Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Propos recueillis par : Nabila Saïdoun, 26 novembre 2019

Militante féministe et syndicaliste, Soumia Salhi nous livre, dans cet entretien express, toutes les avancées réalisées dans ce combat de longue haleine contre les violences faites aux femmes, même s’il reste beaucoup à faire. Seulement, déplore-t-elle, une femme sur dix ose porter plainte, ce qui ne facilite pas la tâche pour une lutte plus efficace contre ce phénomène.

Liberté : En 2015, l’Algérie a amendé le code pénal criminalisant les violences contre les femmes. Mais selon de nombreux témoignages, la situation n’a pas tellement évolué. Qu’en pensez-vous ? 

 

Soumia Salhi : Nous avons fait de gros progrès. Tout d'abord, nos campagnes féministes, depuis le début des années 2000, ont levé le tabou. On ose parler. On ose dénoncer l'innommable. Et au final, il y a des législations utiles qu'il nous faudra améliorer.

Les féministes algériennes ont revendiqué et plaidé pour une loi-cadre sanctionnant les violences à l’égard des femmes. On nous a proposé un amendement du code pénal, pour prendre en charge cette problématique. C’est une avancée, elle répond à notre demande et aux attentes des victimes. Ce n’est pas rien quand la violence conjugale fait l’objet d’une identification particulière, que la violence psychologique au sein du couple est sanctionnée et que la violence économique l’est aussi.

Concernant le harcèlement sexuel, l’article 341 bis du code pénal qui le criminalise déjà en 2004, constitue un acquis de la lutte des femmes syndicalistes. La nouvelle disposition étend la sanction à quiconque harcèle… même dans la rue. Tout cela est positif sauf que le législateur a introduit ce qu’on appelle “la clause du pardon” parce qu’il est prévu l’extinction des poursuites judiciaires à l’égard de l’auteur des violences conjugales, dès lors que la femme victime retire sa plainte. Ce pardon annule donc les effets de loi et assure l’impunité aux auteurs des violences. Il aurait fallu que le procureur soit garant de la protection de la société. Il aurait fallu que l’action publique se poursuive, même si l’on connaît les pressions de la famille, de la société, qui poussent la victime à retirer sa plainte. Les données de la DGSN ne permettent d'indiquer ni l'ampleur du phénomène ni la tendance actuelle. La sous-déclaration est naturelle pour une violence qui touche à l'intimité. L’ONU, pour sa part, estime qu'une femme sur dix seulement porte plainte. Il faudrait des études, très délicates, une enquête de prévalence pour évaluer les véritables changements.

Pourquoi selon vous, les femmes ont du mal à dénoncer ou même à parler des violences dont elles sont victimes ? Est-ce un silence imposé ?  

Malgré toutes les difficultés, des victimes arrivent à en parler. Chez nous, plus qu’ailleurs dans le monde, le conservatisme ambiant paralyse la victime qui craint le regard de la société, celui de la famille. Cette violence contre la femme est universelle. Elle a existé et existe encore dans toutes les sociétés. Elle est induite par un système commun à toutes ces structures : c’est le patriarcat ! 

Le conservatisme de la société demeure très pesant. Que faire lorsqu’il reste très mal vu de porter plainte contre son conjoint ? 

Il faut avoir les moyens matériels d’échapper à son bourreau. Il faut continuer à lutter contre la justification et la banalisation des violences subies par les femmes. 

Beaucoup de femmes ne connaissent pas leurs droits. Que faut-il faire notamment dans le cadre associatif pour améliorer ce déficit en communication ?  

Il faut continuer à faire ce que nous faisons, c’est-à-dire délégitimer la violence faite aux femmes et culpabiliser les agresseurs. Mener des campagnes d’information et de sensibilisation sur les droits bien évidemment c’est notre mission ; il faut continuer à agir pour réhabiliter la victime. Dénoncer et exiger des réponses législatives efficaces. Le 25 novembre est un moment privilégié pour le faire et la presse joue un rôle de premier plan pour rendre visibles ces violences. 

Sans l’action des militantes féministes et sans la détermination des partisans des droits des femmes nous aurions plus de difficultés. Les associations de femmes agissent et font progresser la réflexion.

 Source : Liberté

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article