Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Henri Kissinger (1) appelle à « une vision et un programme communs sur le plan mondial", pour «assurer la transition vers le nouvel ordre de l'après-coronavirus», et «préserver les principes de l’ordre libéral international». Pour faire face aux catastrophes, l'économiste algérien préconise une autre stratégie.

13 avril 2020

La planification des catastrophes à l’échelle internationale est rendue peu efficace par l’organisation des institutions mondiales. L’organisation, les ressources et l’autorité dont elles disposent sont nettement en dessous des espoirs placés en elles.

Les grandes puissances jalouses de leurs richesses veulent les vider de tout contenu stratégique pour les garder à des niveaux nationaux. La politique transcende la science, l’humanisme et l’efficacité. Face à cette situation, les différents pays ne peuvent compter que sur leurs propres moyens pour se protéger un tant soit peu des catastrophes de grandes ampleurs qui commencent à submerger le monde depuis le début des années deux milles.

Il ne s’agit pas d’éviter de coopérer avec les instances internationales ni de s’abstenir de profiter du peu d’appui qu’elles peuvent apporter mais seulement de mobiliser soi-même le maximum de moyens et de méthodes pour gérer au mieux ces problèmes potentiels.

Il ne faut point se voiler la face : les catastrophes naturelles iront crescendo. C’est ce que prédisent nos meilleurs spécialistes de la question. Ce n’est pas un hasard si ces calamités se multiplient au fur et à mesure que le temps progresse. Le dérèglement climatique en est la cause la plus importante. Mais il y a d’autres raisons également. Il n’y a pas de mécanisme d’autocorrection des phénomènes que nous observons. Nos meilleurs scientifiques font pour la plupart des prévisions en ce sens. Chaque pays a donc intérêt à développer sa propre stratégie de riposte en faisant jouer la coopération bilatérale dans la mesure du possible et en s’inspirant des meilleures pratiques en la matière. Ce n’est pas une perte de temps ou de ressources. Mais cela s’avère de plus en plus comme une activité utile, hautement stratégique et sans laquelle le pays s’expose à d’énormes risques.

Rétablir la planification par scénarios

Lorsque le COVID-19 ou Coronavirus atteignît la Chine on pensait que le pays disposait de tous les atouts pour s’en sortir rapidement. La tradition de planification économique, la discipline citoyenne et le niveau d’autorité des pouvoirs publics étaient des atouts pour venir à bout de cette menace. Mais rien n’y fait. Les tergiversations du début ont coûté cher à l’humanité. Plus tard on apprend que ce pays qui opérait économiquement par des plans quinquennaux n’avait aucun plan contre ce genre de risque. La planification du management des catastrophes était marginalement intégrée dans les préoccupations des pouvoirs publics. Il n’y avait donc aucun plan élaboré à l’avance ni au niveau national ou au niveau international pour juguler un tel désastre. Sans parler des types d’entraînements et de simulations que l’on fait parfois pour prévenir des incendies. Les menaces collectives terribles n’étaient donc pas intégrées dans les scénarii de planification des états nationaux qui ne sont pas parvenus à les localiser efficacement au niveau multilatéral.

La plupart des pays créent une sorte d’agence des risques majeurs. Elle est supposée préparer le pays à affronter des menaces de grandes ampleurs. Elle réalise des études et des simulations mineures sur les cas de risques comme les tremblements de terre. Le plus souvent elle est dotée de peu de moyens et localisée au milieu ou en bas de la hiérarchie gouvernementale. Elle est souvent anesthésiée par une bureaucratie qui étouffante. Elle prépare le pays rarement à un risque majeur comme un virus mortel, une sécheresse de longue durée avec exode massif des populations et autres. Certes, par le passé la probabilité d’occurrence de ces cataclysmes était trop faible pour lui consacrer les ressources nécessaires. Mais il apparaît de plus en plus que ce n’est plus le cas. Nous devons apprendre à vivre avec de plus en plus de calamités. Il faut donc revoir en profondeur l’organisation, les missions et les ressources mis à disposition de ce genre d’institutions. Nous ne pouvons plus faire comme si de rien n’a changé.

Revoir certaines priorités

Puisque nous n’avons pas su localiser la gestion des risques globaux au niveau international au moment où leur dimension s’amplifie, il faut bien que les états nationaux en prennent le relais. Toutefois il serait maintes fois plus efficace et moins coûteux de les localiser au sein d’institutions internationales dotées des ressources et de l’autorité appropriées. Mais on n’a jamais tout ce que l’on veut. Les nations ont intérêt à se réapproprier un nouveau type de planification. Le schéma change en fonction du type de risque. La première priorité serait de sauver des vies humaines. Les variables économiques du déficit budgétaires, balance des paiements et autres passent en second lieu. Les rôles doivent être définis à l’avance par des planificateurs chevronnés au fait des dernières connaissances scientifiques des meilleures pratiques mondiales. Les populations et les entités publiques et privées seront informées de leur rôle avant l’apparition du danger. Si nécessaire, des simulations et évaluations et des améliorations seront consacrées.

Les entreprises doivent être informées de leurs rôles et s’y préparer. Une PME d’habillement serait prévenue à l’avance qu’en cas de crise majeur elle produirait les pansements, les habilles anti-feu etc. Elle s’y prépare à l’avance ainsi que ses fournisseurs. Les ressources humaines de tous les secteurs peuvent faire du « multitasking ». Un ingénieur en informatique peut s’entraîner une semaine par an à être infirmier et être mobilisé si la situation l’exige.

L’économie se recentre sur ses activités essentielles : produire les biens et services de première nécessité en priorité. Lorsqu’une catastrophe généralisée touche l’ensemble des pays les hypothèses néoclassiques volent en éclat. Durant l’épidémie COVID-19 les pays ont refusé d’exporter des masques, des médicaments, des appareils médicaux. Durant des périodes difficiles des pays ont interdit de commercialiser des produits stratégiques comme le blé. Comment voulez-vous spécialiser entièrement une économie sur la base des avantages comparatifs ou relatifs ? Les politiques économiques doivent être orientées vers le sauvetage du tissu de PME/PMI par le report des taxes, des cotisations sociales et des crédits.

L’Etat peut payer une partie des salaires, reporter une part importante des dividendes, allouer les crédits de sorte qu’à la sortie de crise le tissu productif entre rapidement en opération et éviter que des milliers d’entreprises ne partent en faillite. La planification des catastrophes aura de beaux jours devant elle, mais pour le moment c’est une véritable catastrophe.

Source : El Watan

(1) L’APRES CORONAVIRUS IMPERIAL D'HENRY KISSINGER

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article