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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

Désigné en avril 2019 à la tête de la DCSI pour affaiblir le hirak à tout prix, le général W. Bouazza a montré plus d’ambition personnelle que d’intelligence. Protégé par la général Gaid Salah durant l’année 2019, il était le hardliner pressé de mettre fin à la protestation par la répression.

En incarnant la ligne dure, il s’était imposé à ses collègues à l’ombre de Gaid Salah. Le système était-il en train de reproduire un autre Rab Dzair craint par les opposants et par ses pairs ? Après l’élection présidentielle du 12 décembre, le général Bouazza a refusé de se mettre formellement sous l’autorité du président Tebboune. Il a commis la même erreur que celle du général M. Lamari qui, en sa qualité de chef d’Etat-Major, s’était montré condescendant vis-à-vis du président dans une interview accordée à l’hebdomadaire français Le Point en 2004. Les généraux sont politiquement supérieurs au président, mais la logique du système leur interdit de le reconnaître publiquement. Le général Bouazza montrait par ses actes peu de respect à Tebboune, affichant une arrogance débordante. Ayant succédé au général Tartag à la tête de la DCSI, il aurait dû enlever l’uniforme militaire, installer son bureau à la présidence et se montrer publiquement.

En s’affranchissant de ces règles, il n’a pas respecté les directives de l’EM sur les prérogatives des différents services de sécurité. Il ne voulait pas être le chef d’une DCSI qui contrôle uniquement les partis artificiels, les faux journalistes et les milliers d’indicateurs et de doubabs des réseaux sociaux. Il intervenait dans des domaines qui sortaient de ses prérogatives et empiétait sur celles des généraux Benali et Medjahed qui contrôlent et surveillent la présidence sous l’autorité de l’EM. Il donnait des instructions directement au ministre de la justice et au DGSN sans passer par la présidence. Il affaiblissait la cohérence
d’un système qui cherchait à se reconstruire pour survivre. Le système a fini par l’éjecter pour avoir gêné son adaptation au nouvel environnement créé par le hirak. Tout acteur, quelle que soit sa position dans le système, est écarté s’il ne respecte pas sa rationalité et ses contraintes. Les exemples ne manquent pas : K. Nezzar, M. Lamari, T. Médiène…

Pour des raisons liées à son histoire, l’Algérie indépendante a mis en place un système de pouvoir incompatible avec le principe de la souveraineté populaire qui s’exprime par des élections libres. Au cœur de ce système, la hiérarchie militaire refuse que le pays se donne un chef d’Etat, qu’il soit issu des partis, des syndicats, de l’université ou même des rangs de l’armée, fort de la légitimité populaire. Elle veut que le personnel qui dirige l’Etat soit choisi par les appareils de sécurité et non par le corps électoral. C’est ce système que le hirak veut démanteler. Le pourra-t-il ? Ce que l’histoire fait, l’histoire le défait.

Extrait de la contribution « Le système de pouvoir en Algérie, ses différentes phases et ses contraintes » parue le 20 avril dans Magheb Emergent.

*Lahouari Addi est professeur émérite de sociologie à Sciences Po Lyon

 

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