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Publié par Saoudi Abdelaziz

Economiste du développement. DR

La Constitution doit faire corps avec les croyances et les habitudes sociales. Nous n'avons jamais été en monarchie de droit divin, notre État ne peut en naître. Dans notre doctrine militaire, l'armée ne peut intervenir à l'extérieur. Il faut être plus précis : c'est d'une organisation qui puisse défendre efficacement le pays, défaire et prévenir toute occupation de notre territoire qui ne soit en rien l'image des armées régulières des sociétés guerrières. Historiquement, nos sociétés ne se sont pas construites autour de la guerre comme les sociétés européennes ou extrême-orientales, elles se sont efforcées de se construire contre les occupations. Nous devons le faire pour nous-mêmes et pour beaucoup d'autres sociétés non guerrières.

La société qui saura faire preuve de la plus grande unité défera celle que divisent ses intérêts, le reste n'est qu'affaire de procédés.

La future Constitution c'est ce qu'il nous faudra croire et accoutumer. Respecter la loi, c'est croire dans les autres. Venant d'en haut, d'experts formés aux écoles étrangères, la loi ne prendra que sur une frange superficielle de la société. On ne croit plus au monarque de droit divin et non plus encore aux experts, ces nouveaux prêtres. Leur temps est passé. De plus, la crise mondiale de la démocratie représentative ainsi que nos dissensions internes exigent que nos « experts » ne dictent pas à la société sa loi. Elle exige que nous soyons attentifs à notre unité, au monde, et que nous soyons libres d'expérimenter et d'adopter les bonnes pratiques.

Une Constitution exige que nous nous mettions à la hauteur du monde. Elle est une déclamation de notre identité à la face du monde. Nous sommes loin du compte, en deviser aujourd'hui ne fera qu'accroître le désarmement politique de notre société.

Une assemblée constituante ne sera pas acceptée par la société, car elle est une façon de prolonger la vie de la société politique actuelle

Elle pourrait être parfaitement couplée avec des élections présidentielles, sans qu'il en sorte quelque chose de nouveau pour la société. Je doute que la société laisse passer une telle initiative. Qui débattra et quel intérêt représentera-t-il ? Et puis d'où nous vient cette idée d'assemblée constituante, de quelle histoire ? L'assemblée constituante que nous n'avons pas eue au lendemain de la révolution, a-t-elle les mêmes raisons d'être aujourd'hui, un demi-siècle après ?

Le sort de cette nouvelle Constitution sera-t-il différent de celles antérieures ? Il est possible que la crise qui vient, puisse nous replonger dans notre être profond, puisse nous obliger à clarifier nos croyances et nos désirs. Pour le moment, la société ne pense pas qu'une assemblée constituante est ce qui lui fait défaut. Elle ne veut pas s'en remettre à des représentants. Sa route ne s'est pas encore dégagée. Elle veut qu'on descende à elle. Il faut lui rendre ses assemblées, ses assemblées pertinentes.

La société ne dit pas ce qu'elle veut, mais ce qu'elle ne veut pas. Elle ne veut pas confier sa volonté à des représentants. La crise mondiale de la démocratie représentative, parce que la corruption a été chez nous érigée en système, nous touche plus que d'autres. La société veut décider de ce qu'on lui propose. Elle ne propose pas, elle veut disposer, pas par un roi auquel elle ne croit pas, pas par un président qui ne la représente pas. Afin que d'autres, le parti unique clandestin et les politiciens opportunistes, ne décident pas à sa place. Le parti unique clandestin jouera-t-il le jeu ? Aura-t-il compris qu'il doit triompher, quitter la clandestinité, rendre sa mémoire, son savoir à la société, remettre ses dossiers à la justice, pour sortir le pays de l'impasse et donner à la société la foi en elle-même ?

 

Extrait de la contribution intitulée Nous nous sommes levés, mais nous n'avons pas changé, parue le jeudi 29 août

Texte intégral : Le Quotidien d'Oran

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