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Publié par Saoudi Abdelaziz

Que nous révèle cette épidémie ?

Par Farid Chaoui, 29 mars 2020

L’épidémie du coronavirus souligne, chaque jour d’avantage, la complexité de l’échelle décisionnelle dans d’un système de santé et sa fragilité face au choc d’une pandémie de cette ampleur et de cette gravité.

 

 

Le déchaînement des médias sociaux, portés au firmament de l’écoute par le confinement, crée une épidémie encore plus dévastatrice que celle du Covid-19 : celle des fake news ! Interrogé par beaucoup de mes amis sur ce flot interrompu «d’infos crédibles» sur la maladie ou son traitement, je vais répondre par cette réflexion.

Il y a deux aspects, à mon avis, dans nos interrogations, le premier est social et moral : doit-on, oui ou non, une fois pour toutes, et c’est notre responsabilité à tous, se battre pour promouvoir un système de santé bâti sur les principes fondateurs du service public : l’universalité, l’accessibilité, la solidarité et l’équité ? Si oui, comment traduire dans la réalité ces principes, qui sans moyens (en particulier financiers) et sans règles acceptées par tous ont toutes les chances de rester des vœux pieux ?

Depuis 30 années de politiques néolibérales, les systèmes de santé publique dans le monde occidental n’ont pas cessé d’être victimes des restrictions de toutes sortes au prétexte d’en réduire les coûts. La crise actuelle en démontre les conséquences catastrophiques et amène, un Président, ancien banquier et chantre du néolibéralisme, reconnaître sans sourciller.

«Que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence, ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe.» (E. Macron, discours du 12 mars). Hallucinant !

Notre situation est à tout point comparable même si les politiques libérales généralisées depuis la chute du mur de Berlin et la mondialisation, nous les avons plus subies que produites.

Le deuxième problème est celui de l’influence considérable de l’industrie pharmaceutique sur le fonctionnement des systèmes de santé, au Nord comme au Sud.

Car il faut savoir que de telles crises sanitaires sont une vraie aubaine pour ces grands groupes qui entrent dans une concurrence sauvage pour la mise sur le marché de la molécule miracle ou du vaccin qui va faire exploser leurs chiffres d’affaires. C’est aussi cynique que ça ! Or pour ces industries, cette course concerne des molécules antivirales qui coûtent cher (et donc rapportent beaucoup) et le vaccin.

Et voilà des travaux d’experts chinois, oui vous avez bien lu chinois, relayés par un médecin marseillais peu orthodoxe et un peu provocateur, qui affirment : vous pouvez arrêter vos calculs, nous avons déterré une veille molécule tombée depuis belle lurette dans le domaine public, facile à produire à bas prix, qui marche bien dans le traitement de cette infection virale!

La réaction ne s’est pas fait attendre : les grands manitous de la science US et européenne se déchaînent contre cette proposition thérapeutique, et haro sur le baudet, il faut détruire (sans vérifier) ces affirmations «fantaisistes» provenant de Chine.

En fait, sous le prétexte que seule une étude contrôlée menée, bien sûr, dans les pays sérieux comme les USA, peut répondre à la question de l’efficacité de l’hydroxychloroquine, l’Occident cache mal son malaise face à l’émergence de la science chinoise.

Peu de gens savent, en effet, que pour la première fois dans l’histoire, en 2019, la Chine a dépassé les USA en nombre de publications scientifiques indexées !

Ce que probablement ignore aussi l’OMS qui en rajoute une couche en s’élevant contre l’usage humain d’un médicament qui n’a pas encore fait sa preuve d’efficacité.

Je ne sais pas personnellement si le plaquenil* est efficace et à quel degré dans cette maladie, néanmoins on peut facilement rétorquer à l’OMS, qui n’est pas à sa première complicité avec l’industrie pharmaceutique (se rappeler le scandale du vaccin contre la grippe H5N1), que l’hydroxychloroquine est un produit qui est prescrit à grande échelle dans le monde pour différentes pathologies depuis près d’un siècle et que s’il n’a pas fait sa démonstration d’efficience dans le traitement des virus, cette molécule est bien tolérée, avec peu d’effets secondaires et surtout… tombée dans le domaine public, donc généricable à bas prix.

Aux grands «experts mondiaux» (qui sont bien sûr totalement étrangers aux intérêts de l’industrie pharmaceutique !), qui préconisent d’évaluer l’efficacité du médicament par un travail prospectif randomisé avant toute prescription, on peut répondre qu’une telle étude, bien modélisée et menée sur un nombre suffisant de malades, prendrait au minimum, pour aboutir à un résultat exploitable, 18 à 24 mois.

Alors si on revenait un peu sur Terre ? Une Terre bien mal en point, il faut l’admettre!

La grande question aujourd’hui est qu’une fois cette épidémie éteinte, avec ou sans plaquenil, et ces polémiques enterrées, les responsables politiques, dans le Nord ou ici, dans le tiers-monde, accepteront-ils de reconsidérer leurs réformes néolibérales et admettre une fois pour toutes qu’un système de santé n’est pas une entreprise soumise aux lois du marché, mais un système de valeurs sociales et humaines dont l’impact sur l’économie d’un pays est considérable en termes de progrès social et de cohésion de la société.

A ce titre, il me semble essentiel pour demain de trouver enfin les instruments de mesure, autres que le % du PIB, la dépense globale de santé ou les indices de mortalité/morbidité, qui établiront plus clairement l’importance des politiques sanitaires sur le développement harmonieux d’une nation. C’est un appel à nos chercheurs !

Au moment où l’on parle de IIe République et de nouvelle Constitution, voilà un événement-choc qui met tout parterre et nous incite à plus d’humilité et plus de réflexion certes sur notre présent, dominé par la peur et l’impuissance, mais aussi sur l’avenir des générations futures, dont nous serons comptables.

Et c’est bien plus profond qu’une équation se réduisant au prix du baril de pétrole versus celui des calories importées pour nous nourrir !

Aujourd’hui hélas, nous sommes encore plus démunis face à notre avenir que vis-à-vis de cette tempête virale que nous regardons comme le ciel qui va nous tomber sur la tête.  

Source : El Watan

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