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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz, 13 octobre 2011

Depuis le début de l’année, l’Histoire dépose son œuf un peu partout dans le monde. Son périmètre avait d’abord été réduit au monde arabe, par le spectacle médiatique. Cette localisation sur le mode ethnique semble dépassée par l’actualité. Les récents développements indiquent que la cigogne de l’Histoire est partout chez elle sur la planète Terre.

Les Arabes de Tunis et du Caire, grâce à leur intelligence collective, se passant de leaders «charismatiques», ont apporté une innovation précieuse, celle qui consiste à assurer, de manière pacifique et très étroitement concertée, l’hégémonie populaire par l’occupation de l’espace publique. (1) Les jeunes indignés s’en inspirent aujourd’hui un peu partout dans le monde.

On le sait, la contagion de cette stratégie démocratique dans le monde arabe a été stoppée par les armes à Sanaa et à Manama, avec l’appui direct et indirect des Saoudiens et des Américains.

Militariser la révolte

L’échec de l’option Soleïmane en Egypte -c'est-à-dire celle d’un pouvoir fort garantissant les intérêts israéliens et américains- a sans doute précipité la dangereuse initiative stratégique américano-saoudienne consistant à mettre le paquet pour militariser la révolte populaire. D’abord en Lybie, puis actuellement en Syrie, où les forces progressistes les plus lucides s’efforcent d’empêcher que la lutte pour le changement démocratique ne conduise à la guerre civile et à l’intervention militaire étrangère sous couvert de «protection de la population civile», mobilisant tout l’arsenal médiatique.

Dévitaliser le mouvement populaire

L’objectif est, dans les deux cas, de dévitaliser le mouvement populaire, de lui ôter sa charge de transformation démocratique et révolutionnaire, danger latent pour les intérêts occidentaux. Il s’agit pour l’Otan de renforcer la neutralisation de ces deux pays dont les régimes étaient déjà largement acquis aux exigences de l’Empire : libre accès au pétrole et aux matières premières, lâchage de fait des Palestiniens, contrôles migratoires accrus, insertion grandissante dans les circuits financiers internationaux, libéralisation accélérée de l’Economie.

Plusieurs facteurs se conjuguent dans la tourmente mondiale actuelle. Et d’abord ceux, fondamentaux, qui sont nés de la détérioration de la structure intime du capitalisme, désormais incapable d’alterner ses cycles (2), ayant même égaré la valeur, son paradigme essentiel.

Ce dérèglement n’est pas sans analogie avec celui du climat, dont il est d’ailleurs la cause systémique.

Dans le même temps que cette dégénérescence quasi-biologique du capitalisme, émergent des tendances salvatrices. De nouvelles échelles de priorité pour le développement humain s’expriment dans les sociétés, qui contredisent la primauté de l’offre et celle du profit capitaliste qui l’inspire. La demande humaine sociale connait des évolutions qui iront à l’encontre des dictats publicitaires et leurs injonctions envahissantes.

D’autres circonstances nouvelles méritent d’être prises en compte pour regarder l’avenir. 

La révolte mondiale de la jeunesse instruite

Cinquante ans après celle de 1968, émerge une nouvelle révolte mondiale de la jeunesse instruite. «Les indignés» s’inscrivent dans cette poussée. Celle d’une jeunesse issue de la démocratisation du savoir, un des grands acquis du 20ème siècle, et à qui l’avenir est dans le même mouvement offert et refusé.

Par ailleurs, les limitations drastiques de souveraineté qui découlent de cette phase du capitalisme, corsètent de plus en plus les états-nations dans des mécanismes contrôlés par l’aristocratie financière mondiale (3). L’abaissement national et la mise à l’écart des peuples sont inévitables lorsqu’on prive la démocratie du cadre national nécessaire à son épanouissement. Ce carcan est étouffant!

Si les intérêts nationaux n’inspirent plus prioritairement les choix économiques, la demande sociale reste sans écoute, les inégalités se creusent.

NOTES

(1) Description des soulèvements populaires par Jean-Pierre Filiu

(2) Immanuel Wallerstein y a consacré une remarquable analyse.

(3) La démondialisation financière, La contribution de Frédéric Lordon.

Source originale : Algérie-infos

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