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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le journaliste Zoheir Aberkane du quotidien Reporters a été licencié. Après une période de récréation, assiste-t-on au retour de anepisation des journaux dits indépendants, dont les lignes éditoriales seront de nouveau soumises au droit de regard du pouvoir via les pourvoyeurs de pub de l'agence publique ANEP?

Zoheir Aberkane  assurait la couverture des marches et initiatives du Hirak pour le compte du quotidien Reporters et alimentait en même temps les réseaux sociaux. Il est d'ailleurs présent ce matin sur le terrain et sur ... Facebook.

"Pour sentir le goût des marches  du vendredi et du mardi à Alger centre, le sympathisant lointain du Hirak regarde toujours les débuts de rassemblement postés par Zoheir Aberkane sur Facebook". C'est ce que nous écrivions 8 janvier dernier sous le titre Zoheïr Aberkane, un reporter  intime du Hirak. En ajoutant : "C'est aussi, chaque lendemain de Selmya, par l'article qu'il publiera dans le Quotidien Reporters que je commence habituellement ma revue de presse." C'est fini. Ses comptes rendus du hirak déplaise à l'ANEP qui dès septembre a commencé les représailles. La direction de quotidien Reporters a finalement mis fin au contrat du journaliste. Il raconte  de quelle manière on l'a mis à la porte.

L’impossible salaire

Par Zoheïr Aberkane

Il est 15h41. Je suis en plein dans la rédaction de mon papier sur le Hirak estudiantin de ce mardi, quand un message laconique sur ma messagerie facebook m’annonce que j’ai rendez-vous le lendemain avec madame Narima Akouche, directrice de la publication de Reporters : « Bonsoir sayeh je dois te voir demain en.fin de matinée . Merci. Mme.akouche » (sic)

Je continue à concocter mon papier pendant que je visionne photos et vidéos, qui sont autant de repères pour le fil de mon histoire. Entre deux paragraphes, j’en parle avec Nordine Azzouz en lui montrant le message. « Tu es au courant de ça ? » lui dis-je.

« Non, pas du tout ! » me rétorque-t-il, d’un air étonné.

Pour la petite histoire, Nordine Azzouz, directeur de la rédaction et journaliste talentueux, est un ami de près de 30 ans. C’est par sa « faute » que je me suis retrouvé à Reporters. Je n’ai jamais eu de problèmes de « censure » avec lui, dans la mesure où le plus souvent, si une phrase ou une tournure posait problème, nous en discutions et arrivions le plus souvent à un « comme promis », tel qu’envisagé lors de ma venue au journal. Sauf que depuis le début de l’été, il semble que les « associés » majoritaires aient repris progressivement la main sur la ligne éditoriale du journal. Ils sont quatre associés : Narima Akouche, Yasmina L., Reda D. et Nordine Azzouz, en position minoritaire. Yasmina et Reda ont la mainmise sur tout le flux des articles, l’une au secrétariat de rédaction, l’autre à la direction technique, au montage PAO. Autant dire deux instruments majeurs de contrôle et de censure. J’y reviendrai.

Dans le bureau d’en face, Yasmina, a qui je pose aussi la question, semble ne pas savoir… Je la sentais venir cette entrevue d’autant plus que depuis pratiquement plus d’un mois, Narima Akouche me boudait et m’évitait systématiquement. En un mois, depuis mon interpellation le 17 janvier, à peine si nous avions échangé quelques salamalecs et deux ou trois propos sur les vertus des plantes médicinales.

De retour dans le bureau de Nordine, j’anticipe mon post sur facebook et je lui lance : « Donc le jour où la police me rend mon portable, je me fais virer de Reporters ». J’en fais part aussi à Khaled Drareni et à Lila Zaïmi, seule consœur authentique, avec Nordine, dans un journal sur lequel je ne me fais plus d’illusions. Plus d’illusion non plus sur mon sort. Une entrevue inopinée, la fin du mois…Mercredi, je me pointe plus tard que prévu, occupé à couvrir un sit-in d’étudiants devant la fac centrale. Narima est dans son bureau, au téléphone, avec certainement une correspondante quelque part, à propos du coronavirus, d’ailleurs il fera la Une de l’édition du lendemain… Dès qu’elle raccroche, je demande si je peux la voir. Oui.

