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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Nordine Grim, 16 avril 2020. Algérie-éco

photo DR

Après plusieurs années d’hésitation dont on a du mal à saisir les fondements, l’Algérie et l’Allemagne sont enfin parvenues à un accord visant à promouvoir le gigantesque projet Desertec, visant à faire de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient qui regorgent de soleil, d’énormes réservoirs d’énergies.

Il s’agit de fournir à l’Europe pas moins de 17% de ses besoins en énergie à partir de cette source inépuisable. Le même accord préliminaire avait été conclu avec le consortium « Desert Energy » en 2011 mais l’Algérie, sans doute poussée par la France à remettre en cause ce protocole, a perdu une fabuleuse occasion d’asseoir une industrie des énergies renouvelables pleines de promesses.

L’Algérie est en effet concernée en premier chef par ce méga projet du fait qu’elle dispose de la plus importante aire d’ensoleillement au monde, située dans son immense désert. Les 400 milliards d’Euros alloués à ce projet ne pouvaient que susciter son intérêt notamment en cette année 2010 où les experts recommandaient d’aller très vite vers les énergies propres en raison de la pression des écologistes qui attiraient de plus en plus bruyamment l’attention de leurs gouvernements sur l’ampleur des dégâts causés à la planète par les énergies fossiles.

Le gouvernement algérien avait en effet été approché dès le début de l’année 2010, par le gouvernement allemand qui chapeaute le projet mais, pour des raisons géostratégiques, certains pays d’Europe riverains de l’Algérie (France, Espagne et Italie) ont tout fait pour torpiller cet immense investissement énergétique que l’Allemagne avait décidé de réaliser sans eux, sans même les consulter. L’Allemagne appuyée par la puissante Deutsch Bank a effectivement pris cette initiative seule, sans même prendre la peine d’informer ses voisins européens, lisait-on dans certains journaux français de cette époque. Ces pays au premier desquels la France, exigeaient un minimum de considération, ne serait-ce que du fait  que les câbles de transport d’énergie (sous forme d’électricité) devaient nécessairement passer par leurs territoires avant d’aboutir en Allemagne (Pyrénées notamment). On se souvient que le président Nicolas Sarkozy avait fait un voyage express en Algérie pour convaincre son homologue Abdelaziz Bouteflika de ne pas s’associer au projet. Ce qu’il obtient au détriment des intérêts de notre pays.

La centrale solaire Noor au Maroc. Photo DR

Plus pragmatiques, le Maroc et la Tunisie saisiront l’occasion de cet opportun retrait de l’Algérie pour tenter l’aventure Désertec. Ce geste politique fort leur permettra de construire aux frais de Désertec d’énormes infrastructures liées à l’énergie solaire et, pour le cas du Maroc, de se faire un nom dans le domaine en tant que leader mondial des énergies renouvelables. Le gouvernement Marocain a en effet tiré profit de cette collaboration à forte retombée écologique, en offrant à son pays la plus grosse installation d’énergie photovoltaïque au monde. Le prestige du Maroc était si grand, qu’on lui permit même d’organiser, en novembre 2016 à Marrakech, la COP 22 qui rassembla pratiquement tous les chefs d’États du monde ayant adhéré au pacte de sauvegarde de la planète.

Contrainte de faire cavalier seule, l’Algérie n’a évidemment pas fait un long chemin dans le domaine de l’énergie solaire pourtant à sa portée. Elle s’est même retrouvée à la traîne par rapport aux pays du bassin méditerranéen qui ont réalisé, seuls ou en collaboration avec d’autres nations, de grandes avancées en la matière. Les réalisations algériennes se résument à quelques infrastructures de production d’énergie photovoltaïque (Ain Salah et Adrar) qui ne suffisent même à couvrir les besoins d’une ville comme Ouargla et une production encore dérisoire de panneaux solaires en grande partie fabriqués par la Sonelgaz.

Le projet de renouer avec Désertec a-t-il des chances d’aboutir cette fois ? Les considérations géostratégiques qui restent les mêmes que par le passé (La France y est toujours opposée), ne risquent elle pas de torpiller cette fois encore cet accord qui n’en est qu’au stade préliminaire? Tout est possible et le gouvernement algérien semble le craindre et c’est sans doute pourquoi, il a préféré miser sur le pétrole et gaz de schistes, en dépit de la controverse qu’il suscite.

Source : Algérie-Eco

 

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