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Publié par Saoudi Abdelaziz

Agérie 50 ans

« une respiration non autorisée de la société ». Photo DR

Par Saoudi Abdelaziz, 5 octobre 2013

(Paru le 5 octobre 2012 sous le titre "les services ont orchestré octobre 88")

Octobre 1988 fut-il manipulé de manière occulte par des services de sécurité, s’inscrivant dans le cadre d’une opération de la présidence de la République?

K. Selim, considérant les manifestations d’octobre comme « une respiration non autorisée de la société », écrit ce matin dans l’éditorial du Quotidien d’Oran: « Certes, ceux qui faisaient de la politique dans la clandestinité n'étaient pas préparés à cette incursion sans autorisation de la jeunesse - et donc de la société - sur la scène politique. Les organisations légales totalement caporalisées ne pouvaient pas, comme a pu l'être l'UGTT en Tunisie plus de vingt ans plus tard, servir d'encadrement à cette irruption non autorisée et tumultueuse. Les groupes politiques clandestins étaient trop faibles pour le faire. Dans le cas des communistes du PAGS, les services de sécurité ont mené une vague d'arrestations «préventives» qui l'ont mis hors du coup. »

Les professionnels

Dans un témoignage intitulé « A propos du rôle des « services » on lit : "En octobre, entre le 4 et le 6, en dehors de certains quartiers, les forces de police étaient absentes ou ont laissé faire les saccages et pillages. En octobre 1988, mais également en juin 1991, durant le mouvement insurrectionnel du FIS, sont apparues ces voitures dont les occupants tiraient indistinctement sur les manifestants et les forces de l’ordre. Et dans ces deux cas, dans la foule, ont été repérés de véritables professionnels. Des hommes jeunes, armés, blousons de cuir et trainings, sachant organiser les assauts et les remplis, éteindre dans des seaux d’eau les bombes lacrymogènes, tendre des embuscades… (…) Il est encore signalé, au niveau de l’hôpital de Douéra, deux pavillons complètement isolés par des hommes en uniforme de l’ANP mais qui, selon mon informateur, appartenaient aux «hammaloulou», ces groupes d’intervention mobiles qui ont relayé les Cns. Dans ces pavillons, il n’y avait ni malades ni blessés, mais des hommes jeunes au repos. Et la personne qui m’apportait ce témoignage a fait part de son impression d’avoir vu là, si ce n’est des étrangers, du moins des émigrés. Certes, ces éléments ne reposent que sur des témoignages, fiables peut-être, mais en tout cas invérifiés, invérifiables".

Dans un témoignage paru dans Chiricahua-overblog) sur octobre à Oran : on lit : « Le 3 octobre, je reçus un coup de fil d'un camarade d'Alger qui m'informait que des syndicalistes étaient interpellés par la police à l'instant même. Cette infraction à nos règles de vigilance draconiennes de la part d'un camarade expérimenté, je la traduisis par : Aux abris ! C'est que le contexte était préoccupant, surtout depuis le discours invraisemblable du Président de la république, le mois précédent. M'hamed et moi étions en réunion avec Abdelhamid Benzine chez un membre du parti. Nous avons écouté ce discours et nous nous attendions à ce que des faits graves aient lieu : un Président qui appelle carrément le peuple à se soulever, cela ne pouvait rien augurer de bon. Le lendemain, un camarade qui était revenu d'Alger la veille au soir, par le train de nuit, demanda qu'on se voie en urgence lui et moi. Il me rapporta le spectacle suivant : dans le train, des groupes de jeunes -blue-jean, blousons et baskets- se déplaçaient dans les voitures en hurlant qu'ils « descendaient » à Oran pour apprendre aux « houariates » à se battre comme des hommes. Le camarade apprit auprès d'un passager algérois d'un certain âge qu'il s'agissait « des casseurs de Khediri, Allah yestour ! Que Dieu nous protège ! ». Des agents provocateurs de la DGSN étaient donc arrivés en nombre à Oran, le 4 au soir ».

