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Publié par Saoudi Abdelaziz

In salah, janvier 2015. Photo DR

In salah, janvier 2015. Photo DR

C'est une astuce constante du système pour démobiliser. En 2012, Sellal fixait à 2040 l'horizon du début de l'exploitation du gaz de schiste. Mais le processus sera lancé moins d'un an plus tard. De 2012 à 2016, le mouvement populaire contre l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste fut un événement fondateur. Avant le Hirak, c'est la première remise en cause massive de l'exclusion du peuple algérien du processus de décision.

Le président actuel, puis son gouvernement viennent de relancer les préparatifs de l'exploitation du gaz de schiste. Après la chute de Bouteflika et de ses proches, le nouvel exécutif pousse la compagnie nationale à se réaligner sur la politique du lobby pétrolier mondial.

On envie nos voisins Tunisiens dont la constitution stipule :

"Les ressources naturelles sont la propriété du peuple tunisien, la souveraineté de l’Etat sur ces ressources est exercée en son nom. Les contrats d’exploitation relatifs à ses ressources sont soumis à la commission spécialisée au sein de l'assemblée des représentants du peuple. Les conventions ratifiées au sujet de ces ressources sont soumises à l’assemblée pour approbation". (Article 13)

Le faux moratoire est une tradition du système. "On ne va pas le pomper aujourd’hui mais à échéance très lointaine allant à l’horizon 2040", avait déclaré le Premier ministre Sellal*, le 22 novembre 2012, alors que les premières oppositions au gaz de schiste commençaient à faire tâche d'huile.  Dans mon blog, j'avais titré "Ouf!" .

Dix mois plus tard, le 17 septembre 2013, Youcef Yousfi, ministre de l’Energie, annonçait : « Nous avons déjà identifié des blocs pour l’exploration des shale gas (gaz de schiste) et nous avons demandé conformément à la loi sur les hydrocarbures, les accords nécessaires pour le lancement de ce type de projets ».

Le 27 décembre 2014, le même ministre allumait la première torche de gaz de schiste, près d'In Salah, en proclamant "la grande aventure" du gaz de schiste.

Deux semaine plus tard, Sonatrach annonce un programme d'investissement de 70 milliards de dollars. Le 3 mars 2015, le site TSA titre : "Les Etats-Unis veulent aider l’Algérie à exploiter le gaz de schiste". C'est Charles Rivkin, le secrétaire d’Etat américain adjoint chargé des Affaires économiques qui le dit en conférence de presse. Le responsable américain : « Nous ne sommes pas ici pour dire au gouvernement algérien ce qu’il doit faire. Mais nous sommes là pour aider l’Algérie au cas où elle souhaite exploiter le gaz de schiste » « Nous avons l’expertise et la technologie. Et il y a des potentialités énormes dans le domaine ».

 

Charles Rivkin : "Nous avons l’expertise et la technologie". Photo DR

 

"Inventifs et audacieux" pour vendre le schiste?

Le journaliste et patron de presse El Kadi Ihsane estimait que le seul tort du pouvoir est de pas avoir fait de la bonne communication pour vendre cette décision. Il écrivait en janvier 2015 : "La nécessité d’exploiter le gaz de schiste n’a jamais été présentée, et donc perçue comme essentielle". Le directeur  de Maghreb-Emergent propose donc un synopsis pour l'établissement d'un plan de communication efficace. Mais, il  pense qu'il ne sera pas appliqué. "Problème, les ressources les plus compétentes sont dans l’opposition. Il y a, au gouvernement, des profils d’exécutants zélés qui font, peut-être, beaucoup moins l’affaire lorsqu’il faut devenir inventif et audacieux".

Belle alternance. Arrivée au pouvoir, l'opposition devrait donc être inventive et audacieuse pour vendre aux Algériens la nécessité d'exploiter le gaz de schiste?

