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Publié par Saoudi Abdelaziz

La hirakologie aura du pain sur la planche avec les démonstrations massives du 56è vendredi. Les observateurs s'attendaient à une forte abstention compte tenu du nombre et de la diversité des appels dans ce sens. Quels sont les ressorts qui ont conduit les Algériens d'aller à la rencontre les uns des autres, à l'heure où les décideurs mondiaux et les médias décrètent le repli sur soi peureux. L'intelligibilité de cette nouvelle démonstration est évidente, le courage populaire est désormais irréversible, le pouvoir a été invité hier à ne pas l'oublier.

 

Propos sur le vif de participants aux marches.

« Le hirac manifeste pour la 56 eme fois malgré la sérieuse menace du Covid-19 qui plane sur l'Algérie. Les hirakistes sont donc inconscients, immatures, dangereux, irréfléchis, inconséquents, insensés, déraisonnables, fous, imprudents, mabouls, irresponsables, ignorants, viscéraux...oui mais c'est qu'ils sont accrocs au hirac. Il y a chez eux une sourde peur que leur hirac s'interrompe ou se casse. Face au Corona virus ils auraient pu infléchir la contestation par imposer un négatif des manifs comme se retirer suivant un mot d'ordre qui aurait été aussi un signe de force.
Mais le hirac est là mu par son instinct. Méfiant et soupçonneux Il continue à investir la rue. Et il a certainement raison".
Achour Mihoubi (architecte)

Inconscience ?

"A Constantine aujourd'hui, les gens n'ont pas tenu compte de cet avis et ils sont sortis, comme dans d'autres villes, peut-être moins nombreux, mais en tous les cas les rassemblements montrent une vraie mobilisation.
Comment interpréter cela ? Est-ce de l’inconscience populaire ? Ou au contraire une vraie conscience, tragique sans doute, mais réelle embrassant parfaitement les enjeux politiques de l’heure ? Depuis longtemps le pouvoir a cherché à stopper les marches même en usant de manœuvres ordurières. Il n'y est pas parvenu. Tout le monde avait conscience qu'il allait surfer sur la vague de la pandémie pour imposer l’arrêt des regroupements populaires. Il ne l’a pas dit ouvertement, mais laissé entendre par ses ministres, une éventualité pas du tout à écarter.

Or voilà que des journalistes, des universitaires se pressent en première ligne pour appeler à faire preuve de sagesse pandémie oblige ! Ces bons conseilleurs n'ont pas suggéré de trouver de nouvelles formes de luttes pour maintenir vivante la mobilisation tout en l'adaptant à la conjoncture, non ils appellent à abandonner les places publiques ! " Hosni Kitouni (historien) 13 mars

« Le ‘‘virus’’ du hirak est plus fort »

"On pouvait remarquer d’emblée hier que, contrairement aux éléments de la police, l’écrasante majorité des manifestants n’avait pas de masque protecteur. Nous avons noté cependant que beaucoup se saluaient sobrement, évitant les effusions tactiles. (...) La productrice Amina Haddad, figure de proue du hirak algérois, a posté ce message sur sa page Facebook où elle fait subtilement la part des choses. Elle écrit : « Moi, Amina Haddad, maman et citoyenne responsable, en bonne santé, déclare, en mon âme et conscience, rejoindre la manifestation du vendredi et du samedi en prenant toutes les précautions sanitaires. Notre lutte continue et rien ne saura l’affaiblir !» Et elle était là, fidèle au poste, hissant cette pancarte : « Attachés au serment de la Révolution. Et dans le hirak nous resterons. Mon immunité, c’est ma détermination.» Une manifestante nous dit pour sa part : « J’étais tentée de ne pas sortir mais le ‘‘virus’’ du hirak est plus fort. » Mustapha Benfodil (journaliste écrivain) 14 mars

Rebond

"Le hirak a un socle durable qui fait qu'il peut rebondir à n'importe quel moment. Qu'on suspend ou qu'on continue, le hirak c'est du béton et une identification collective qu'aucun virus ne peut annihiler.

Le risque d'une évolution très rapide de l'épidémie vu l'état de la sante publique, les maneuvres diaboliques du pouvoir anti-hirak et aussi l'insouciance de la population, exigent de nous de prendre des précautions sévères mais avec des mesures simples.

On peut organiser les marches avec un dispositif de prévention exceptionnel et concret qui peut être applicable. Le handicap est le déficit d'organisation, l'absence d'auto-organisation et la difficulté d'instaurer une discipline collective sévère. Le combat politique n'est pas une histoire d'émotion mais d'organisation.

Organisons notre riposte au coronavirus par nous-mêmes en s'y mettant sérieusement et concrètement pour protéger nos marches. Si les choses se détériorent, une mise entre parenthèse du hirak n'est pas impossible en sachant qu'on peut y revenir à n'importe quel moment. Continuons à revendiquer le départ du système et une transition démocratique qui porte les germes d'une émancipation sociale des algériennes et Algériens". Abderezak Adel (enseignant) 14 mars

 

« Il faut arrêter les marches et les rassemblements".

"La pandémie du coronavirus est sérieuse. Même si la parole officielle en Algérie est totalement discréditée aux yeux de nombreux citoyens, nous disposons de suffisamment d’informations en provenance de la très respectable organisation mondiale de la santé pour comprendre que nous sommes devant un risque majeur.

Mettre fin aux marches n’est pas une défaite, ce n’est pas concéder une victoire du pouvoir sur le Hirak, loin s’en faut. Beaucoup l’ont dit et écrit et on ne peut que le répéter: le Hirak a déjà gagné l’essentiel en mettant à nu, grâce à son insurrection pacifique et intelligente, la monstrueuse corruption du régime et de ses hommes. Ce régime ne peut plus se prévaloir désormais du patriotisme pour durer, les Algériens ont mis en route, sans rien casser et avec une énergie créative remarquable, le processus du changement. (…) C’est parce que le Hirak nous a rendu meilleurs, plus intelligents et plus responsables que nous devons le décider : les marches et les rassemblements doivent être suspendus. Vainquons nos colères car nous-nous aimons. Nous serons encore meilleurs et plus forts pour les batailles qui viennent".Saïd Djaafer (journaliste) 14 mars

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