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Publié par Saoudi Abdelaziz

De nombreuses conserverie sont toujours à l'arrêt. Photo DR

De nombreuses conserverie sont toujours à l'arrêt. Photo DR

Tomate industrielle à El Tarf : «Les conserveries sont la locomotive de la filière»

Par Slim Sadki, 17 août 2019

La tomate reprend de la couleur. Tous les espoirs sont permis pour cette culture industrielle, marque de fabrique de la wilaya d’El Tarf, qui employait jusqu’à 100 000 saisonniers avant son démantèlement par les importations intensives, avec des lignes de crédit intarissables des banques publiques.

Deux bonnes nouvelles pour les principaux acteurs de la filière, à savoir les agriculteurs, producteurs, conserveurs et transformateurs : les importations de concentré de tomate (CT) double et triple (DCT et TCT) sont taxées à 120%, et selon un ancien wali d’El Tarf, «seul un fou s’amuserait à en importer». Mais des fous il y en a toujours quand le filet de la douane les laisse passer. Ce qui est peu probable pour l’instant, avec le déballage des affaires politico-financières.

L’autre bonne nouvelle pour les professionnels : la tomate industrielle, au même titre que les céréales, vient d’être promue au rang de «culture stratégique». C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche (MADRP) du gouvernement Bedoui, fin juillet, à Annaba.

Cela signifie qu’elle va bénéficier de subventions publiques à travers le soutien de l’irrigation par le procédé du goutte-à-goutte et la mécanisation des travaux des champs.

Le directeur des services agricoles de la wilaya d’El Tarf, Kamel Benseghir, explique que le «goutte-à-goutte» a le double objectif d’augmenter les rendements et d’économiser de l’eau. Et d’ajouter que la mécanisation des récoltes est en nette progression et qu’à terme, elle va remédier au manque de main-d’œuvre dont se plaignent les agriculteurs.

A El Tarf, la tomate industrielle regagne du terrain, dit encore le DSA. En 2018, la production de concentré avait atteint les 122 000 tonnes, ce qui a largement couvert les besoins nationaux, qui se situent autour de 120 000 tonnes. La superficie repiquée a plus que doublé, passant de 2600 ha, en 2016-2017, à 5600 ha, pour la saison 2018-2019, avec 25 000 tonnes de CT attendus. Aujourd’hui, c’est l’exportation qui est visée. Ce que les gens ne savent pas, c’est que nous exportons déjà 80 000 tonnes vers la Libye, la Russie et des pays d’Afrique.

Les superficies et les rendements augmentent, mais pas les capacités de transformation, avons-nous demandé ? Il y a en tout 18 conserveries, dont 7 à El Tarf, d’une capacité de transformation de 32 590 tonnes/jour, qui traitent les tomates fraîches d’El Tarf. Les 11 autres, qui sont à Annaba, Guelma, Blida, Sidi Bel Abbès, Mila et Sétif, absorbent 9250 tonnes /jour. Il y a une trentaine de semi-remorques qui chargent tous les jours vers Chelghoum Laïd (Mila), Sétif et Blida, nous dit encore Kamel Benseghir.

Sept unités de transformation

Les producteurs/agriculteurs se sont plaints des chaînes devant les conserveries, ce ne serait pas une question de capacités selon le DSA. Il y a 8 unités de transformation à El Tarf et seulement 7 se sont engagées cette saison. Elles n’ont pas démarré simultanément pour des problèmes de fonctionnement internes.

«Nous avons étalé le repiquage de mars à juin, mais la brusque hausse des températures à la mi-juillet a amené les fruits à maturation simultanément. Il faut également prendre en compte les nombreuses coupures de courant, sachant qu’une heure coupure entraîne six heures d’arrêt de l’usine. Il faut également savoir que pour une conserverie de 2500 t/j, un groupe électrogène consomme 500 litres de gasoil en une heure !», explique encore notre interlocuteur. A cela, sont venues se greffer les vacances et la Coupe d’Afrique des nations.

Pour Kamel Benseghir, il ne fait aucun doute que ce sont les conserveries qui tirent la filière. «C’est la locomotive et les banques le charbon». Pourquoi beaucoup d’entre elles sont-elles fermées ou à l’arrêt, alors qu’on prévoit une hausse conséquente de la production visant l’exportation ?

Selon le DSA, des conserveurs au fil des ans ont contracté des dettes insurmontables auprès des banques, notamment la BADR, la CNAS et les impôts. Ils ne sont plus éligibles au rééchelonnement pour des raisons aussi multiples que diverses. Mais il y aussi des investissements récents et des producteurs ont investi dans la mécanisation, piqueuse et récolteuse, équipements soutenus par l’Etat. Ce qui prouve que la filière est dynamique.

Les conserveurs que nous avons pu interroger n’adhèrent pas à la vue du DSA d’El Tarf. S’ils reconnaissent être en difficulté avec les financiers, ils rappellent que ce sont ces mêmes responsables qui accordaient à tour de bas des crédits à des privilégiés pour l’importation massive de DCT et TCT, ce qui a coulé la filière de la tomate industrielle, conserveries comprises. Relancer la filière devenue stratégique, c’est aussi redonner vie aux conserveries qui existent et qui sont prêtes à redémarrer.

Une politique de crédit à revoir

Même son de cloche à l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), où le président, Abadlia Saci, ne cache pas son enthousiasme sur les résultats de la campagne qui «se déroule dans de bonnes conditions, même avec 4 unités à l’arrêt, avec seulement 50 % des capacités et en dehors de quelques couacs qui seront insignifiants au final».

Pour lui, la BADR devrait tout simplement revoir sa politique ou disparaître. «Elle a accordé des millions d’euros pour détruire l’une des richesses agricoles du pays».

Ceci dit, en fellah averti, il pense déjà à la prochaine campagne. Pour cela, nous dit-il, «il y a un environnement qu’il faut mettre en place».

Si, nous explique-t-il, El Tarf est la seule qui peut prétendre augmenter ses capacités et sa superficie avec plus de technicité, il faut rétablir la confiance entre le producteur et le conserveur. Elle est fondamentale pour la filière.

Il faut plus de conserveries, l’Etat doit réexaminer un par un le cas des conserveries à l’arrêt et de la sorte donner à l’agriculteur l’assurance que la production sera absorbée et d’être payé à temps par le conserveur assuré également de vendre CT et d’être payé dans les délais.

Et là, souligne notre interlocuteur, il faut mettre de l’ordre dans les conventions qui lient les producteurs à leurs transformateurs, avec en premier le prix de cession, qui est de 15 DA/kg de tomates fraîches. L’Onilev (Office national interprofessionnel des légumes et viandes), organe de contrôle, doit libérer les situations dans des délais raisonnables.

Pour Saci Abadlia, culture stratégique signifie souveraineté nationale sur l’alimentation et ce n’est pas seulement l’exportation qu’il faut entendre par là. Pour lui, stratégique signifie que nos instituts devraient rechercher de nouvelles semences, des variétés précoces et retardées pour éviter les pics, en finir avec les variétés hybrides importées.

Source : El Watan

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Nadir Boumaza 17/08/2019 16:53

intéressant article qui faits à l'appui montre la contradiction ou la véritable corruption: faciliter de 'import et casser ou essayer de casser la production nationale dans un pays ou au moins pendant les vingt ans de catastrophe bouteflikienne ill n' ya eu aucune politique économique, de telles politiques étant incompatibles avec l'amateurisme de gestion, la corruption généralisée, les casses de filières liées à des concurrences ou des affaires importatrices de généraux concurrentielles de la production. oui lazem yetanahhaw gaa3