20000 logements durant la mousson. La capacité de réaction de la population avait été d’autant plus efficace qu’au Kerala, le système des «panchayats» fonctionne à l’extrême. Ces assemblées locales, comparables à des communautés de communes, prennent des décisions au plus près du terrain, sans avoir à en référer à la capitale, Trivandrum.

Tout ceci irrite la droite nationaliste et centralisatrice au pouvoir à Delhi. Lundi 20 avril, alors que les communistes kéralais venaient de décider de la réouverture des ateliers de confection, salons de coiffure, restaurants et librairies, ainsi que de la reprise des transports publics par autobus, le gouvernement Modi leur a aussitôt intimé l’ordre de faire marche arrière et d’attendre ses consignes.

La semaine précédente, le climat s’était déjà tendu entre les deux parties à propos de la situation de la diaspora indienne vivant aux Emirats arabes unis (3,3 millions d’ouvriers du BTP et d’employés de maison, dont un tiers originaires du Kerala). M. Vijayan dénonçait les conditions de confinement et de quarantaine «inadéquates» offertes sur place à cette population. Avec l’appui des autorités de Dubai, il avait demandé à M. Modi d’organiser des rapatriements, en vain. Selon nos informations, Delhi avait envisagé, fin mars, de faire revenir par avion 26000 ressortissants indiens mais y a renoncé, en raison du risque de contagion que ces derniers représenteraient à leur arrivée en Inde.

Source : Le Monde.fr

(1) Lu par ailleurs dans The Conversation : Le Kerala, avec ses 38 000 lits d’hôpital public, possède le meilleur système de santé de l'Inde.

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