Elle me demande de fermer la porte. C’est ce que je fis tout en lui lançant : « je présume que cette invitation à discuter aux allures de convocation, n’est sûrement pas pour me signifier une augmentation, d’autant plus que depuis quelques temps vous semblez bien me bouder, ? » « Non, non, dit-elle, c’est plutôt la situation dans laquelle je suis que je boude… »

- « Quoiqu’il en soit, ne tournons pas autour du pot et allons droit au but ! De quoi s’agit-il ? »
- « Il s’agit de… que… en raison des charges et de l’absence de pub, je ne pourrais plus te payer… »
- « Je crois qu’il faut trouver mieux que ça comme argument, vous et moi savons que ce n’est pas là, la vraie raison ! »

 

Et… savez-vous ce que Narima Akouche ne peut plus me payer comme salaire ?

30 000 DA !

Un journal incapable de payer ce montant là est en faillite aggravée…Mais d’abord, laissez-moi vous raconter l’histoire de ces 30 000 DA. Ce salaire de misère.

Quand j’ai négocié ma collaboration avec Reporters, Narima m’avait demandé qu’elles étaient mes prétentions salariales ? J’avais répondu 70 000 DA. Elle m’en a proposé 50 000 DA. Puis nous nous sommes entendus sur un juste milieu, 60 000 DA. Avec dix articles en moyenne par mois. J’en faisais le double, sans exiger plus. Je devais pour cela, signer un contrat qu’elle ne me présentera jamais. Sur le plan financier, tout allé pour le mieux jusqu’à fin septembre 2019. Exactement le samedi 28 septembre où elle m’appela pour me demander de venir la voir et que c’était important.

Elle me fit comprendre que l’Anep venait de l’amputer d’une page entière de publicité et que la raison en était mes articles sur le Hirak « qui, d’ailleurs, dit-elle, ne mérite pas autant de signes, il faut réduire la couverture et s’en tenir à l’information essentielle…»

Le mois d’après, elle annonce une réduction des salaires et même un plan de compression du personnel où elle s’attaque en premier à deux journalistes, deux jeunes filles qui font leurs premiers pas dans la presse depuis un peu plus d’un an seulement. Elle leur signifie leur licenciement les forçant presque à partir.

Une procédure contraire à la règlementation. Heureusement pour elles, une virée à l’inspection du travail leur fit ouvrir les yeux et qu’en aucun cas, cela ne peut se passer de la sorte. Acculée, Narima Akouche se ravisa, allant jusqu’à jurer ses grands dieux qu’elle n’a jamais voulu les licencier. Elle continuera néanmoins à les payer 20 000 DA/mois. Et elle réussira, par un tour de pleurnicheries, à faire baisser les salaires de tout le monde dès le mois d’octobre. Des ponctions de 10 000 à 15 000 DA, sauf pour ma part où j’ai perdu 50% de mon salaire. « Vous savez, 30 000 DA, c’est une insulte à mon intelligence ! » lui dis-je.

Je pouvais comprendre que le journal traversait une mauvaise passe et qu’il nous fallait faire des sacrifices… J’y ai longuement réfléchi. J’ai pensé donner ma démission, puis j’ai eu devant les yeux les irréductibles du vendredi matin, les étudiants du mardi, Anais, Imili, Abdeldjebbar… Khalti Baya, Rabah Ouakli et bien d’autres encore. Je ne pouvais pas les abandonner comme ça du jour au lendemain. Je me devais de continuer à raconter leur histoire. A immortaliser tous ces instants de vie et de combat. Et je croyais encore qu’il était possible de le faire dans Reporters.

Aujourd’hui, je quitte Reporters avec 30 000 DA. « Prestation de service » est-il écrit sur le document justifiant ce paiement avec pour objet « Piges ». En principe et selon les termes du contrat moral, Reporters m’est encore redevable de 150 000 DA. Mais pour moi, cela n’a jamais été une question d’argent. Et cela Narima Akouche ne peut pas le piger…

Z.A
(A suivre)

Source : Facebook

 

 

 

 

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