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Publié par Saoudi Abdelaziz

Texte en français de l'interview parue le 6 août dans le journal électronique Akhbaraldjazair de langue arabe.

 

Le Hirak entame son sixième mois et une phrase revient souvent dans vos commentaire : « le hirak à réussi ». En quoi a-t-il réussi ?

Lahouari Addi. A son 6è mois, le hirak a obtenu des résultats importants, même s’il n’a pas réalisé encore son objectif final qui est l’Etat de droit. Il a mis en échec deux élections présidentielles programmées avec trucage, il a obligé le commandement militaire à mettre en prison des premiers ministres et ministres pour corruption, il a montré que les partis qui avaient la majorité à l’Assemblée Nationale n’avaient aucun ancrage populaire ou électoral, il a obligé le commandement militaire à montrer qu’il est la source du pouvoir et en même temps il l’empêche de désigner un vrai faux président. C’est énorme.

Les généraux sont en train de vivre un cauchemar. Ils croyaient qu’ils dirigeaient un pays de moutons et ils réalisent que ces moutons sont des citoyens qui veulent exercer leurs droits civiques et politiques. Le hirak a mis le système politique hérité de l’indépendance dans une dynamique de rupture et de ce point de vue il a réussi.

Vous avez écrit un texte sur votre page Facebook contre l’idée de désobéissance civile. Pourquoi ?

Réponse : Il est étonnant que ce slogan de désobéissance civile ait été brandi après le dernier discours du général Gaid Salah qui refuse toute idée de transition vers un régime démocratique. A-t-il fait exprès pour pousser à la radicalisation et à la violence ? En tout cas, des jeunes manifestants exaspérés et impatients veulent passer à d’autres formes d’action, notamment la désobéissance civile sans savoir ce que cela aura comme conséquences sur le mouvement. Je n’exclus pas que des éléments du régime tablent sur la radicalisation pour justifier une répression massive pour faire basculer le pays dans la violence généralisée. Le régime algérien a 57 ans et il a accumulé des expériences pour survivre. Il a survécu aux émeutes de 1988 et à la crise sanglante des années 1990. Il ne changera que par des moyens pacifiques. Si la protestation vire à la violence, il sera sauvé une troisième fois. Mais si la protestation se poursuit pacifiquement, il y aura des changements dans la hiérarchie militaire, ce qui ouvrira des perspectives de transition démocratique.

Plusieurs hauts responsables et des hommes d’affaires sont en prison pour des faits liés à la corruption. La lutte contre la corruption ne semble pas suffisante pour arrêter le hirak. Pourquoi ?

Il n’y a eu que des arrestations de civils pour corruption. Or les civils ne pouvaient pas détourner l’argent public sans la protection des généraux. A l’heure actuelle, à l’exception de Hamel, aucun général n’a été arrêté pour faits de corruption. C’est pourquoi beaucoup de manifestants pensent que si la contestation s’arrête, les prisonniers d’El Harrach seront libérés. Les Algériens n’ont pas confiance dans la justice qu’ils accusent de fonctionner au téléphone. .

Un panel a été composé sous la direction de Karim Younes pour engager le dialogue avec la société civile et les partis politiques en vue de s’entendre sur les aspects relatifs à l’organisation de l’élection présidentielle. Le pouvoir est-il, selon vous, en mesure d’exercer un forcing pour imposer sa feuille de route ?

Les conditions politiques pour une élection présidentielle ne sont pas réunies. Si une élection présidentielle est organisée, la population occupera les bureaux de vote et cassera les urnes. Le commandement militaire n’a pas le personnel suffisant en nombre pour protéger les bureaux de vote. Pour qu’une élection soit organisée, il faut l’adhésion de ceux qui sont appelés à voter. Or cette adhésion n’existe pas aujourd’hui. Quant au panel, personne ne sait quelle est sa mission, y compris ses membres dont Karim Younes. Il est supposé entamer un dialogue ; soit, mais entre qui et qui et pour quel objectif ? Il y a un conflit politique entre l’EM et le hirak. Est-ce que les membres de ce panel ont l’autorité et la légitimité d’arbitrer ce conflit et d’imposer les conditions du dialogue à l’EM et au hirak ? Je ne le pense pas.

Comment jugez- vous le rôle de l’institution militaire dans cette crise ?

L’institution militaire n’est pas insensible aux revendications du hirak. Selon de nombreux officiers à la retraite, les militaires sont traumatisés par le conflit sanglant des années 1990 et ils ne veulent pas que cela se reproduise. Je pense que l’ancienne génération d’officiers supérieurs et la nouvelle ne partagent pas la même conception des rapports à l’Etat. L’ancienne génération tient à désigner le président et j’ai le sentiment que la nouvelle génération veut laisser les électeurs choisir leurs représentants. Le hirak aide la nouvelle génération à s’imposer, et si e hirak continue pacifiquement, il ne serait pas étonnant que dans quelques mois, l’EM sera renouvelé pour permettre une sortie de crise.

Est-ce réaliste d’espérer un changement dans la hiérarchie militaire ?

Ce sera réaliste si les manifestants exigent l’application de la règlementation qui régit le personnel du ministère de la défense nationale. Un collègue juriste m’a fait remarquer qu’il y a un texte officiel qui pose des limites d’âge dans l’exercice de fonctions d’officiers. Les limites d’âge applicables aux militaires de carrière sont arrêtées à 64 ans pour le général de corps d’armée, 60 ans pour le général major et 56 ans pour le général (Art. 20 de l’ordonnance n° 06-02 du 28 février 2006 portant statut général des personnels militaires, complétée par loi n° 16-06 du 3 août 2016). Si ce décret est appliqué, l’EM sera renouvelé et la possibilité d’une négociation pour une transition démocratique sera du domaine du possible.

En quoi de jeunes généraux sont susceptibles d’accepter les revendications du hirak ?

Parce qu’ils sont moins impliqués que l’ancienne génération dans le conflit sanglant des années 1990 et ils craignent moins que leurs aînés un président élu par la population. Même s’ils ont fait partie de la chaîne de commandement, ils n’étaient que des exécutants. Ce qui bloque la transition, c’est l’héritage des années 1990.

Source : Facebook

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