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Publié par Saoudi Abdelaziz

22 février 2020 (Sur la photo Saïd Djaafer)

Mille mois, c’est 83 ans, un âge vénérable pour une femme ou homme que l’Algérie indépendante n’a pas encore atteint. Beaucoup d’Algériens pensent néanmoins que cette année du Hirak est meilleure que mille mois. Que le pays se souviendra dans sa mémoire et ses récits de ce retour en force des Algériens dans l’espace public avec une volonté, jamais démentie, de ne pas sortir de l’horizon de la Silmiya, du pacifisme. 

Le Hirak est beau, oui, très beau, coloré, bariolé, lumineux mais il n’est pas béat, il n’est pas naïf, il ne croit pas au “grand soir”, il a appris de nos expériences, des nos succès relatifs et de nos échecs cuisants qui ont permis à un régime, obsolète, de s’offrir des rallonges sur l’histoire et sur le dos du pays. 

Faisons le compte, octobre 1988 a donné naissance à une ouverture politique qui a duré jusqu’a janvier 92: trois ans et quelques miettes suivis par une décennie de régression sanglante et de deux décennies de “bouteflikisme” entre dictature molle, corruption violente et veulerie des “politiques”.

Depuis octobre 1988, les coûts des tentatives de changement ont été exorbitants pour la société et pour le pays pris en otage par un régime prêt à tout pour se maintenir.

Le bilan de ce gâchis historique est gigantesque avec des pertes humaines considérables, un dés-encadrement permanent du pays et une prédation terrible des ressources.  C’est parce qu’il est beau mais pas béat que le Hirak qui rassemble des Algériens, aux idées politiques et idéologiques et aux statuts sociaux différents voire divergents, a fixé d’emblée la ligne et la limite: Silmiya, zéro violence.

 Un choix, au sens propre et figuré, “désarmant” car enlevant au régime l’argument et l’alibi de l’ordre public à préserver. Les arrestations de manifestants et de militants sous des prétextes d’atteinte à l’unité nationale ou au moral de l’armée sont de ce fait apparues pour ce qu’elles sont: de l’arbitraire absolu, une tentative d’étouffer une parole qui reprend ses droits.

La Silmiya est révolutionnaire

Ce pacifisme est resté de mise malgré les provocations et les répressions et malgré les tentatives, hideuses, de divisions autour de l’emblème amazigh. Cet attachement au pacifisme qui ne s’est pas démenti au cours de toute une année est remarquable et il est opposable à ceux qui décrètent que le Hirak a échoué ou qu’il est fini. Ceux qui manifestent avec entêtement, dans la joie ou dans l’auto-contrôle de leur colère, ont bien compris que la Silmiya est « révolutionnaire ».

« La révolution pacifique protège la Silmiya, elle est son immunité contre toutes formes de violence, et contribue à relever le défi de la fondation d’un cadre nouveau pour l’action politique fondée sur le rejet du recours à la violence pour accéder au pouvoir ou le conserver contre la volonté du peuple » lit-on dans le Manifeste du 22 février.

L’irruption des classes populaires

Une année meilleure que mille mois car le Hirak a confirmé, une fois de plus, que c’est l’irruption des classes populaires dans le champ politique et dans l’espace public qui fait bouger les lignes. L’apathie et la peur nées des années sanglantes ont été vaincue grâce à cette mobilisation des classes populaires et ce sont elles qui assurent la résilience du mouvement.

En une année, le régime est toujours en place mais le pays est en mouvement, des organisations s’ébauchent et de nouvelles élites sont entrain d’émerger.

Le pouvoir n’est plus « caché », il est visible et sa stratégie de reconquête aussi. La purge qu’il mène dans ses rangs contre des corrompus n’est pas suffisante pour convaincre les Algériens que les choses changent. Ce que le Hirak des Algériens veut c’est rendre l’Etat aux citoyens et dissoudre le système qui crée la corruption. Ceux qui marchent avec pugnacité dans les rues disent simplement qu’il y a un lien de causalité entre la confiscation de la souveraineté populaire et l’hydre de la corruption.

Une année meilleure que mille mois. En un an, le Hirak a rétabli l’image de l’Algérie que le régime a considérablement abîmée et qui a servi à une entreprise d’auto-flagellation et de véritable atteinte au moral du pays. Ce n’est plus la photo d’un Bouteflika momifié – qui peut oublier celle publiée sur le compte Twitter de Manuel Valls? – qui incarne l’Algérie, mais celle d’une jeunesse inventive qui fait du Hirak une fête et une promesse. Et qui sait que beaucoup de chemin reste car ne rien sera donné et qu’il faudra faire preuve de patience et d’endurance. Et en un an, le Hirak a montré qu’il est patient et endurant.

Source : Radio M-Info

 

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