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Publié par Saoudi Abdelaziz

De gauche à droite : Mourad Dhina, Rachid Mesli et Mohamed-Larbi Zitout, du Secrétariat de Rachad

De gauche à droite : Mourad Dhina, Rachid Mesli et Mohamed-Larbi Zitout, du Secrétariat de Rachad

Ses militants sortent de plus en plus de la clandestinité

Par Nouri Nesrouche, 30 janvier 2020

Longtemps refoulée, la question de l’implication du mouvement Rachad dans le hirak commence à intéresser les observateurs depuis que les militants activant en Algérie ont commencé à sortir de la clandestinité, s’agissant d’un mouvement interdit en Algérie et classé même dangereux par les services de sécurité du fait de la couleur islamiste et l’appartenance de ses leaders, Mourad Dhina et Mohamed-Larbi Zitout, au FIS dissout.

Dans des villes comme Alger et Constantine, les militants de Rachad ne cachent pas leur appartenance. Dans la capitale de l’Est, la cellule est structurée au point d’avoir sa propre page Facebook, épinglée d’ailleurs sur le site web du mouvement.

Des militants connus et fichés par les services de sécurité, lesquels dès le mois de septembre ont ciblé les plus actifs qui ont fini en prison, certains pour plusieurs mois, avant d’être libérés. Sur le terrain, ces militants, jeunes pour la plupart, sont toujours présents aux premières lignes des marches du vendredi et du mardi aussi, souvent en meneurs.

Là où beaucoup de partis, surtout ceux de la mouvance démocratique, ont choisi de marcher tout en évitant de trop apparaître de peur de réactions négatives, les militants de Rachad eux sont offensifs, et imposent des choix de slogans, d’itinéraires, sans pour autant s’écarter des revendications principales du hirak, et de son caractère pacifique.

Il est rare aussi qu’ils sortent des slogans pas très consensuels, ou faisant référence directe à leur discours, leur idéologie et à leurs leaders. Certains faits n’ont pas échappé cependant aux fins observateurs, notamment lors des marches des étudiants où les éléments de Rachad ont toujours tenté de prendre le contrôle de cette manifestation foncièrement universitaire.

A Constantine par exemple, les étudiants ont dû faire preuve de beaucoup de vigilance pour déjouer les tentatives de casser les slogans des étudiants pour les remplacer par d’autres. Essentiellement, les militants de Rachad n’aiment pas le slogan «Djazaïr horra democratia !» et interviennent systématiquement pour le casser. Dans de rares occasions aussi, des accrochages verbaux ont lieu autour de slogans partisans que des marcheurs rejettent, mais très vite la paix est rétablie.

En vérité, ces éléments apportent un plus aux marches grâce à leur dynamisme et gardent des relations de respect avec l’ensemble des marcheurs. Rien dans leur accoutrement et leur comportement n’inspire de la méfiance chez les citoyens du hirak. Au contraire. D’ailleurs, suite à l’arrestation et l’emprisonnement de certains militants Rachad, ce sont les militants du courant démocratique qui se sont mobilisés pour apporter assistance juridique et dénoncer leur arrestation.

Il faut vraiment aller dans des débats poussés pour détecter chez certains des idées conservatrices, mais jamais la volonté de construire un Etat théocratique. S’agit-il d’un usage parfait de la «taqiyya» (dissimulation), ou sommes-nous vraiment devant un mouvement politique qui veut exercer son droit à faire de la politique dans le cadre d’un Etat civil ?

Sur son site internet, on peut lire que Rachad a été créé dans le but de contribuer à opérer un changement fondamental en Algérie. Mais comment et quel type d’Etat ? «Rachad entend œuvrer pour l’instauration d’un Etat de droit régi par les principes démocratiques et de bonne gouvernance.

Rachad est ouvert à tous les Algériens dans le respect de leurs différences, bannit toute forme d’extrémisme, d’exclusion ou de discrimination et prône la non-violence pour amener le changement», est-il écrit. Voilà qui jure avec le discours qui définissait le FIS et autres formations d’obédience islamiste qui exercent encore en Algérie.

L’un de leurs cadres installé à l’étranger, Yahia Mekhiouba, qui a fait ses premiers pas dans la politique au FFS, va plus loin pour définir la ligne de Rachad et rassurer les Algériens. «Nous sommes profondément musulmans mais nous ne voulons pas instaurer un Etat islamique ou la charia (…), nous aspirons à un Etat civil, et nous œuvrons pour que le politique prime sur le militaire, mais aussi sur le fait religieux ; la religion doit s’exercer uniquement à la mosquée», répondait-il en 2017 au journaliste du site électronique Algérie Part.

Mais pour beaucoup, ce n’est guère suffisant pour être rassurés sur la sincérité de Rachad. «Rachad, ce mouvement qui veut surfer sur la vague des protestations populaires en Algérie», titrait le site Maghreb Intelligence, il y a quelque mois. Une idée qui inquiète mais qui, fort heureusement, ne divise pas le hirak.

Beaucoup de questions demeurent sans réponses aujourd’hui sur les intentions de Rachad ou encore sur l’importance de sa base militante en Algérie. S’agit-il d’un diable sous l’apparence d’un ange, ou effectivement un mouvement politique qui veut respecter les règles du jeu démocratique ?

En attendant, il reste interdit en Algérie et l’une de ses figures de proue, Zitout, a même été condamnée récemment par le tribunal d’Oran à une peine de 20 ans de prison pour «intelligence avec une puissance étrangère», «atteinte à l’autorité de l’armée» ainsi que pour «insulte et diffamation». 

Source : El Watan

 

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