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Publié par Saoudi Abdelaziz

Professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université d'Alger, Redouane Boudjema analyse la récente prestation télévisée du président de la République sous le titre "La communication du président ou l’art de marquer contre son propre camp".

EXTRAIT.

"Sur le plan de la communication institutionnelle et politique, il est certain que ceux qui étaient en charge de la communication ont créé par eux-mêmes de nombreux éléments de nuisances au message que le président et son équipe ont essayé peut-être de transmettre. 

La première nuisance est l’absence de direct. Dans de nombreux pays, y compris les moins développés, on évite ce choix de communication pour la personne du président. Le direct permet de donner au récepteur un sentiment de spontanéité et  transparence. Cela n’est pas vrai le plus souvent, mais le choix du direct est adopté pour éliminer un élément de nuisance au message que l’on veut transmettre. 

La seconde source de nuisance, mercredi, a résidé dans le montage. Il est clair que celui qui a fait le montage était pressé par le temps et par les chargés de la communication présidentielle, lesquels ont apparemment considéré que certains propos, signes et gestes et angles de prise de vue étaient nuisibles à la personne du président.

Aussi, sous l’effet de cette pression, nous avons eu ce montage qui a donné une mauvaise image de l’intervenant et de l’institution, et de l’Algérie car l’image du président est censé faire partie de son image. 

Le troisième élément de nuisance a été le décor. Le choix qui a été fait relève de l’amateurisme – révélateur de la médiocrité installée dans l’ensemble des appareils – couleurs de tapis et leur abondance, l’angle de la table avec des chaises vertes vides… et d’autres. Autant d’éléments qui distraient le récepteur du message pour le pousser  à s’intéresser davantage au carnaval des couleurs. 

Le quatrième élément de nuisance réside dans la composition des directeurs et rédacteurs en chef qui ont rencontré le président. La première remarque à faire est l’absence de femmes alors que le métier de journaliste s’est fortement féminisée. Ce qui s’est passé mercredi donnait l’impression que nous étions dans les années 60 et 70 du siècle dernier. Sans compter que la plupart de ces directeurs sont connus pour être des propagandistes de tous les choix du pouvoir, de Zeroual à Bouteflika à Bensalah…  Les mimiques et les visages de beaucoup d’entre eux étaient celles d’attachés de presse – et non de journalistes – dont la mission est d’exprimer de l’ébahissement à l’égard de ce que dit le président… Et c’est là, la plus grande des nuisances au message que l’on voulait transmettre. Leurs questions, leur manière de parler donnaient le sentiment que le métier de journaliste en Algérie est synonyme de propagande… Les questions, du moins celles qui ont été diffusées, ont ainsi abusé de remerciements et hommages au président pour leur avoir ouvert le palais présidentiel. Certains journalistes hochaient de la tête en signe d’approbation de ce que disait l’orateur.

Le cinquième élément est l’absence de message. L’apparition du président était une fin en soi, exactement comme le dernier scrutin a été un but en soi. Il n’y avait de ce fait aucun besoin de cette rencontre du point de vue de la stratégie de communication institutionnelle.  Si l’objectif de la communication institutionnelle n’a pas été atteint, cela tient à l’absence de vision d’Etat et à l’absence de projet. La sortie de mercredi, au contraire de ce qui était escompté, a été nuisible à la personne du président, à l’institution qu’il représente et à l’image de l’Algérie dans son son ensemble. 

Texte intégral : RadioM.info

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