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Publié par Saoudi Abdelaziz

Émouvantes obsèques d’un jeune harrag

Par Amellal Fawzi, 26 janvier 2020

Le jeune Zakaria Ouilem, 28 ans, a été inhumé jeudi soir au cimetière de la ville de Tiaret en présence d’une foule nombreuse, dont des centaines de jeunes issus des quartiers populaires ainsi que ceux de son quartier dit «Les superposés de Sonatiba» au sud de la ville.

Le corps de Zakaria a été retrouvé au large de Tipasa du côté de Sidi Fredj. Les corps de 18 autres membres, dont le propre frère de Zakaria et une femme âgée de 41ans et son fils, 17 ans, n’ont pas encore été officiellement retrouvés. Une énième expédition en haute mer pour gagner les côtes ibériques qui a tourné court alors qu’elle a commencé au soir du 19 décembre 2019.

Aucune nouvelle donc de ces candidats à l’émigration clandestine depuis le 19 décembre. «Tiaret est en deuil» ont, depuis l’annonce de la catastrophe, placardé sur leurs murs de nombreux internautes dans les réseaux sociaux. Dans presque tous les quartiers populaires de la ville de Tiaret, on trouve des tentes dressées pour les besoins du rituel mortuaire.

Un climat lourd pèse sur la ville sur fond de spéculations alimente les débats à Tiaret. Selon certaines indiscrétions, «le pneumatique de fortune dans lequel ont embarqué les 19 personnes issues de la ville de Tiaret devrait être à l’origine un «sarii3» (entendre une embarcation rapide à gros moteurs) pour lequel débourse chaque candidat à la traversée pas moins de 50 millions pour gagner l’eldorado en deux heures alors que les autres candidats infortunés ne déboursent que 20 à 30 millions dans des embarcations de moindre calibre».

Vendredi 12 avril. En décembre et janvier, les marches du vendredi sont interdictes de facto.

Une phrase leitmotiv qu’on retrouve dans toutes les voix qui s’expriment pour dire un phénomène exponentiel qui a pris la démesure ces derniers temps après une grande accalmie constatée durant les premiers mois du mouvement citoyen du 22 février. Inutile de déduire que l’espoir entrouvert quelques semaines en marge du hirak a été étouffé.

Les pratiques vis-à-vis du citoyen lambda n’ont pas changé et un sentiment de frustration hante les esprits de centaines de jeunes Tiaretis. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner ces pensées et ces sentiments que partagent beaucoup de jeunes de la région déçus de voir Tiaret, une terre où s’enterrent les espoirs.

Pratiquement rien n’a changé au quotidien des jeunes dans la région à l’aune du hirak alors que certains rêvaient d’une vie meilleure. Inutile aussi de dire que Tiaret aura connue, en l’espace de quelques années, sa plus grand catastrophe liée à la «Harga» en se remémorant le triste épisode de décembre 2009 et les sept harragas broyés eux aussi par la mer et surtout l’émeute qui s’en est suivie (voir El Watan du 13 décembre 2009).

Histoire de dire que la région, à l’instar d’autres contrées d’un si beau et vaste pays reste toujours une wilaya qui n’a profité qu’aux castes et valu à ses enfants… la mort en haute mer.

Source : El Watan

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