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Publié par Saoudi Abdelaziz

Intéressante contribution de Aïssa Manseur, consultant en agriculture bien connu des lecteurs du blog. Parue dans Reporters-dz elle a pour titre : "Exportation des produits agricoles : Quelle politique soutenir et quel bilan applaudir ?"

 

Sa conclusion.

 

Beaucoup de personnes y compris des responsables disent «on doit atteindre l’autosuffisance alimentaire et dégager un excédent à  exporter!». C’est totalement faux et si on raisonne ainsi on ne pourra jamais gagner la bataille de l’exportation et nos produits ne trouveront jamais une place sur les marchés extérieurs. La production agricole à exporter doit être produite en tant que telle !

Des produits destinés à l’exportation, des produits labellisés, certifiés, en quantité suffisante et en qualité irréprochable. Cet objectif ne peut être réalisé que si on se tourne vers les agriculteurs, en leur offrant les outils nécessaires d’accompagnement et de soutien pour nous offrir ces produits.

Il faut tout d’abord cibler les produits susceptibles de conquérir des parts de marchés à l’international, des produits qui peuvent survivre dans un milieu concurrentiel pas du tout clément. Ces produits, ne pouvant être obtenus avec les systèmes de production actuels qui ne s’articulent pas sur des bases techniques adéquates, la mise à niveau des agriculteurs est plus que nécessaire.

Il faut leur inculquer les bonnes pratiques culturales nécessaires au respect strict de l’itinéraire technique des différents produits ciblés et leur apprendre à procéder techniquement lors de la conduite des cultures. L’utilisation raisonnée des fertilisants et autres produits phytosanitaires doit être respectée rigoureusement, le refoulement des produits agricoles récemment par divers pays pour cause de présence de pesticides doit nous servir de leçon et nous inciter à faire des efforts considérables dans ce domaine

Pérenniser les opérations d’exportation, clé de réussite du processus

Il est extrêmement important que nos exportateurs respectent leurs engagements vis-à-vis de l’opérateur étranger concernant les quantités à exporter, ainsi que le respect des délais. Assurer une production pérenne est incontournable pour pérenniser également l’acte d’exportation, des ruptures répétées, de fourniture des produits agricoles pour les marchés extérieurs peuvent être fatales et porter atteinte à la «solvabilité» de nos exportateurs. Si on arrive à gagner des parts de marchés, il est dans notre intérêt de les préserver.

A l’heure actuelle a-t-on une production «exportable» suffisante ? Les procédures d’exportation sont-elles assez souples pour accélérer le processus ?
La logistique pourra-t-elle être au rendez-vous pour pouvoir acheminer les produits vers leurs destinations dans les meilleurs délais?
Pourquoi un tel recul dans le processus d’exportation des produits agricoles ?

L’Algérie était connue pour être un pays exportateur de produits agricoles, cette réputation a disparu au fil des ans. Le pays qui jadis exportait toute une panoplie de produits agricoles est devenu un pays presque totalement dépendant de l’étranger concernant les produits stratégiques à l’instar des céréales et du lait.

Durant l’année 1964, soit deux années après l’indépendance, notre pays a exporté 600 000 qx de céréales (blé dur et orge), 240 000 tonnes d’agrumes, 26 000 tonnes de dattes et 55 000 tonnes de produits maraichers (pomme de terre, carotte et tomate). Après plus d’un demi-siècle, c’est un recul total, pire encore puisqu’on importe plus de 70% de nos besoins en céréales, l’exportation des dattes n’a connu également aucune évolution significative (on exporte actuellement 30 000 tonnes !), pour les agrumes l’Algérie a exporté 17 tonnes en 2017 !!

A qui incombe cette situation de désarroi ? On peut toujours dire que le développement du secteur agricole tout entier a été victime de la rente pétrolière ! Les recettes d’exportation des hydrocarbures couvraient largement l’importation de produits alimentaires !

L’agriculture comme alternative aux hydrocarbures, oui, mais…

L’agriculture comme alternative aux hydrocarbures suppose une exportation «massive» des produits agricoles qui doit alimenter le Trésor public par des dizaines de milliards de dollars. En 2018, les recettes pétrolières ont atteint 38 milliards de dollars US.
Où on est-on de cette situation, alors qu’actuellement la valeur de l’exportation de ces produits n’est représentée que par les dattes avec 64 millions de dollars (en 2018), les autres produits ne figurent même pas dans les bilans statistiques du commerce extérieur de l’Algérie !
L’agriculture a encore un long chemin à faire pour pouvoir jouer son rôle prépondérant dans l’économie nationale.
L’exportation des produits agricoles ne peut en aucun cas, au moins à moyen terme, se rapprocher du niveau des recettes pétrolières.

Texte intégral : Reporters-dz

Quelques contributions des dernières années:

AGRICULTURE. Aïssa Manseur plaide pour une volonté nationale de «remettre le train dans les rails»

POLEMIQUE. Aissa Manseur versus Abed Charef. Ingénieur agronome contre chroniqueur

Le plan d’action du Gouvernement Ouyahia exhume une politique agricole déjà entreprise. Par Aissa Manseur

Bilan de Bouteflika : le fiasco prévisible de l'agro-business

L'Etat réédite la même erreur. L'alternative à l'agrobusiness existe

 

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