Le recul

En janvier 2016, Sonatrach annonçait la suspension  des travaux d' exploration du gaz de schiste. Cette décision a-t-elle été imposée par le mouvement populaire? Jusqu'à un certain point sans doute. Nous écrivions alors :" La suspension n'est que provisoire. Ce n'est pas la prise de conscience de sa grande nocivité écologique et économique qui conduit à la suspension des projet de valorisation du gaz de schiste annoncée ici et là. Les opposants à l'exploration et à l'exploitation ne devraient pas baisser les bras." Car c'est, d'abord, la chute tendancielle du prix du baril, l'investissement dans le gaz de schiste perdant ainsi tout attrait.  Patrick Pouyanné, le Pdg de Total donnait alors le ton : "Je ne compte pas, à 30 dollars du baril, allouer de l'argent sur un projet ". Le journal Al Khabar rapporte les propos de dirigeants de Sonatrach indiquant la reprise de l'exploration du gaz de schiste lorsque le prix du baril aura remonté sensiblement.

Le retour

La remontée sensible du prix du baril a donné du punch aux multinationales pétrolières et à ... Sonatrach qui leur promet de beaux jours par la voix de son nouveau Pdg Ould Kaddour. Le 22 octobre 2018, il annonçait : “L’objectif de la stratégie 2030 est de produire 20 milliards de m3/an de gaz de schiste à l’horizon 2025. On y arrivera. On y arrivera plus rapidement que vous ne le pensez. Tout le monde s’y intéresse. Tous les partenaires que nous avons ne rêvent que de venir et qu’on leur ouvre les portes et qu’on commence. Nous sommes devenus très fréquentables. Ils veulent tous venir travailler avec nous”.

Depuis quelques semaines, le baril est en train de battre en retraite et les experts évoquent déjà une tendance baissière prolongée...Alors?

Les mises en garde de Chitour

Avant que le ministre Yousfi n'allume la mèche à In Salah, en décembre 2014,  Chems Eddine Chitour, professeur de thermodynamique à l’École nationale polytechnique d’Alger,  mettait en garde  le 27 mai 2014  sur TSA :

"Notre nappe albienne algérienne contient tout de même 45 000 milliards de mètres cubes. C’est notre plus grande richesse. Il ne faut pas prendre le risque de la polluer d’autant plus que c’est une nappe que nous partageons avec un certain nombre de pays comme la Lybie, la Tunisie, un peu le Maroc. Il faut donc faire très attention. Même aux États-Unis, il n’y a pas de technologies fiables pour faire en sorte d’éviter cette pollution. D’ailleurs, de plus en plus de gens remettent en cause le gaz de schiste aux États-Unis. Il faut aussi souligner que nous avons un Sahara qui est déjà abimé. D’abord, par la bombe atomique. Nous avons une radioactivité très importante. Je ne suis pas contre le gaz de schiste mais pas tout de suite. Il faut prendre le temps que la technologie devienne plus sûre, qu’il n’y ait aucun risque pour l’environnement". Gaz de schiste. Avec Ould Kaddour, Total et Halliburton veulent revenir à In Salah

NOTES

*Deux ans plus tard à la télévision, le Premier ministre Sellal effectuera sans broncher un énorme bond en arrière, avançant de 18 ans la date de l'exploitation du gaz de schiste. Le gouvernement ne donnera pas de permis d'exploiter avant 2022. « D’ici 2022, nous allons réaliser des études sur le gaz de schiste, ni plus ni moins".

Dans un de ses romans, Louis Aragon avait décrit la technique du "réactif" utilisée par la communication du gouvernement français en 1940 pour rassurer la population affolée par l'avance inexorable des blindés allemands vers Paris. La radio annonce faussement la prise d'Amiens située à mi-chemin de Paris puis dément la nouvelle quelques heures après. Le soulagement du à cet effet de "réactif" n'a pas empêché Paris d'être occupée quelques jours plus tard.

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