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Publié par Saoudi Abdelaziz

Après avoir analysé la manière dont la pandémie a mis à l’épreuve les systèmes en vigueur dans les différentes régions du monde et dans notre pays, l’économiste algérois appelle notre pays à  « rompre avec la démarche économique libérale et ses pratiques mafieuses et de corruption, en cours depuis une trentaine d’années » dans notre pays.

21 avril 2020
 

Photo DR

(...) Quels enseignements tirer, d’ores et déjà, de cette crise, pour notre pays ? Aujourd’hui, le traitement de la situation concrète inédite créée par cette épidémie meurtrière galopante exige des politiques conséquentes à la hauteur de la menace et des défis immenses qu’elle impose.
 

 

Il ne s’agit pas, en effet, d’imaginer une démarche sous la forme d’une myriade de décisions de court terme, qui ne s’attaquerait qu’à des aspects partiels, voire isolés.
La réorientation d’envergure, requise et nécessaire, ne peut aller sans les ruptures fondamentales à opérer et ne peut passer à côté de la question des choix stratégiques à adopter. Il devient incontournable de démanteler les mécanismes et les institutions des politiques anti-nationales qui ont sacrifié les services publics aux appétits des classes parasitaires et prédatrices et érigé le tag 3ala men tag capitaliste en règle d’or des rapports sociaux. 
C’est un impératif de salut national, car leur maintien et leur reconduction, dans le contexte de la pandémie, va, inéluctablement, enfoncer le pays dans une nouvelle crise aux conséquences politiques, économiques et sociales incalculables.
Il devient plus que jamais urgent de renouer avec l’ambition nationale de développement de grandes capacités industrielles, scientifiques et technologiques et de redonner à l’États national ses instruments de planification, de régulation et d’intervention. Le marché est incapable de penser l’industrie de son propre mouvement de lui-même et de le penser dans une perspective d’émancipation nationale. La volonté politique est nécessaire.
Planification à long terme, politiques de développement qui se définissent d’abord au niveau national et où l’États y a un rôle essentiel à jouer, investissements publics, croissance et développement durables, renforcement des entreprises publiques doivent être remis à l’honneur.
L’enjeu essentiel est de passer d’une économie dominée par un secteur extraverti, technologiquement enclavé, tributaire, de surcroît, des fluctuations de la conjoncture pétrolière internationale, coexistant avec des activités faiblement productives, où les possibilités d’évolution technologique et de gains de valeur ajoutée sont limitées, vers une économie enracinée, entraînée par des activités fortement productives, offrant de meilleures perspectives d’absorption productive d’une main-d’œuvre instruite et qualifiée, nombreuse et de plus en plus féminine et des possibilités d’innovation et d’accroissement de la valeur ajoutée.
Une économie basée sur l’effort endogène d’innovation technique, économique, managériale, institutionnelle, sociale. La vérité, souvent oubliée, comme le relevait déjà pertinemment le rapport de l’Onudi.

Dans quel monde vivrons-nous après la pandémie ? On efface tout et on recommence ?

Bien que l’incertitude la plus grande pèse sur la durée du confinement et sur la fin de la pandémie, le monde s’interroge sur l’après. Un «changement de modèle» s’impose-t-il au sortir de cette crise ? Le Covid-19 sonnera-t-il la fin du capitalisme, un système disqualifié par son incapacité à prévoir et à répondre à la crise sanitaire ? Se dirige-t-on vers un nouveau système? Se dirige-t-on vers un renforcement de la coopération internationale ou la fermeture sur les frontières nationales ?… La formule de la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale est une fausse comparaison. L’économie mondiale d’aujourd’hui est intacte alors qu’elle a été ravagée physiquement et matériellement en 1945.
Coronavirus oblige, certains États capitalistes ont dû concéder des reculs sur les dogmes. L'Espagne nationalise tous les hôpitaux et fournisseurs de soins de santé. Partisan pur et dur du «laissez-faire le marché», le président français Emmanuel Macron s‘amende : «Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, déclara-t-il dans un discours le 12 mars dernier, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre États-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond, à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle...» Il vante les mérites des services publics, va-t-il remettre en cause les lois qu’il a fait voter et qui en ont organisé la casse ?


Plus rien ne sera comme avant, vraiment ?

