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Publié par Saoudi Abdelaziz

Propos recueillis par Makhlouf Mehenni

Un mois après l’installation du panel de dialogue et de médiation et trois semaines après le début des rencontres avec la classe politique et la société civile, quel bilan d’étape pouvez-vous faire de votre mission ?

Karim Younès. Je voudrais tout d’abord rappeler toute l’hostilité dont a fait l’objet notre instance, depuis sa création, ce qui m’avait laissé quelque peu réservé, quant à la possibilité de réussir à faire adhérer du monde à la démarche de dialogue.

J’avoue que j’ai été agréablement surpris par la réaction que je considère responsable, des acteurs de la société civile et politique, qui ont répondu favorablement à notre invitation et ont contribué à enrichir les débats pour une meilleure approche de la solution à la crise que traverse notre pays. Nous rendrons public le bilan chiffré des associations politiques et autres acteurs rencontrés. Bien entendu, suivi d’un résumé des convergences des différentes expressions politiques.

Le panel a-t-il suffisamment avancé pour mettre en place l’instance électorale dans les prochaines semaines, comme l’a demandé le chef d’état-major de l’ANP dans son dernier discours ?

Les débats autour de l’ensemble des questions concernant le prochain scrutin présidentiel ne sont pas achevés. La proposition de l’instance, dans sa composante et ses prérogatives, viendra parachever le cycle de concertations avec les acteurs de la vie politique nationale.

L’opposition et la société civile ont entamé leur propre dialogue qui pourrait déboucher sur une feuille de route commune. Quelle est votre position par rapport à cette démarche ?

L’instance de médiation et de dialogue que j’ai l’honneur de coordonner n’a pas la prétention de s’approprier le monopole du dialogue. Toute initiative qui peut contribuer à la solution de sortie de crise et à l’édification d’un État juste et démocratique, tel que souhaité par notre peuple, est la bienvenue. Nous ne sommes pas en concurrence, mais j’espère en complémentarité.

Trois grandes tendances se dégagent sur la scène politique : les adeptes d’une présidentielle dans les meilleurs délais, ceux qui posent des conditions pour l’organisation de la présidentielle et ceux qui veulent passer par une période de transition. Une synthèse est-elle possible entre ces trois visions ?

Effectivement, trois grandes options apparaissent sur la scène politique actuelle. Je pense qu’avec un peu de sagesse et de sens de responsabilité, il est possible de trouver une démarche qui prenne en compte les éléments les plus importants des trois propositions. Je suis rassuré de constater qu’une bonne majorité adhère à la nécessité d’organiser, dans des délais raisonnables, l’élection présidentielle, imposée par les conjonctures économique et diplomatique.

Le discours officiel maintient l’option d’aller vers l’élection rapidement sans aucune référence à l’apaisement de la situation, comme vous l’aviez exigé au départ. Peut-on sérieusement envisager d’aller aux urnes dans les conditions actuelles ?

Je vous rappelle que dès la réception, par le chef de l’État, de la délégation de l’instance de médiation, nous avions insisté sur la nécessité de décider de mesures d’apaisement, pour espérer une adhésion de la population à la démarche globale qui va du dialogue à l’organisation de l’élection présidentielle. Je reste sur la même conviction et espère que les responsables du pays finiront par donner une suite favorable à ces revendications légitimes, afin de créer un environnement apaisé qui puisse convaincre les Algériens à aller massivement à l’élection.

Peut-on dire que Karim Younès a cédé sur cette question de l’apaisement ?

Karim Younes est un homme de conviction ; il peut adapter sa position en fonction de la situation et du seul intérêt national, mais ne cède jamais sur les revendications légitimes, telles que la libération des détenus du Hirak, l’ouverture médiatique, l’assouplissement relatif au droit de manifester pacifiquement dans la capitale.

Avez-vous rencontré le chef de l’État ou des représentants du pouvoir pour leur rappeler leur engagement ?

Je n’ai plus rencontré le président d’État, ni un de ses représentants. Il sera destinataire du rapport final, dans lequel seront consignés les résultats des concertations et les entraves rencontrées dans l’exercice de notre mission.

Qu’envisagez-vous de faire si les mesures d’apaisement ne sont pas décrétées à la fin de votre tournée des partis et des personnalités ?

Mes collègues et moi-même n’avons pas manqué de rappeler la nécessité de respecter l’engagement du chef de l’État, quant à la concrétisation des mesures d’apaisement. Dans le cas contraire, chaque partie assumera ses responsabilités, nous avons assumé la nôtre en défendant la nécessité de créer un environnement apaisé, avant d’aller au scrutin présidentiel.

Certains vous reprochent de rencontrer de « faux représentants du Hirak », notamment ces jeunes parfois liés au FLN ou à des personnalités controversées. Que répondez-vous ?

Pour parler de faux représentants, il faut d’abord pouvoir en identifier les vrais. Notre rôle n’est pas de vérifier l’authenticité de la représentativité, puisqu’il n’existe pas de critères définis. Aussi nous avons choisi de répondre à tous ceux qui se sont présentés à nous pour contribuer à l’enrichissement du débat.

Le détenu du drapeau de Annaba a été libéré. Pourquoi les autres sont toujours emprisonnés ?

Je salue la libération du détenu de Annaba, qui traduit le courage et le sens digne de la profession manifesté par la magistrate concernée. J’espère que cet exemple sera suivi pour les autres détenus, dont le motif d’arrestation ne peut en aucun cas être pénalement justifiable.

Abdelaziz Rahabi a estimé dans un entretien à TSA que Karim Younès et le panel qu’il dirige ne sont pas franchement soutenus par le pouvoir. Vous partagez cet avis ?

Je remercie M. Rahabi, pour sa position responsable et courtoise à l’égard de l’instance de médiation et de dialogue et de ma personne.

Source : TSA-Algérie

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