 « Le dernier acte d'un scénario mal ficelé »

C’est ainsi que, Lakhal Ayat, le chef de la sécurité militaire, écarté du pouvoir décrira dix ans plus tard « l’ouverture démocratique » menée par Chadli, dès le lendemain des journées d’octobre. Ironique il lâche : « Là, je suis tenté de répondre comme le philosophe italien Lampedusa quand il dit « Il faut tout changer pour que rien ne change ». Symbole de la période flamboyante, dispendieuse du chadlisme -lorsque le baril rapportait gros- Lakehal Ayat donne un témoignage- qui le dédouane bien sûr-, où, entre les lignes, se lisent les mécanismes de direction et d’influence occultes déjà bien rôdés et qui perdurent aujourd’hui. Jusqu’à quand?

La torture à grande échelle

 Chaba Mohamed Lamine, maître-assistant à l’école polytechnique d’El Harrach, a été arrêté durant la nuit du 4 octobre et ne fut relâché que le 12 octobre au soir pour s’être solidarisé avec son collègue Kateb Kamel [cadre du Pags], arrêté par la police. « Le premier qui m’a interrogé s’est présenté de la DGSPS (…) ils m’ont mis tout nu et m’ont attaché les mains derrière le dos avec des menottes, sur un sommier métallique, ils me branchaient des pincettes aux oreilles, après à chaque fois au sein gauche et au sexe, versaient de l’eau sur mon corps, me mettaient de l’eau sur mon corps, me mettaient un chiffon des fois imbibé d’eau, des fois d’urine dans la bouche et le poussaient avec un bâton, tout en actionnant l’électricité », il y avait quelqu’un derrière mis qui donnait des coups de bâton au sommier. C’était une résonance atroce, laquelle résonance bourdonnera encore dans ma tête quelques jours après ma sortie… »

Sur cette répression "préventive", notamment contre les militants du PAGS, lire le texte intégral en PDF du CAHIER NOIR D’OCTOBRE

 

Manifestation contre la répression d'octobre. Photo DR

 

Un document interne d’information du PAGS

Intitulé «Complément d’informations », ce document avait circulé parmi les cadres du Parti d’Avant-garde Socialiste (PAGS), au lendemain des émeutes d’octobre 1988. Nous l’avions publié en avril 2011, nous le postons de nouveau à l’occasion de l’anniversaire du 5 octobre 1988. Précisons qu’il ne s’agit que de compléments d’informations, donc forcément fragmentaires; d’autres bulletins avaient auparavant été mis en circulation que nous n’avons pas pu récupérer.

 En général, partout où les manifestations firent de gros dégâts, on a remarqué la présence d’éléments « louches » étrangers aux lieux. Ces éléments étaient équipés pour casser, détruire et brûler, incitant les jeunes à la violence et au pillage, les orientant vers des édifices publics. Certains étaient véhiculés (surtout des « golfs »). Ils traversaient les quartiers et les villages en poussant les jeunes chômeurs à « bouger », « casser » et « manifester ».

 Presque dans tous les témoignages, on a relevé l’absence quasi-générale des forces de l’ordre (police et gendarmerie) au début des évènements (Alger, Blida, Boufarik, …). Plus grave encore : à plusieurs endroits, la population leur a fait appel pour empêcher la « casse ». En vain. On dirait que des directives leur ont été données pour ne pas intervenir et de se tenir loin des lieux de rassemblement et de manifestations.

A noter la grande sympathie et même la complicité des adultes pour les jeunes en action. Souvent, tout en déplorant les destructions ils se montraient solidaires des manifestants qui scandaient des mots d’ordre contre l’injustice, les inégalités sociales, la corruption, le trafic, le chômage, la cherté de la vie…

Selon l’ancien ministre de l’Intérieur, il y aurait 159 morts. Mais certains chiffres, émanant, semble-t-il, de milieux hospitaliers, font état de 14300 blessés dont 5000 par balles et de 850 morts dont 670 par balles.

ALGER

Lors des fusillades, les portes s’ouvraient pour abriter l’inconnu. Toutes les entrées des terrasses des immeubles étaient ouvertes pour aider les gens à s’y refugier, à fuir. Dès l’entrée en vigueur du couvre-feu montait le chœur de sifflement venant des terrasses, des balcons, au pied d’entrées d’immeubles. De temps en temps des youyous fusaient.

