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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Par Slimane Laouari, 1er juillet 2019

 

La vague d’indignation suscitée par l’arrestation de Lakhdar Bouregaâ n’est pas une surprise. D’abord parce que l’homme est l’un des derniers symboles vivants de l’entreprise de libération nationale.

En dépit de tout ce qu’il a subi depuis le calamiteux été 62 qui l’a dévié de sa trajectoire naturelle de reconstruction dans la liberté reconquise, le combat pour l’indépendance du pays est resté le repère historique le plus rassembleur, la fierté que rien ni personne ne peut ébranler et le levier de référence de toutes les luttes pour le changement.

Lakhdar Bouregaâ est non seulement l’incarnation de la lutte armée dont il a été un vaillant soldat et un organisateur de valeur, mais aussi un militant de la reconstruction à la fois sur les ruines d’une colonisation destructrice, puis dans la perspective que promettait le combat contre le système qui a installé le pays sur la contre-trajectoire de ses rêves d’émancipation et de développement.

L’une dans l’autre, ce sont les deux choses qu’on ne lui a manifestement jamais pardonnées : c’est un soldat authentique qui fait leur cauchemar en leur rappelant leur peu glorieux statut de planqués et c’est un militant dont la dignité et la rigueur morale ont tenu loin de l’appel des sirènes. Pour tout dire simplement, il est leur contraire.

Mais si l’indignation des Algériens face à son arrestation par des officiers qui auraient pu être ses petits-enfants n’est pas étonnante, il y a quand même une surprise en la circonstance : le fait qu’on soit à ce point… surpris ! D’avoir trop de fois et trop longtemps cru à un « seuil raisonnable » que le système n’osera pas franchir, d’avoir si souvent répété qu’ils « ne feront pas ça », les Algériens en ont eu pour leur naïveté, quand ce n’est pas pour leur silence.

Et pourquoi ils n’enverraient donc pas deux jeunes officiers cueillir un héros de la guerre de Libération à son domicile ? Ils ont pourtant bien le mérite d’avoir averti. Quand on laisse un militant des droits de l’Homme mourir dans sa détention pour ses idées, quand on arrête par processions entières des jeunes pour détention d’emblème, quand on tourne le dos à l’essentiel des revendications d’un… pays qui bat le pavé depuis plus de quatre mois, on ne va quand même pas s’encombrer de scrupules pour interpeller quelqu’un qui refuse obstinément de leur ressembler depuis l’indépendance et peut-être bien avant. Et… plus grave, il va au fond des choses dans le libre propos et l’action la plus résolue !

A bien y regarder, on se rend compte que c’est quasiment un affront pour Si Lakhdar que de suggérer qu’ils ne pouvaient pas s’en prendre à lui !

Source : Le Soir d'Algérie

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