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Publié par Saoudi Abdelaziz

Albert Camus, journaliste algérien

"Quand les autorités algériennes ferment le quotidien Le Soir Républicain le 10 janvier 1940 – journal qui succède à Alger Républicain pendant un an, après une lutte acharnée avec les censeurs, Camus devient persona non grata en Algérie et décide de déménager à Paris."

Un journaliste nommé Albert Camus

Par Maria Santos-Sainz*, 7 janvier 2020

Albert Camus disparaissait il y a 60 ans, le 4 janvier 1960. Écrivain, penseur, dramaturge, essayiste, prix Nobel de littérature en 1957, son nom est associé au monde littéraire, mais il ne faut pas oublier qu’il fut aussi journaliste.

La période algérienne

Camus débute dans le métier à 25 ans en Algérie, sa terre natale, à un âge auquel, encore aujourd’hui, la majorité des futurs journalistes ne sont que stagiaires. Il travaille alors pour cinq titres différents, dont Alger Républicain et Le Soir Républicain, de 1938 à 1940.

On y trouve probablement, comme l’a souligné Jean Daniel, certaines de ses meilleures productions journalistiques, notamment la série de reportages « Misère de la Kabylie », publié par épisodes du 5 au 15 juin 1939, excellent exemple de journalisme d’investigation dans lequel il dénonce les conditions de vie inhumaines de la population Kabyle. Il s’intéresse à une région oubliée, ignorée par le reste de la presse d’alors. Camus se rend là où les autres médias ont déserté, pour révéler des réalités sociales invisibles.

Durant 10 jours, Camus parcourt à pied et en bus cette région reculée de l’Algérie. Il entre chez les gens, et cherche à retracer leur histoire de la façon la plus concrète possible, dans un style direct, sobre et incisif :

« Par un petit matin, j’ai vu à Tizi-Ouzou des enfants en loques disputer à des chiens le contenu des poubelles. »

Il développe dans l’exercice du reportage son goût pour l’expression, le mot juste, la nécessité d’observer et de toucher du doigt ce qui se passe réellement : « Les ouvriers agricoles emportent avec eux, pour la nourriture de toute la journée : un quart de galette d’orge et un petit flacon d’huile. Les familles, aux racines et aux herbes, ajoutent les orties. Cuite pendant plusieurs heures, cette plante fournit un complément au repas du pauvre. »

On trouve ici la genèse de l’œuvre postérieure de Camus, qui tel un Don Quichotte, dénonce sans relâche les injustices lorsqu’il se trouve confronté à des causes qui le révoltent.

Camus choisit de donner la parole aux opprimés, aux humiliés, d’exposer la situation des « sans voix », de révéler l’exploitation et la misère dans lesquelles ils vivent. Cette sensibilité sociale et cet engagement lui viennent probablement de sa fidélité à son origine familiale, très modeste, qui l’unit au destin des opprimés du monde.

« La misère m’empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l’histoire ; le soleil m’apprit que l’histoire n’est pas tout », écrit Camus.

Cette misère, il l’a connue dans le quartier ouvrier de Belcourt où il vivait avec sa mère, une femme simple d’origine espagnole, qui ne savait ni lire ni écrire et faisait des ménages pour nourrir ses deux fils.

C’est à cette femme digne qu’il dédie son œuvre inachevée, Le premier homme. De sa mère, il apprend à se méfier des lieux de pouvoir. Quand il lui annonce qu’il a été invité au palais de l’Élysée, elle lui répond : « Ce n’est pas pour nous. N’y va pas, mon fils, méfie toi. Ce n’est pas pour nous ». De fait, Camus n’ira jamais à l’Élysée. Ni dans aucun palais… sauf pour recevoir son prix Nobel.

Quand les autorités algériennes ferment le quotidien Le Soir Républicain le 10 janvier 1940 – journal qui succède à Alger Républicain (actif du 13 octobre au 28 octobre 1939) pendant un an, après une lutte acharnée avec les censeurs, Camus devient persona non grata en Algérie et décide de déménager à Paris.

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*Maître de conférences, Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine, Université Bordeaux Montaigne

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