A El-Biar, le 07 octobre, un car de CNS stationnait. Une voiture passe et tire, les CNS répliquent. Les habitants leur envient des pots de fleurs et des ordures par les balcons. Peu après, le car est remplacé par un char.

Le 08 octobre, à 17h, à Bab-el-oued, tout d’un coup, les militaires, affolés par des pétards des enfants se mettent à tirer en l’air et vers les balcons pendant près d’une minute. Les passants, terrifiés, se refugient où ils peuvent.

Le 10 octobre, à 17h, c’est la boucherie à Bab-el-oued. Après avoir tiré sur la foule, les policiers et les militaires poursuivent les manifestants dans les rues en leur tirant dans le dos. Le sol est jonché de cadavres. Partout, il y a du sang. Les morts sont parqués dans une pissotière, près du siège de la DGSN. Tous les échos s’accordent à dire que la fusillade a été provoquée par le tir d’un civil qui était parmi les manifestants.

Le mercredi de la casse (05 octobre), une voiture « R20 » a déposé deux jeunes armés de barres de fer, l’un au carrefour des GLEA et l’autre devant la salle « Harcha ».

A Fougeroux, ce sont les habitants qui ont défendu le garage de la RSTA et l’usine de la SNLB.

Dans un quartier d’El Harrach, l’action des jeunes progressistes est parvenue à ramener le calme (slogans politiques,…) quand tout à coup, une « Golf » peintes aux couleurs de la police a surgi. Deux policiers en civil tirent dans les jambes des manifestants et s’enfuient.

A Badjarah, un groupe de jeunes se couchent sur la chaussée pour empêcher les cars d’avancer.

Tous les jeunes arrêtés sont acheminés et parqués au niveau de la Coupole (salle omnisport) du 5 juillet. Sans nourriture, la bastonnade même avec des barres de fer. Ceux qui ont été relâchés se sont traînés jusqu’à leurs demeures. Certains d’entre-eux se sont suicidés pour échapper aux vexations, humiliations et tortures. D’autres ont été traumatisés. Dès leur arrivée au commissariat, on commençait à les matraquer. Tous les policiers présents y prenaient part, toute la panoplie de la torture a été utilisée.

Les médecins qui ont soignés les blessés ont affirmé que des balles explosives ont été utilisées. La plupart des blessés par ces balles ont dû être amputés.

BLIDA

 Blida ville : Cela a commencé le jeudi 6/10, à midi. Au moment de la sortie des lycées, des milliers de jeunes se sont rassemblés au centre-ville pour déferler sur les établissements publics. Dans la foule, on entendait des mots d’ordre : « brulez tout », « à bas Chadli », « vive l’Algérie ».

Pendant que la ville vivait ces évènements, et alors que des établissements brûlaient, aucun policier ne se trouvait sur place.

La plupart des établissements attaqués ont été détruits à 100%. Ce sont en ^majorité des édifices publics. Quelques villas ont été attaquées telles que celle de Séridi, ex wali de Blida, Ataïlia…

Des cars, des camions et des voitures ont été incendiés. Des dégâts considérables auraient été constatés à ENIE-UPAE (unité de construction des industries électriques). Ces actes de destruction sont l’œuvre de groupes étrangers à la ville, armés de barres de fer, etc. Les jeunes connus de la ville n’ont pas participé à la casse.

Ce n’est que le soir, vers 18h-19h que les premiers tirs ont été entendus. L’armée est sortie en force avec le général Ataïlia en tête. Fou furieux, il aurait tiré à plusieurs reprises et atteint les jeunes.

C’est à ce moment là que tout a basculé. Les jeunes de la ville se sont lancés dans la ville, se sont organisés dans les quartiers pour édifier des barricades, attaquer individuellement les djounouds et les désarmer, s’attaquer au porte-chars, faisant partie d’un convoi en route vers Alger. On raconte même qu’un porte-char a été brulé ainsi que le char qu’il transportait, qu’un second porte-char a été déplacé, puis brulé, qu’un troisième porte-char a été déplacé en vu de s’emparer du char et de le conduire au centre-ville ! Le char fut descendu et mis en route, mais bloqué plus loin dans une étroite ruelle, les jeunes y mirent le feu ! Les autres porte-chars du convoi auraient demi-tour.

