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Publié par Saoudi Abdelaziz

« A Djidjelli, la première commotion s’est manifestée brusquement le 21 août 1856 à 9h 35 du soir. Elle fut accompagnée d’un bruit souterrain. Le sol cédant à un mouvement de tangage fut agité dans toutes les directions.

Les maisons oscillaient comme un navire sur une mer agitée, on vit tomber les enduits intérieurs et extérieurs des murs, en même temps, qu’on entendait craquer la charpente des planchers et des???. (illisible) Le bruit fut bientôt dominé par un fort roulement occasionne par la chute des cheminées, par celle des lucarnes, par les tuiles qui arrivèrent à terre successivement et par le renversement de plusieurs pans de murs.

Pendant ces secousses qui durèrent que quelques secondes, on distingua un bruit sourd pareil à celui du vent qui s’engouffre dans un autre profond. Le ciel quoique voilé était sans orage, la mer calme un instant se retira vivement du rivage et laissa pendant quelques moments une partie du port à sec.

La terreur était grande, la population fuyait partout, les chiens hurlaient, les chevaux étaient tremblants et tous les animaux domestiques poussaient des cris d’effroi. La nature tout entière semblait participer à l’étrange phénomène qui secouait le sol que dans ses entrailles. Vingt minutes après de nouvelles secousses se firent sentir, elles étaient plus faibles que la première. Pendant toute la nuit du 21 jusqu’au lendemain matin, la terre était ébranlée par des tressaillements lointains, on compte plus de 10 secousses dans cet intervalle de temps. Le 22 a 11h 45 du matin de nouvelles commotions se firent sentir vigoureusement, c’étaient des oscillations horizontales et verticales suivies de tournoiements saccades qui finirent par ébranler et renverser les constructions les plus solidement établies. Dans quelques secondes tout ou presque tout était détruit dans la ville et en dehors. Le sol était sillonné par de larges crevasses parallèles au rivage.

Les criques étaient mises à sec et successivement remplies par les eaux. Le flux de la mer avait alors une très grande force d’impulsion que la lame qui ne franchit jamais l’embouchure des rivières sur cette côte, remonta leur lit à plus d’un kilomètre. Enfin les sources furent taries pendant quelques jours. Le lendemain 23 août et les jours suivants, on éprouva l’effet de véritables explosions de chocs réitérés qui paraissaient faire rependre au sol son équilibre stable. Le 2 septembre cependant, la commotion fut si forte, à 3h du soir, que plusieurs pans de murs furent renversés. [....]

Chez les Beni Foughal et chez les Beni Ezzedine, le sol fut crevassé par des fentes de 15 à 20 cm de largeur. Sur les bords escarpés des rivières dans les Babors, il y eut des éboulements considérables de terrains. Au col de Texenna où nous avions un camp de travailleurs, les tentes furent vivement ébranlées. Les cours d’eau dans le voisinage de Djidjelli à sec dans cette saison grossirent rapidement et offrirent une eau abondante.

Les dommages causés à Djidjelli par le désastre sont évalués à 3.500.000 francs. Toutes les maisons particulières, les casernes, la prison, le quartier de la cavalerie et les édifices publics civils sont détruits ou complètement inhabitables. L’hôpital, les 2 bâtiments de campement et des mines sont seuls susceptibles d’être consolidés et réparés. Le reste ne forme plus qu’un amas de ruines. Les constructions les plus maltraitées par les commotions sont celles qui se trouvaient les plus rapprochées du continent et celles qui étaient situées sur cette langue de terre composée d’argile et de schiste qui rattache la presqu’ile à la plage. Les bâtiments de l’hôpital et ceux du campement, les plus épargnés sont en effet tous bâtis sur la portion la plus avancée de la presqu’ile, sur ce banc de grès qui s’étend de l’ouest à l’est dans la direction du rocher du Phare ».

Source : Le rapport du Capitaine du Génie en Chef signé Schoenagel, 1er décembre 1856. Document du Génie militaire de la Direction de Constantine, Place de Djidjelli.

Le Nouveau Djijdjelli

« En 1856, un violent tremblement de terre jeta à bas les édifices de Djidjelli et ouvrit une ère nouvelle dans l’histoire de ce vieux centre urbain. Limité jusque-là à une presqu’ile de dimensions réduites, il s’étala dès lors pour renaitre sur une zone de jardins qui couvrait vers l’est la portion du littoral comprise entre la mer et les premiers contreforts de collines toutes proches. Sans cesser d’être maritime, de quasi insulaire il devint continental. La presqu’ile où avant la catastrophe s’était concentrée la vie de la cité ne fut pas abandonnée, mais les reconstructions qu’on y entreprit se limitèrent à des bâtiments publics, en majorité de caractère militaire.

Ce qui avait été le berceau du premier Djidjelli ne fut plus que le quartier administratif, ou même proprement la citadelle du nouveau. Sur le passé de la ville close, reliée au continent par une étroite langue de terre, les informations dont nous disposons sont maigres, et mêmes il est des siècles pour lesquels nous ne disposons d’aucune. Ce que disent de Djidjelli les géographes médiévaux et les voyageurs modernes ne dépasse pas dans l’ensemble le niveau de généralités imprécises. Rien à peu près n’y renseigne sur l’origine des éléments qui en composaient la population, ni sur leur genre de vie, ni sur l’organisation sociale qui donnait un cadre à leur comportement quotidien. La tradition orale ne permet de remonter qu’a un passé proche et ne fournit sur lui que des données lacunaires [....] L’afflux a provoqué de dix en dix ans un accroissement notable de la population. Si rien ne nous renseigne sur ce qui fut la vie quotidienne dans l’ancien Djidjelli, rien non plus dans la ville neuve ne reproduit l’ordonnance et l’aspect traditionnels des vieilles cités musulmanes de l’Afrique du Nord.

Construits d’après les plans du génie militaire en 1857, les édifices sont tous de type européen. Des rues larges et droites, aux angles nets, séparent les pâtés de maisons, généralement limitées à un rez-de-chaussée, parfois pourvues en outre d’un ou deux étages. Nul quartier n’a d’affectation spéciale: dans tous on habite, on vend, on fabrique, on exerce de menus métiers. Les marchés se tiennent sur de grandes places. S’il faut chercher des centres à l’agglomération urbaine, on en retrouvera un, semble-t-il, dans les abords de la mosquée, et un autre, récent mais fort animé, auprès de la gare des autobus. Seul le vieux cimetière de la Vigie, où s’élève le tombeau du Saint Patron de Djidjelli Sidi Ahmed Amokrane, conserve dans cette ville, peut être vieillie de trente siècles, mais dont le passé nous est presque totalement indiscernable, le témoin d’une tradition remontant à des jours anciens. La catastrophe de 1856 obligea le citadin de Djidjelli à s’accommoder d’un nouvel habitat. Une telle rupture avec le passé est de l’ordre matériel mais le dépasse. Elle entraine immanquablement des modifications dans les pratiques de la vie de chaque jour et ébranle, en certaines parties, l’édifice des règles sociales.

Source : Textes Arabes de Djidjelli, Publ. Fac. Lettres d’Alger, XXVI (1959).

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