On se souvient qu’en 2008, on avait pensé, dans le monde, que l’heure des comptes à régler avec 30 ans de règne du néolibéralisme avait sonné. Le discrédit du bréviaire néolibéral était, alors, à son paroxysme. Et pour cause, il a fait basculer le monde dans une récession globale, la première depuis la Seconde Guerre mondiale. L’ampleur du désastre provoqué par la finance capitaliste affranchie de sa laisse s’étalait au grand jour. En 2009, les États-Unis, ennemis jurés de toute immixtion de l’États dans l’économie, surmontant leur aversion séculaire, découvrent soudainement les vertus de l’États-providence. Des Républicains purs et durs appellent à nationaliser des titans de la finance tombés en faillite. A la veille de céder le bureau ovale de la Maison-Blanche à Barack Obama, George W. Bush junior, porte-drapeau arrogant et belliqueux de l’ultra-libéralisme, implore le Sénat américain de soutenir le plan Paulson qui donne carte blanche au gouvernement américain pour sauver Wall Street, ce temple mondial du capitalisme, menacé d’effondrement. «A l’encontre de mon instinct naturel qui est de m’opposer à une intervention du gouvernement et de laisser les entreprises qui prennent les mauvaises décisions s’éteindre», s’était-il empressé d’ajouter. Lui emboîtant le pas, crise oblige, les gouvernements occidentaux volent au secours de l’économie de marché. La Grande-Bretagne, patrie de la City londonienne, nationalise, sans complexes, des banques en perdition, pendant qu’en Allemagne, la chancelière Angela Merkel adopte, certes, à son corps défendant, un plan de relance et que se multiplient, dans le désordre, les interventions publiques dans les économies de l’Euroland. Les détenteurs des instruments de politique économique en usent à leur guise. Sans état d’âme.
Exit l’orthodoxie budgétaire, fiscale et monétaire. L’appel au retour salvateur de l’États est unanime. Il reçoit la caution scientifique de Nobel de l’économie, Joseph Stieglitz (2001), Paul Samuelson (1970), Paul Krugman (2008). On redécouvre des économistes remisés au placard, pour cause de «péremption» comme Keynes ou son disciple Hyman Minsky, et même Marx et Samir Amin redeviennent fréquentables ! «A présent, nous sommes tous des Keynésiens», proclame l’éditorialiste économique du Financial Times et du journal Le Monde, Martin Wolf, tandis que le chroniqueur de Newsweek, Jonathan Alter, renchérit : «Nous sommes tous socialistes maintenant.»
Mais la parenthèse va être de courte durée. Une fois passée la frayeur de l’effondrement de titans de la finance capitaliste mondiale, on revient au «busines as usual». Trois ans après l’éclatement de la crise «qui a fortement mis en lumière les écueils, limites et dangers ainsi que les responsabilités de la pensée économique dominante en matière économique»(3), le logiciel «néolibéral» était remis en marche, de plus belle, malgré ses échecs patents.

Tout changer pour que rien ne change

Alors, va-t-on revenir, une fois de plus, encore, au «business as usual», comme s’il n’y avait pas eu la leçon de la pandémie ? Ce serait tout à fait conforme à l’inclination naturelle du capital. Car il n’est pas dans la nature du capitalisme de remettre en question ce qui fait sa raison d’être : le profit. La bourgeoisie, ses médias et ses élites préparent déjà les esprits aux nouveaux sacrifices qui vont être demandés aux peuples pour «sauver l’économie». Aujourd’hui, patrons, banquiers, élites libérales et gouvernantes concoctent déjà la note salée à présenter aux travailleurs et aux peuples pour panser les blessures économiques de la pandémie et lui redonner du sang neuf : allongement de la durée du travail, suppression des congés, baisse des salaires, mises au chômage, etc.
L’objectif majeur du capital c’est de repartir avec le maximum de moyens à sa disposition dans la course au profit. Il devra se placer dans la concurrence mondiale capitaliste, pour la conquête des marchés, pour trouver de nouvelles sources de profits. La concurrence capitaliste mondiale sera féroce. Il aura besoin de se donner les moyens d’exploiter plus encore les travailleurs, pour cela de remettre en cause les acquis sociaux de haute lutte.
Le capitalisme, système par essence prédateur des forces humaine et de la nature, s’approche, certes, de sa gare terminus, mais il faut le pousser pour qu’il se presse à la rejoindre.

Texte intégral : Covid 19, des constats et des enseignements.

 Le Soir d’Algérie

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