5 octobre 1988.jpg

Ces opérations auraient rendu le général Ataïlia fou de rage et de colère. Le vendredi matin, vers 6h, au quartier Ben-Boulaïd, il aurait tiré en l’air et insulté la population, demandant à ceux qui sont des « hommes » de sortir. Le même jour, il s’est rendu au quartier Aouiant où les chars ont été brulés et les armes volés, investissant la mosquée du quartier avec ces « troupes » (fait condamné par la population). Il menaça de réduire tout le quartier (Aouinat) en poussière si les armes volées ne lui étaient pas rendues. L’imam de la mosquée lui aurait alors répondu qu’il était assez fort avec ses soldats pour aller les chercher. Les services de sécurité, accompagnés d’un « bouchkara » ont arrêté les jeunes la nuit.

Boufarik : Les manifestations ont commencé jeudi 06 octobre (vers 11h), à la sortie des lycées. Les lycéens n’avaient pas l’intention, au départ, de saccager. D’ailleurs, beaucoup se sont vite dispersés. Mais selon certains témoignages, un nombre important de jeunes avaient débarqué du train qui venait d’Alger. Le chef de gare a aussitôt informé la police et la gendarmerie qui lui ont signifié de se retirer. D’autre part, des groupes de jeunes venus dans un bus privé ont incité les lycéens (lycée Ibn Toumert) à sortir (en les traitant de fils de harkis…).

Les manifestants se sont attaqués à de nombreux édifices publics (APC, Daïra, commissariat, SEF, …) et à un kiosque, lieu de rencontres de responsables et militaires, vomis par les citoyens. Certains domiciles (Dr de l’ENAFLA et Pt de l’APC) ont été pillés.

A notre que les manifestants ont trouvé des pneus, des vidéos et des matériaux de construction au domicile du chef de Daïra. Ce dernier a été d’ailleurs très actif dans la répression qui s’est abattue sur les jeunes et lors des perquisitions chez des citoyens pour « récupérer des objets qui lui ont été volés ». On rapporte à ce sujet qu’un citoyen a été sauvagement torturé sous prétexte que la machine à coudre trouvée chez lui aurait été volé au chef de la Daïra. Mais il s’est avéré, par la suite, que la machine à coudre volée a été retrouvé ailleurs. Le chef de la Daïra a demandé des excuses au supplicié !!!

D’autres témoignage des jeunes, relâchés, faisaient état de l’atrocité de la torture : remplissage de l’estomac avec de l’eau contenant des détergents, supplice de la chaise, membres brisés avec le fusil, pendaisons par les membres pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, …

Douaouda : Suite à une rumeur selon laquelle un groupe de manifestants avaient l’intention de mettre à feu le SEF, le 06 octobre, les citoyens appellent la police et la gendarmerie. Ces dernières ne se montrent pas. L’armée (alertée par des gens) envoie une patrouille qui arrive sur les lieux avant l’heure prévue pour les manifestations et repart après avoir fait remarquer aux citoyens que le SEF est intact. A 13h, comme prévu, les manifestants arrivent mais ils sont impressionnés et dissuadés par des citoyens placés tout autre du SEF et décidés à le protéger. Ils rebroussent chemin. Le SEF est sauvé.

 A Aïn Bénian et Sidi Fredj les SEF et magasins des galeries algériennes ont été entièrement détruits.

 BERROUAGHIA

 Les manifestations ont commencé le 5 octobre, dans l’après-midi. Les dommages matériels ont été limités, les travailleurs ont défendu leur outil de travail. Ceux de la Sonacome qui étaient pourtant en grève ont défendu leur usine. Les militaire sont venus ensuite renforcer la surveillance et ont voulu les obliger à reprendre le travail le samedi mais le directeur s’est interposé en disant que c’était un problème qui ne les regardait pas. Un vice-ministre est venu leur rendre visite, ils ont posé leurs revendications. Ils ont reprise le travail le samedi.

