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Publié par Saoudi Abdelaziz

Extrait d'un texte où l'écrivain, qui a assuré comme une permanence militante, la chronique des 50 vendredis du Hirak, propose, ce 1er février, "une première définition de l’évènement qui commence en février 2019 en Algérie".

1. La révolution de février est une insurrection morale. Car, parmi la foison des causes de la révolution de février, il y a le niveau d’intolérance atteint par la conscience des Algériens lorsqu’ils ont été confrontés à la décision du régime de faire effectuer un 5ème mandat présidentiel à Abdelaziz Bouteflika. Et ce, après 20 ans d’un règne catastrophique, inauguré avec l’escamotage d’une véritable solution de la guerre intérieure des années 1990 qui a manqué d’emporter la société et l’Etat algériens, et conclu par la généralisation de la corruption qui, 20 ans plus tard, a bien failli achever l’entreprise de destruction de la guerre intérieure.

Plus qu’une réaction citoyenne ou politique, c’est une remontée massive de la rancœur ressentie durant des décennies contre un régime qui, sous différentes formes, a méprisé le peuple, en le réduisant à une masse d’incapables, d’irresponsables, d’assistés influençables, manipulables, corruptibles, qui a poussé les Algériens à sortir dans les rues à travers tout le pays, en masse, mais, à la surprise générale, c’était là une masse consciente, volontaire, organisée, démontrant par la même que le peuple algérien, en état de profonde révolte, en éruption de profonde colère, ne succombait pas pour autant à la colère ou au dégoût qu’il éprouvait depuis si longtemps, puisque dès le premier jour et, jusqu’à aujourd’hui, durant près d’un an, il a fait preuve d’une parfaite maîtrise de soi, ainsi que d’une intelligence tactique et stratégique, elle aussi surprenante eu égard aux traumatismes violents subis par les Algériens, génération après génération, une intelligence historique qui lui a permis d’inventer ce que l’on a pu être en droit de qualifier dès ses premières semaines, de révolution populaire démocratique pacifique du peuple algérien.

Même si cette révolution ne peut être qualifiée, à l’heure actuelle en tout cas, de «révolution morale», il n’en demeure pas moins qu’un de ses principaux ressorts est d’ordre moral, car, en outre ce que nous venons de dire à propos du « déclenchement de la révolution », il faut souligner ici qu’un des thèmes, un thème central, autour duquel s’est mobilisé le peuple de février, c’est celui de la corruption.

Le slogan « Klitou leblad ya serrakine ! » résume à lui seul, les dimensions économiques, politiques et morales, de l’insurrection des Algériens. Une insurrection contre la corruption, économique, politique et morale, qui était devenue la caractéristique la plus importante aux yeux des citoyennes et des citoyens des turpitudes et de l’incapacité du régime à faire face aux problèmes du pays ou à gagner un minimum de crédibilité du point de vue des Algériens.

Au cours de la première année de la révolution, son caractère moral s’est affirmé de diverses manières qu’ici nous nous limiterons à citer : le respect des femmes, la résistance à l’épreuve physique du Ramadhan, de la chaleur en été, du froid en hiver, la maîtrise de soi face aux provocations et aux violences policières, la constance et la persistance face à la surdité du régime, le courage et la dignité du comportement des détenus et de leurs familles, la générosité populaire autour des manifestants, l’expression des sentiments de solidarité, de fraternité, d’amour…

Texte intégral : Radiom.info

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