Le local du Fln a été attaqué. Des policiers et gendarmes ont été battus ; il gendarme a dit qu’il était pour les manifestants et que le fait d’avoir été battus avait amené les gendarme à se retourner contre les manifestants alors qu’eux-mêmes vivaient les mêmes problèmes.

 

BOUIRA

Une manifestation regroupant plus de 400 personnes avec barricade sur la RN 5 a eu lieu à Bechoul, dans la même période. Il n’y a pas eu d’affrontements avec les forces de répression. Les barricades ont été levées après les promesses d’un approvisionnement rapide et suffisant.

DJELFA

A Djelfa, les pertes humaines et les dégâts matériels sont énormes. On parle de 15 morts et de près d’une centaine de blessés. Les manifestants ont brûlé le Palais de Justice, le commissariat de police, les galeries algériennes, le souk et Fellah, l’OPGI, l’agence BNA, le service DRAL, la résidence du wali, des véhicules de la police et de la wilaya.

A Messaad, les manifestants ont brûlé le commissariat de police, les galeries algériennes, le SEF, l’agence CNEP, le bureau de la main-d’œuvre. Ce serait l’œuvre d’un groupe étranger à la ville, masqués. On dénombre au moins quatre blessés dont un par balles.

A Ain Oussera et Hassi Behbah, même scénario. Dans la première ville, cependant, des citoyens étaient armés et ont tenté d’utiliser leurs armes.

TIZI-OUZOU

Les berbéristes (FFS) et les gauchistes de l’ORT (Organisation révolutionnaire des travailleurs) se sont coalisés et ont tout fait pour empêcher que des mouvements de masse ne se déclenchent à Tizi-Ouzou et dans les environs.

On dit que certains éléments du FFS ont carrément marchandé avec les autorités leur promettant de maintenir le calme dans la région contre certains privilèges.

Durant les évènements, des représentants de certaines grandes familles bourgeoises de Tizi-Ouzou (ayant des liens de sympathie aussi bien dans le pouvoir que dans le FFS) ont milité activement pour maintenir le calme. Ils sont passés dans des villages, des écoles, des lycées,… et se sont adressés à la population dans ce sens.

A noter qu’un tract anonyme a circulé à Tizi-Ouzou et a même été affiché (le 25 octobre) à l’université, dénonçant quelques grand bourgeois de Tizi (les failles Hanachi, Bouzar, Khalef notamment) et les accusant d’avoir neutralisé l’action des masses non pas par patriotisme mais par souci de protéger leurs biens dans la région.

Dans les faits, il y a eu alliance de combat entre la droite berbériste du FFS et les droitiers du FLN. Tous les arguments ont été utilisé pour empêcher les mouvements de protestation populaire et de solidarité de prendre de l’extension en Kabylie (« En 1980, les autres régions ont laissé les Kabyles seuls face à la répression du pouvoir », « Si à Alger ils ont tué 500 personnes, cela veut dire qu’en Kabylie, ils en tueront des milliers »,…).

Ces arguments semblent avoir eu un certain impact, y compris ay sein de la classe ouvrière locale. C’est ainsi que la zone industrielle de Tizi-Ouzou n’a pratiquement pas suivi le mot d’ordre de grève générale pour les 10 et 11 octobre, lancé par la « Communauté universitaire » et assez largement suivi par les étudiants, les universitaires, les lycéens et les commerçants.

Par ailleurs, tout au début des manifestations d’Alger ? Certains groupes gauchistes (ORT et peut-être OST, organisation socialiste des travailleurs) ont désigné le PAGS comme l’instigateur des évènements. Sur cette base, ils ont appelé à « ne pas bouger » pour « laisser le Pags payer seul les conséquences de ses actes ». Ils ont tout fait pour décourager les premières initiatives de solidarité contre la répression.

Parmi les courants gauchistes, le GCR (groupe communiste révolutionnaire) a été isolé par les autres. Ses membres ont été empêchés de s’organiser, notamment à l’université. Il est vrai que le GCR ne fait pas preuve, depuis quelque temps déjà, d’une attitude anti-PAGS systématique comme les autres groupes.

Dès les premières arrestations à Alger et après le déclenchement des manifestations, il y a eu de nombreuses initiatives pour informer de ce qui se passait et appelé à une riposte de masse. C’est sous la pression de ce travail de masse et pour couper l’herbe sous les pieds des « pagsistes » que la coalition berbéro-gauchiste, dominante dans la cité universitaire de Hasnaoua, a pris l’initiative de convoquer une assemblée générale le 9 octobre qui a abouti à « l’appel à la population », signé au nom de la « communauté universitaire ». Cette AG a été convoquée de façon anti-démocratique par le comité de Hasnaoua alors qu’il était prévu d’abord une rencontre de tous les comités.

Dans la région, des manifestations ont eu lieu dans la plupart des villes et villages. Elles ont été souvent violentes (Ain-El-Hammam, Tazmait, Bordj-Menaël, Draa-Ben-Kheda, Lakhdaria, Boghni). Les manifestants ont détruit les sièges d’APC, de kasma, les souk el fellahs… Parfois ils ont libéré des prisonniers de droit commun. Mais dans d’autres localités, les citoyens ont manifesté dans le calme (Azzefoun, Beni-Yenni, Tighzirt-sur- mer). A Larbaa-Nath-Irathen, c’est l’intervention des forces de répression, qui ont tué une jeune, qui a transformé une marche pacifique en une émeute.

Dans plusieurs villes, les lycéens ont suivi l’appel à la grève (Azzefoun, Tighzirt-sur-mer, Larbaa-Nath-Irathen,…). A Azzefoun, le directeur du SEF arrive à convaincre les manifestants à ne pas brûler ce local mais plutôt de le protéger. A Si Mustapha, les citoyens défendent leur village contre les manifestants venus des Issers. De même, semble-t-il, à Beni-Yenni.

TLEMCEN

L’armée s’est déployée dès vendredi dans toute la ville et dans la zone industrielle. S’il n’y pas eu de manifestations dans le centre-ville, par contre, dans les quartiers populaire de Boudghène et de Sidi-Saïd elles ont été très importantes. Il n’y a eu ni mort ni blessé. L’armée aurait eu un bon comportement.

Des arrestations ont été effectuées dans les milieux intégristes et benbellistes.

A Hennaya, par contre, le mouvement a été violent. Le village a été saccagé. Le chef de daïra de Remchi qui habite ce village aurait utilisé son arme contre les jeunes : deux ont été tués.

 SIDI-BEL-ABBES

Le mouvement populaire a éclaté samedi après-midi simultanément dans plusieurs quartiers populaires et dans le centre-ville. L’armée avait auparavant occupé les principaux points de la ville et de la zone industrielle.

On parle de 500 à 600 détenus dont une bonne partie a été libérée à partir du commissariat et au niveau du tribunal. Les autres ont bété présentés devant le juge le mardi. Ce jour là le tribunal était encerclé par les forces de l’ordre ce qui n’a pas empêché la population de se regrouper dans les alentours pour scander : »Police assassin », « libérer les détenus », « Bouragda assassin » (le chef de la sureté de la wilaya), « soldats, vous êtes des hommes ». Bouragda s’est présenté face aux manifestants et a demandé aux policiers de tirer, mais un capitaine de gendarmerie l’a insulté et a demandé à la police de partir. Par la suite la gendarmerie a dispersé les manifestants sans user de la force.

Un travailleur de l’ENIE ayant été arrêté sur sont lieu de travail, la riposte des travailleurs a été immédiate : délégation auprès des autorités, de l’administration et de l’Atu ; des produits alimentaires et de l’argent ont bété remis à la femme du travailleur ; des avocats ont été contactés…

Les travailleurs, apprenant au même moment que la ville entière commençait à bouger, ont pris des mesures pour prévenir toute provocation au sein du complexe. Ils ont constitué un système de garde et d’alerte.

A noter que le samedi matin, avant que les troubles n’éclatent en ville, la cellule FLN a établi une liste de progressistes du complexe considérés comme des « meneurs possibles ». Elle a remis cette liste à la mouhafadha. Le mouhafadh aurait répondu : vous vous trompez. Ces gens là sont des patriotes. Ce ne sont pas eux qui font faire des troubles.

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